‹ Le christianisme primitifChapitre 21 sur 77 · L AVENIR D ISRAËL · texte numérisé non relu

L AVENIR D ISRAËL

seulement jusquù ce que la plénitude des nations soit entrée dans la foi et ait reçu la vie; ensuite tout Israël sera sauvé, selon qu'il est écrit : « 11 viendra de Sion « celui qui délivre et qui doit bannir l'impiété de « Jacob. )) Israël est toujours aimé de Dieu à cause de ses pères parce qu'il a été autrefois élu : Dieu ne se repent pas des dons qu'il donne ^ ni des choix qu'il

' Tout le monde est d'accord que l'épltre aux Romains est de saint Paul ; mais on conteste son unité.

Ce n'est pas que les manuscrits imposent cette attitude. Si plusieurs [L., 37, 48, beaucoup de cursifs] placent la doxologie 16, 2o-'21, tantôt à la fin de 14, tantôt à la fin de 16, le fait s'explique sans doute parce que Marcion a coupé l'épître à la fin de 14 ; et Ton sait que les préoccupations de Marcion sont d'ordre théologique, non littéraire [Jacquier, I, 21'2--2'ii].

D'après Julicher [fi/î^. in dasX. T., 3* éd., 1901], il est inexplicable que Paul connaisse, à Rome où il n'a jamais été. toutes les personnes qu'il salue, Rom., 16, 1-^0. En outre, Aquila et Prisca sont à Éphèse, non à Rome, d'après I Cor., 16, 19. — On répond qu'Aquila et Prisca peuvent très bien être retournés à Rome dans les neuf mois qui séparent la rédaction de l'épltre du séjour des deux judéo-chrétiens à i:.phèse : que ce sont eux qui ont fait connaître à Paul les principaux membres de l'église romaine ; enfin que lépigraphie romaine connaît tous les noms mentionnés dans I Cor., 16, 19 [ils se retrouvent tous dans les columbaria de la maison des Césars au pr siècle. — Jacquier, I, 278-279; Schûrer; Comm. de Sanday et Headlam]. Sur Ampliatus et le cubiculum d'Âmpliatus, à Domitille, voir Leclercq, dans Cabrol, I, 1, 1717.

M. Spitta a développé naguère [1901, L'nlersuchungen ueber den Brie f des Paulus an die Rôrner, Gôttingen] une autre hypo-^ thèse séduisante : notre texte se composerait d'une grande lettre de Paul aux Romains ;i-ll -f 15, 8-33 -f- 16, 21-27], à' laquelle on aurait ajouté, et un peu mélangé, une seconde lettre de Paul aux Romains dont le début serait perdu, mais dont nous aurions conservé la fin [12-15, 7 -f 16, 1-20] ; la première daterait de Corinthe, 58 : la seconde serait postérieure à la première captivité et remonterait à 63 ou 64. Pour des raisons pratiques on aurait, de très bonne heure, fondu les deux textes. Le

AINT l'AUL

l'ail. Paul clùt son exposé par l'annonce de ce « inysl'jre ». 11 console ainsi ses frères selon la chair de ce

point do dépari do l'hypothèse est la constatation du paralloiisnio de certains passages :

Que le Dieu de la constance cl de la consolation vous donne d avoir les raènicâ sentimcutà les uns pour les autres, afin que d'un niciuc cœur et d'une même bouche vous ;:loi'iriiez le Dieu et Père de N.-S. J.-C. C'est pourquoi accueillez-vous les uns les autres comme le Christ nous a accuoillis. à la ftloirc do Dieu.

(JuP lo Dieu (If la paiv ■«oil avec vous tous. Amen '.

16, :i-ir..

Saluez F'risca et Aquila... Saluez Epaincte... Saluez Marie... Saluez Andronicos et Junias... Saluez Ampliatus... Saluez Urbain... et Slachjs.., Saluez Apcllcs...

La grâce de >'.-S. Jésus soil avec vous :

Ib. [-i.

(Or), que le Dieu de l'cspL-rance vous remplisse de louie joie et paix dans la foi. ahn que vous soyez riches d'espérance, par la vertu de l'Espril- Saint.

El le Dieu do la paix brisera promptement Satan sous vos pieds.

Timolhée. mon collaborateur, vous salue, ainsi que Lucius et Jason... Je vous salue, moi Tertius, qui ai écrit cette lettre. Gains... vous salue.

