‹ Le christianisme moderne: étude sur LessingChapitre 10 sur 56 · OEUVRES THÉOLOGIQUES DE LESSING · texte numérisé non relu

OEUVRES THÉOLOGIQUES DE LESSING

duction (1832). L'école saint-simonienne, malgré sa malveillance obstinée pour le corps de l'Église protestante et pour le principe tutélaire de l'individualité^ a eu le mérite de remuer beaucoup d'idées et de remettre en honneur ce principe du progrès dont les peuples sont disposés parfois à secouer les mâles obligations, pour s'endormir dans la conservation des trésors accumulés. Cette troisième ère religieuse, que Lessing invoque avec enthousiasme^ semblait favoriser la thèse du maître, le Nouveau christianisme ^ et justifier le reproche que Saint-Simon adressait au pro* testantisme d'avoir considéré le mouvement du xvi* siècle comme la réforme définitive du christianisme.

La première pensée de ce livre lui fut sans doute suggérée par le /F* Fragment de Reimarus. Dans ce fragment, l'implacable rationaliste cherche à établir que la religion de l'Ancien Testament n'est pas une religion révélée, parce qu'elle est muette sur le chapitre de la vie future, de l'immortalité de Tâme. Pour la pensée imprégnée do déisme, il est difficile d'admettre que Dieu sorte de son repos, rompe le cours ordinaire des choses, sans donner toute la vérité aux hommes, qui en ont besoin. Mais ce Dieu, séparé du monde, et qui n'intervient que par secousses ou qui se borne à mettre le monde en branle par l'acte delà création, n'était pas le Dieu de Lessing, et retournant contre le fragmentiste son argument, il s'ingénia à prouver que la présence du dogme de l'immortalité, au berceau de la religionhébraïque, ne permettrait pas de croire qu'elle ffttle fruit d'une révélation divine. En un mot il transformait l'idée de révélation, et à la notion vulgaire d'un acte isolé, soudain de la divinité, il substi* tuait l'activité constante qui développe et mûrit les germes déposés et éveillés par elle dans le sein de l'humanité

la révélation n'était pas autre chose pour lui que l'éducation progressive du genre humain.

Le Monde maçonnique, qui a publié dans àes volumes la traduction de Nathan le Sage, devrait accorder le même honneur aux Entretiens sur la franc-maçonnerie, que Lessing avait dédiés au duc Ferdinand de Brunswick^ grandmaître des loges allemandes. Ce serait un moyen de favoriser les aspirations des maçons qui essayent de débarrasser leur société de toutes ces friperies du moyen âge, qui la déparent et l'exposent au ridicule. Si la francmaçonnerie doit survivre à ce morcellement, à cette dispersion qui caractérise notre état social, si elle est appelée à devenir un centre et à donner à notre époque cette cohésion, ce ciment qui lui manquent, qu'elle lève les yeux vers ces hauteurs idéales où Lessing la convie, et qu'elle se hâte de constituer pour tous les esprits indépendants cette patrie spirituelle que nos contemporains cherchent en vain au-dessus des distinctions de nationalités. « Je crois être un franc-maçon » , écrit Lessing^ « non » pas tant parce que j'ai été reçu officiellement, par les » vieux maçons, membre d'une loge, mais parce que je » vois et je sais ce que c'est que la franc-maçonnerie, » quel est son but, où et quand elle a existéj, comment et » par quoi elle est favorisée ou empêchée. » Ces entretiens sur la franc-maçonnerie nous initient à la pensée de Lessing sur les questions politiques et sociales : on pourrait les appeler la politique de Lessing,

On a conservé un mot piquant de Lessing, qui laisse supposer qu'il avait eu quelque déception après son entrée dans la société. Comme on lui demandait s'il n'était pas forcé de convenir qu'il n'y avait rien, dans la franc maçonnerie, de contraire à la religion et à l'État: «Plût

» au ciel », s'écria-t-il, « que j'eusse trouvé quelque chose » de semblable! J'eusse alors trouvé quelque chose. » Le grand idéaliste n'avait pu se plaire à tous ces jeux^ à toutes ces épreuves qui distinguent la réception d'un frère, et s'élevant au-dessus de toutes ces plaisanteries d'un goût douteux, il a tracé d'une main magistrale le tableau idéal de la franc -maçonnerie et des bienfaits qu'elle pouvait répandre dans les sociétés humaines. Les maçons, tels qu'il les avait rencontrés dans la loge où il avait été reçu, né lui paraissaient pas plus fidèles à l'idée de leur ordre, que les chrétiens de son Église à leur vocation, et il écrivait cette parole, qui pourrait servir d'aiguillon à la franc-maçonnerie de ce temps : « La loge ressemble à la » vraie franc-maçonnerie, comme l'orthodoxie à la foi. » Ajoutez à ces différents ouvrages, que nous venons de caractériser, quelques feuilles éparses traitant des sujets divers et vous aurez toutes les sources où nous puiserons pour saisir la pensée de Lessing sur les grands problèmes de l'esprit humain.

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