‹ Le christianisme primitifChapitre 20 sur 77 · LA VIE · texte numérisé non relu

LA VIE

sommes esclaves de la justice et de Dieu (6;. — La vie pourThomme, c'est de participer à la vie de Jésus, à sa mort et à sa résurrection; le chrétien est et doit être un autre Christ. ,

Dans cette doctrine, quelle est donc la place, quel a été le rôle de la Loi? objectent à Paul les tenants du Mosaïsme. — La Loi mosaïque, répond-il (7), a précisé la loi naturelle au jugement de la conscience : la loi naturelle a pris forme dans la Loi juive, si bien que l'homme n'a connu le péché que parla Loi. Je n'aurais point connu la convoitise si la Loi n'avait dit : Tu ne convoiteras point. Sans la Loi, le péché était mort. Or, il scst trouvé que le commandement qui devait servir à me donner la vie a servi à me donner la mort; car nous savons que la Loi est spirituelle, et que l'homme est charnel : le bien que je veux, je ne le fais pas; et le mal que je hais, je le fais, ou plutôt ce n'est pas moi qui le fais, c'est le péché qui habite en moi. Quand je veux faire le bien, je trouve en moi une loi qui me met en présence du mal. Car, selon Ihomme intérieur je me complais dans la loi de Dieu ; mais je sens une autre loi dans mes membres; ainsi moi-même, ajoute l'Apôtre, je suis l'esclave de la Loi du péché par la chair. Qui me délivrera de ce corps de mort, qui me libérera du péché, qui me donnera la vie? La grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre Seigneur. La Loi de Moïse a donné à l'homme une plus claire conscience de sa faiblesse et du besoin qu'il a de la grâce de Dieu et de la Vie par Jésus. — Vivre selon Dieu, vivre en Jésus, le Fils de Dieu fait

chair, c'est vivre selon l'esprit, c'est combattre la chair. Maisce combat ne doit pas effrayer Ihomme ! Tous ceux qui sont mus par l'Esprit de Dieu deviennent les enfants de Dieu et non plus ses craintifs esclaves; ceux-là partagent les souffrances du Christ, mais ils partageront la gloire de Dieu. Toutes les souffrances du temps présent n'ont aucune proportion avec la gloire qui doit un jour éclater en nous ; et Tespérance d'entrer un jour dans la liberté et dans la gloire des enfants de Dieu nous anime et nous soutient, tandis que nous gémissons au dedans de nous. Attendons avec patience; l'Esprit aide notre faiblesse et demande lui-même pour nous en des gémissements inénarrables : et Celui qui sonde les cœurs sait quels sont les désirs de l'Esprit, parce qu'il demande ce qui est selon Dieu. Et puis, nous savons que ceux qui aiment Dieu, Dieu collabore avec eux et produit le bien; il les a appelés, il les a justifiés, il les a gloritiés. Après cela, comment pourrait-on désespérer de vivre? Si Dieu n'a pas épargné son propre Eils, s il l'a livré pour nous, est-ce qu'avec lui il ne nous a pas donné toutes choses? Qui donc accusera, qui donc condamnera les élus de Dieu, alors que le Christ Jésus ressuscité est à la droite de Dieu et intercède pour nous? Aimons donc le Christ, c'est la Vie (8.)

La Loi, la Foi, la Vie, voilà les trois idées qui, s'opposant ou s'appelant, soutiennent, animenl, résument toute la pensée de l'Apôtre. Bien qu il veuille la définir et la formuler en elle-même indépendamment des circonstances, on sent quelle est toute tendue contre le

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Judaïsme, non seulement parce que sa lutte contre les judaïsants l'entraîne, mais encore parce que les raisons qu'il leur donne, il doit se les donner à soi-même; s'il discute contre les Juifs, il est Juif aussi bien queux. Et cette orientation générale, cette tendance intime de sa pensée se marque encore dans la dernière partie de son épître. Le salut ne vient pas de la Loi, mais de la Foi, qui donne la \ie; quel est donc le rôle des Juifs dans l'histoire? quel sera leur sort? que deviennent les privilèges du peuple de Dieu et les promesses faites aux Patriarches? Ces questions le troublent, comme elles troublent ses adversaires. ll« dit la vérité dans le Christ « et ne ment pas » ; mais sa « conscience lui rend ce c( témoignage par le Saint-Esprit qu'une profonde trisce tesse le pénètre et qu'une douleur continuelle est « dans son cœur » : le Juif qu'il est, pleure de voir ses frères dépossédés de leur mission. Dieu sait comme il les aime, ses frères, a de même race que lui selon la « chair»; il souhaiterait que le Christ le rendit anathème pour eux ! Mais il se dit que les enfants de Dieu ne sont pas, vraiment, les enfants de la Loi donnée à Moïse : ce sont les enfants de la promesse faite à Abraham. Et puis, l'idée juive de l'absolue et souveraine maîtrise du Dieu-Roi se présente à sa pensée : qui oserait juger Dieu, qui voudrait discuter avec Lui? « 0 homme, « qui es-tu pour contester avec Dieu? Un vase d'argile « dit-il à celui qui l'a formé : Pourquoi m'as-tu fait ainsi? « Le potier n'a-t-ilpas le pouvoir de tirer de la même « masse d'argile un vase pour l'honneur et un autre pour

« rignominie ? » Voyez ce que dit le prophète Hosée : « J'appellerai mon peuple celui qui nétait point mon f( peuple, ma bien-aimée celle qui n'était point ma « bien-aimée, et il arrivera que, dans le lieu même où « je leur avais dit : Vous n'êtes point mon peuple, ils « seront appelés enfants du Dieu vivant. » Nous devons donc dire que les Gentils qui ne cherchaient point de justice ont atteint la justice, la justice qui vient de la foi, et qu'Israël qui poursuivait la loi de justice ne l'a pas atteinte, parce qu'il ne cherchait pas la justification par la foi; il s'est heurté à la pierre d'achoppement, selon qu'il est écrit : « Voici que je mets en Sion une pierre « d'achoppement et une pierre de scandale » (9). Les Juifs n'ont qu'à suivre le même chemin que les Gentils, à confesser le Seigneur Jésus, à croire en leur cœur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts ; et ils seront sauvés. L'Ecriture n'a-t-elle pas dit : « Quiconque croit en « lui ne sera point confondu, quiconque invoquera le « nom du Seigneur sera sauvé? » Le salut qui est offert aux Gentils, leur est aussi proposé : Juifs et Païens ont un même Seigneur, riche pour tous ceux qui l'invoquent. Seulement, qu'ils ne s'imaginent pas que leur privilège antique subsiste : Moïse et Isaïe ont prédit leur abandon par Dieu (10;. Cet abandon, du reste, n'est ni absolu ni définitif. Il y a des enfants d'Israël qui ont trouvé la grâce; quant aux autres, leur chute est devenue le salut des Gentils, leur perte est la réconciliation du monde. Mais leur chute n'est pas éternelle; l'aveuglement de la partie d'Israël qui rejette le Messie durera

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