Erasle... vous salue, ainsi que Quarlus, le frère.

Que la grâce de N.-S.-J.-C. soit avec vous tous. Amen.

« Celle série de doublets est une chose unique dans saint Paul. Il y a donc lieu de se demander si l'on n'aurait pas réuni ensemble les finales de deu.x lettres dont il faudrait ensuite retrouver les élément». Après avoir soumis les cinq derniers chapitres à une analyse pénétrante et minutieuse, M. Spitta formule cette première conclusion : 12-15, 7 -|- 16, 1-20 appartiennent à un même écrit, tandis que 15. 8-33 et 16. tY-21 sont d'un bloc différent. Dans chacun de ces deu.x morceaux, nous trouvons tout ce qui caractérise la fin des épitres pauliniennes : des salutations, une dernière exhortation et un souhait final. Il reste à déterminer dans quelle relation se trouvent les chapitres 11 et 12 lavec le reste de l'épîtrei. Jusqu'ici, on se contentait de dire qu'à la

LE NEO-HELLENISME 49

qu'il a proclamé, au nom même de la Loi, la déchéance de la Loi ^

Paul ne devait pas seulement préserver lÉvangile des contresens de la foi juive, il était destiné encore à le garantir des manipulations de la pensée grecque. Il avait défini contre les judaïsants la doctrine du salut

partie dogmatique succédait la partie morale, comme dans lépitre auxGalates. M. Spitta n'hésite pas à rejeter cette solution. Dans répitre aux Galates, il y a une certaine relation entre les enseignements dogmatiques et les applications morales. Mais dans lépitre aux Romains on ne découvre entre celles-ci et ceux-là aucun lien logique ; à partir du chapitre 12, « on entre, pour ainsi dire, dans un nouveau monde ». Il faut donc voir dans les chapitres 12-15. 7 et 16, 1--20. les éléments d'une lettre différente de celle qui est contenue dans les onze premiers cha- I)itres, auxquels nous devons rattacher 15. 8-33 et 16, 21-21. » Perret : R. B, 1903, 131 1. Noter que l'hypothèse ne touche en rien la valeur doctrinale de ce texte fameux.

On a discuté à perte de vue pour savoir si, parmi les destinataires de la lettre, prédominaient les Judéo-chrétiens ou les Pagano-chrétiens. Il est clair que, dans son ensemble, l'épltre vise des Judéo-chrétiens. Et cette indication, tirée du corps même du texte, s'accorde avec les autres textes [voir infra p. 77, les origines de l'église romaine].

En général, on date ce texte de Corinthe. 53-57.

Voir Cornély : Comm. in ep. ad Rom., 1896, Paris: Godet : Comm. Ep. Rom., 1879, Paris; Weiss : Rômerbrief, 1899, Gôttingcn ; Sanday et Headlam : Comm. on tfie ep. to the Rom., 1895, Edinburgh.

' Comparer à cet égard saint Paul au premier évangéliste : et ne pas oublier, pour ne pas exagérer leur originalité, que, avant eux, des Gnostiques juifs avaient rejeté la Loi. Voir tome II, p. 123-H4.

dans son objet, lliomme ; il va la définir dans son auteur, le Christ, en combattant les (;/^067t(J'^^es. Ce sont, parmi les champions de cette rclip^ion païenne que nous avons vue naître de la Révolution Religieuse, ceux qui veulent utiliser le Christianisme, non se soumettre à lui^

La haine des Juifs acharnés à sa perte a conduit Paul en prison, à Césarée d'abord, puis à Rome. Soumis à une surveillance continuelle, ne sortant jamais qu enchaîné au légionnaire qui le garde jour et nuit, il reste libre néanmoins de demeurer où bon lui semble. Dans les premiers jours, il accepte l'hospitalité des chrétiens; mais bientôt, profitant des secours qui lui arrivent de Philippes, il se retire dans un logement loué à ses Irais; et là, il prêche la foi, accueille ses amis, écrit à ses églises. C'est alors qu'il reçoit la visite du colossien Epaphras, lapôtre de la vallée du Lycus : les églises de cette région font député vers lui, sitôt qu'elles ont connu son emprisonnement.

