AMOUR ET APOSTOLAT
(( tare des pauvres et que je livrerais mon corps aux « flammes, si je nai paslamour, tout cela ne me sert « de rien. L'amour est patient, plein de bonté ; l'amour « n'est point envieux ; l'amour n'a point de jactance ; « il ne s'enfle pas d'orgueil ; il garde toutes les con- (c venances ; il ne cherche pas son intérêt; il ne s'irrite (( point, ne pense point à mal ; il ne se réjouit pas de « l'injustice, mais au contraire se réjouit de la vérité. « Il couvre tout, croit tout, espère tout, soufl're tout. (( L'amour ne périra jamais. Les prophéties, elles « auront leur tin ; le doa des langues, il disparaîtra ; a le don de science, il sera sans objet, car notre don « de science est imparfait; imparfait notre don de pro- « phétie ; mais quand le parfait sera venu, l'imparfait (( disparaîtra. Quand j'étais enfant, je parlais, je rai- « sonnais comme un enfant ; devenu homme je me o suis défait de tout ce qui tenait de l'enfant. Nous ne « voyons maintenant qu'au travers d'un verre, obscu- (( rément; nous verrons alors face à face. Je ne con- « nais maintenant que partiellement ; je connaîtrai « (Dieu) alors comme je suis connu (de lui). Maintece nant donc, il y a trois grandes choses : la foi, l'es- (c pérance, l'amour ; mais la plus grande des trois est « l'amour K »
C'est saint Paul qui nous assure que « toute la Loi « tient dans un seul mot, celui-ci (( : Tu aimeras ton (( prochain comme toi-même-, » Comme le Maître l'a
' I Cor., 13.
* Gai., 5, 14.
iS SAINT PAUL
voulu, la Loi est vraiment dépassée. Saint Paul écrit : « Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez et ne (< maudissez pas !... Kéjouissez-vous avec ceux qui « sont dans la joie ; pleurez avec ceux qui pleurent... ce Ne rendez à personne le mal pour le mal. Xe vous (f vengez point vous-mêmes, mes bien-aimés... Si (c votre ennemi a faim, donnez-lui à manger; s'il a (c soif, donnez-lui à boire. . . Xe vous laissez pas vaincre (c par le mal, mais surmontez le mal par le bien K » L'apparition du chemin de Damas transforme son esprit comme son cœur, et illumine sa science comme son amour. Lélève de Gamaliel recommence à déchiffrer phrase par phrase les saintes Écritures, je dirais volontiers mot par mot ; et il poursuit ce travail tout le long de sa vie laborieuse, durant plus de trente années. Son expérience de missionnaire chaque jour accrue, ses méditations, ses révélations provoquent ici encore, ou assurent, les progrès de sa pensée. On ne peut pas les définir tous ; on peut du moins indiquer les deux grands aspects sous lesquels saint Paul a successivement présenté sa doctrine et dire de quçlje double armure il a voulu la vêtir pour la défendre des contre-sens de la foi juive et de la pensée grecque.
:.^ Rom . 12. 9-^1. ...
LA F(.I JLIVE 19-
Jésus s'appuyait sur la foi juive, et la foi juive rendait témoignage à Jésus; la Loi ce préparait o) le Messie et le Messie « accomplissait » la Loi. Cette foi, qui semblait une d'une unité indissoluble, se dissocia pourtant peu à peu, et comme inconsciemment, sous l'action de deux piétés différentes dans leur forme : la piété qui attachait à Jésus les témoins de sa résurrection, la piété qui attachait à la Loi tous les enfants d Israël.
Ceux-ci répugnaient d'instinct à ce que la bonne nouvelle fût portée aux Gentils qui n'avaient jamais entendu parler d'un Messie rédempteur ; ceux-là inclinaient à leur annoncer la résurrection du Seigneur qui devait accomplir la parole des Prophètes et convertir les peuples païens. Lorsque le baptême de Corneille et la mission de Barnabe à Antioche ^ ont surmonté cette première opposition, elle renaît sous une autre forme. Les tenants de la Loi veulent que les convertis vivent à la juive, comme les prosélytes, sastreienent aux usages nationaux réglés par Moïse et la Tradition pour tout ce qui concerne les habitudes quotidiennes, le manger, le costume, les relations de tout genre. Les témoins de Jésus veulent les libérer de ces observances
' Voir tome IL 216-21S.
étroites et leur faire toutes les concessions accordées par la coutume aux païens qui « révèrent » lahvé. — Dans cette question de rites et d'usages est engagée, on le devine, une question doctrinale de la plus haute importance. Jusqu'à la proclamation de l'Evangile, le salut était dans l'obéissance à la Loi ; pour les chrétiens de Jérusalem, l'observation de la Loi était considérée comme insuffisante ; il fallait encore croire à Jésus, le Messie venu et à venir. Mais cette nouvelle condition du salut abrogeait-elle l'ancienne? C'est ce que tout le monde ne voyait pas aussi clairement, ce qui opposait au fond les tenants de la Loi et les témoins de Jésus ; de là, le schisme qui divisait la foi juive.
A Jérusalem, ces questions ne pouvaient donner lieu à des dissentiments sérieux : tout le monde allait au Temple et vivait le plus saintement possible, selon les formes juives. Mais il y arrivait encore, du côté d'Antioche, des récits bien propres à émouvoir les Pharisiens pieux : Paul, et son protecteur Barnabe, et les autres directeurs de la communauté chrétienne qui s'y était développée n'exigeaient des païens convertis ni circoncision ni mœurs juives. Ces nouvelles, pourtant, n'alarmaient pas les Apôtres : le souvenir des discours du Maître suffisait à les diriger pratiquement dans la voie large; et l'accueil qu'ils firent à Paul, dont les idées avaient sur ce point une netteté parfaite, montre qu'ils n'entendaient pas, en théorie, maintenir à la Loi mosaïque sa valeur absolue. Mais certains fidèles de leur entourage suppléèrent à ce