LA LOI
«. part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ ! « Je rends grâces à Dieu, par l'intermédiaire de Jésusce Christ, à votre sujet à tous, de ce que votre foi est « célèbre dans le monde entier. . . Je désire vous voir, . . . «je me suis souvent proposé de vous aller voir, pour (( obtenir quelque fruit parmi vous comme parmi les « autres nations : mais j'en ai été empêché jusqu'à « ce jour. »
Après avoir ainsi revendiqué, comme dans lÉpitre aux Galates, son titre d'Apôtre, après ces compliments et ces éloges, Paul en vient tout de suite à ce qui lui tient au cœur : l'émancipation de lÉvangile. Le salut, dont parlent les Juifs, ce n'est pas la Loi qui l'assure, c'est la foi. La puissance bienfaisante de Dieu agit pour sauver celui qui croit; c'est celui qui naît de la foi et tend à la foi, ixTctc-sw: s-ç-'^t-v, qui est juste aux yeux de Dieu, selon ce qui est écrit dans l'Ecriture : le juste vit delà foi. ^
* L'effort anti-juif de saint Paul a surtout déterminé sa théorie de Dieu et sa théorie de Ihomme. Sa théorie de Dieu n'a rien d'original : c'est celle du Judaïsme et de TEvangile : Dieu est le maître absolu [Rom., 9, 14-21] ; mais sa transcendance s'abaisse vers l'homme dans un dessein d'amour paternel [Rom., 1, 20; 8. 15. 28-29 : Gai., 4, 5-6. — Voir Eph., 1. 4-5].
L'anthropologie de Paul s'inspire des idées courantes chez les Juifs et chez les 'Païens sur l'universahté du péché [voir tome II p. 96 et 47] et le rôle de la chair dans le péché :il les développe, les précise et les formule. L'empire qu'exerce le péché sur tous les hommes [Rom., 7, 5-23] ne dérive pas nécessairement de la chair —ceci est dirigé contre les Néo-Pythagoriciens et les Gnostiques — bien qu'il ait son siège dans la chair, Tap; ; il dérive de la transgression d'Adam. -2pi--(jj'j.:t, aux ordres donnés par Dieu : il en est la conséquence directe et héréditaire ; il est essen-
36 >AINT PAUL
Voilà la thèse de Paul nettement définie et formulée contre les Juifs par un texte de la Bible même : c est au prophète Habacuc ^ qu'a puisé l'Apôtre. Il déve-
tiellement une convoitise [Hom. 5, 12-19]. — A cette chair (terme péjoratif qui désigne le corps), poussée par cette convoitise mauvaise, s"oppo?e un élément supérieur, l'intelligence [voj;, Rom., 7,^3; voir 7, ^2-2]. Mais il semble que, pour Paul, ces deux éléments essentiels de Ihomme ne le définissent pas tout entier ; il semble connaître lame en tant que principe vivificatcur de la chair [/. Thess., 5, ^3: I, Cor.. 2. 14] et l'esprit, Tv=j;aa, région intellectuelle de l'homme où agit spécialement l'Esprit de Dieu et qui subsiste éteinellement auprès de Dieu [I Cor., 5, 5; 14, 14].
Que reste-t-il à cet homme déchu et quel est son rapport à Dieu? — L'homme déchu connaît par le monde, ouvrage de Dieu, l'existence de Dieu [voir le discours de Paul à l'Aréopage : Actea, 17, 22-31 : le Dieu qui a fait le monde... : /îo;».. 1,20; voir Sagesse, 13, 5; Philon. : de praemio, 7 ; Aristote : de mundo, 6] : et, parce qu'il connaît Dieu, il connaît la loi naturelle posée par Dieu [Rom., 1. 32. — Voir Quirmbach : Die Lehre des lieil. Paidus von der nalurl. Gotteserkenlniss und dem natiirl. Sittengesetzt, Fribourg. 1906; Prat, 1, 277-278]. — Mais, par l'effet de la convoitise, il ignore délibérément Dieu et méconnaît la loi morale naturelle [Rom., 1, 18-32].
Quant à cet homme déchu qu'est le Juif, en particulier, sa situation n'est pas meilleure que celle du non-juif : la Loi mosaïque, en rendant plus claires et plus minutieuses les prescriptions de la loi naturelle, a seulement multiplié les transgressions de l'homme, esclave de la convoitise malgré qu'il en ait ; mais elle ne lui a apporté aucune aide [Rorii., 7 ; Gai., 3, 10-19].
Heureusement, contre cette puissance qu'est le péché, se dresse une puissance rivale qui apportera la justice à l'homme, parce qu'elle est la justice de Dieu ; elle est un attribut divin produisant le salut, c'est-à-dire la volonté salvifique de Dieu [Tobac : La 0'./.a'.07jVT, 6£oj dans saint Paul. — R. Hist.Ecclés. 1908. 5]; elle dérive de l'amour paternel de Dieu, elle commence de se manifester par la promesse faite à Abraham, elle se déploie dans l'œuvre de Jésus, le Messie [Rom., 3. 21-22 ; 5, 21; 9. 6-8, Gai., 3, 6-18].
Sur l'idée de foi et sur la christologie, voir iiifra p. 56-61.
* 2, 4. Voir Van Hoonacker : Les douze petits prophètes, p. 477.