Cette visite apporte à l'Apôtre moins de consolation que de tristesse : elle lui apprend que l'hérésie ronge les chrétientés d'Asie. La province romaine d'Asie comprenait le versant occidental du plateau d'Asie Mineure, depuis les environs de Cyzique sur la Propontide jusqu'à la côte de Lycie ; elle englobait les antiques et riches pays de l'Ionie et de la Phrygie. Les belles vallées qui courent parallèlement vers les longs

' Voir tome H, p. 11, lo3-l 11, 30-37.

LES RECITS D EPAPHRA> 51

golfes de la côte, où s'abritent derrière une rangée d'îles tant de ports larges et sûrs, offraient de vastes plaines à la culture et un facile accès à la mer : de là, la prompte occupation de ces pays par les premières civilisations ; de là aussi, la densité de la population et le grand nombre des villes ; de là, encore, le luxe et la mollesse des habitants. Les fêtes, et les cultes qui leur servaient de prétextes, étaient fort en honneur, surtout celles de Rome et d'Auguste. Le haut pays, 0 "est-à-dire la Phrygie, restait attaché à de vieux rites où l'exaltation des âmes trouvait un aliment : on v voyait fleurir le culte de Cybèle et d'Attis, avec son personnel de Galles fanatiques et ses frénésies sacrées. La Révolution Religieuse y était plus ardente peut-être que partout ailleurs ^ Ces Ioniens d'Asie, petit-fils de

' « Au jugement des écrivains taimudistes, les Juifs très nombreux en Phrygie s'étaient laissé pénétrer par les doctrines et les pratiques religieuses de la race phrygienne >; [Lemonnyer : Épi- Ires de saint Paul, II, 46]. Voir tome II, p. 112.

« Un te.xte gravé à Milet, sur les murs du théâtre, mentionne les sept archanges invoqués pour le salut de la cité »: en même temps quon invoque chacun, on désigne aussi chacun d'eux par une formule gnostique « formée des sept voyelles diversement groupées, suivant l'ancienne manière de nommer les planètes ». « Le dieu protecteur de Colosses fut représenté sous les traits de saint Michel » [C. I. G., 289b: T. Wiegand : III^' I orlàuf. Bericlit uher die... begon. Ausgrab. in Milet \Sitz... herichte d. Berlin. Ak., I90i, 91; Chapot, o2o].

Sur les rapports de Paul avec les Grecs, consulter le curieux discours de l'Aréopage, Actes, 17, 22-31 : « Hommes Athéniens. je vous trouve à tous égards extrêmement religieux. Car, en parcourant votre ville..., j'ai découvert un autel avec cette inscription : Au dieu inconnu. Ce que vous révérez sans le connaître, c'est ce que je vous annonce. Le Dieu qui a fait tout le monde et tout ce qui s'y trouve... n'habite point dans les tem-

Tlialès et de Pythagorc, ces Phrygiens mystiques, épris d'un ascétisme échevelé, risquaient de troubler la foi limpide des jeunes églises.

Epaphras montra à Paul les progrès que faisait parmi les croyants un rigorisme étrange : certains ne se bornaient pas à distinguer entre mets purs et mets impurs ; ils allaient jusqu'à refuser au corps ses droits légitimes ; ils observaient certaines pratiques mystérieuses. Le culte local du dieu Lunus (Mv) est peut-être pour quelque chose dans les observations de néoménies ; les folles austérités etles abstinences des Galles peuvent avoir servi de modèle, directement ou indirectement, à cette Tx-E'.vo'yooîjvr, dont parle l'Apôtre.

Mais d'autres révélations d'Epaphras l'émeuvent plus profondément encore. Certains Laodicéens, exaltant et défigurant le rôle des anges, en font des médiateurs entre le Dieu inaccessible et l'homme, et diminuent ainsi la gloire unique du Christ. Jésus n'est plus

pics faits de mains dhomme... Il a fait que tous les peuples, sortis d'un seul même homme, habitassent sur... la terre... pour qu'ils cherchent Dieu et qu'ils s'efforcent de le trouver en tâtonnant, bien qu'il ne soit pas loin de chacun de nous, car en lui nous avons la vie, le mouvement et l'être... Ainsi donc, étant de la race de Dieu, nous ne devons pas croire que ce soit à de l'or... qu'il ressemble... 11 annonce maintenant à tous les hommes... qu'ils aient à se repentir, parce qu'il a fixé un jour où il jugera le monde... par l'homme qu'il a désigné : comme preuve certaine (de ce choix qu'il en a fait), il l'a ressuscité des morts... ». Lorsqu'ils entendirent parler de la résurrection des morts, les uns se moquèrent, les autres dirent : « Nous t'entendrons sur ce sujet une autre fois ». — [Le détail touchant l'autel du Dieu inconnu est authentique. Voir entre autres Actes, éd. Rose, 178 etR. B,, 1903, 472].

LE PERIL GNÛSTIQUE a3

quelque chose duiiique, sansanalogucabsolumenldans le monde ou dans l'histoire ; il est plus ou moins semblable à d'autres êtres célestes qui jouent aussi leur rôle dans l'œuvre du salut ; ces êtres invisibles, pareils au Christ, dont parlent les novateurs, ce sont les Trônes, les Dominations (y.'jp'.6-:T,-:£ç), les Principautés (ào/al), les Puissances (ilryj'jix'.) : elles partagent avec Jésus la plénitude de la divinité. Voilà la science supérieure (iz'/'vojc'.ç) que donne à qui l'accepte la « philosophie » de (( ceux de Laodicée » ; derrière les observances ascétiques que nous avons dites apparaît donc un dogmatisme bien déterminé, négateur de la transcendance absolue du Christ. Ce fait nous conduit à voir dans la « philosophie de Laodicée » une manifestation de la pensée gnostique ; c'est, semble-t-il, la première fois que le Néo-Hellénisme tache de s'accommoder de l'Évangile, en le défigurant.

Qu'on y prenne garde, en effet. Pour que le Christianisme recueille Ihéritage que lui prépare, un peu partout, la révolution qui saccomplit au fond des âmes, il faut dabord quil surmonte un péril : si les Païens et les Juifs, les Orientaux et les Occidentaux en viennent à désirer une aide surnaturelle afin de pouvoir accéder à Dieu, n'est-il pas à craindre que le Médiateur de Galilée, accueilli dans la foule de ceux qu'a forgés la religion renaissante, ne soit confondu avec eux, et, fraternisant avec le Verbe de Plutarque ou de Philon, le Mithra des uns. les Démons ou les Puissances des autres, ne perde sa physionomie originale et ne déchoie

54 >AINT PAUL

(le sa dignité suprême? Mis en contact avec le Xéo- Pvthaoforisme cl avec le Svncrétisme romano oriental, sitôt qail est sorti de la terre juive, le Christianisme doit utiliser lun et l'autre ; mais il court le risque d'être utilisé par eux^ Du Christianisme ou du Gnosticisme, qui l'emportera?

Saint Paul voit clairement le danger. Les nouvelles qu'apporte Epaphras le blessent au cœur : on l'attaque dans ce qu'il a de plus cher au monde, l'honneur divin de Jésus. La riposte - ne tarde pas à venir, riposte de

• Si l'on met à part les àmcs restées fidèles au vieux Paganisme survivant [voir tome II, p. i2-28j et au JudaKsme traditionnel, il semble qu'on puisse répartir en quatre groupes toutes celles auxquelles était présenté l'Évangile, suivant qu'elles allaient au Néo-Pythagorisme [tome II, p. 30-56], aux Religions orientales [tome II, p. 57-65], au Judaïsme [les prosélytes plus ou moins déclarés, tome II.p. 111], ou au Gnosticisme juif [tome II, p. 112-131]. Ce qui les attirera toutes, c'est la puissance de la personnalité de Jésus. Jésus a été aussi pieusement adoré, semble-t-il, par les Gnosliques que par les Catholiques.

- Nos documents sont les épitres dites de la captivité, cest-àdire Coloss., Ephès., Philip, et Phil. Leur authenticité a été souvent attaquée en raison de leur doctrine et de leur langue. D'une manière générale, on doit dire que cette critique procède d'une conception inexacte du Gnosticisme : le Gnosticisme, c'est' à-dire la forme juive ou judéo-chrétienne du syncrétisme qui s'élabore depuis deux ou trois siècles, n'est pas postérieur à saint Paul [voir tome II]: la nouveauté de l'adversaire que combat Paul explique ce que présentent de nouveau sa doctrine et son style. — A ce dernier point de vue, on doit tenir compte, aussi, de la vieillesse qui atteint l'ApOtre.

La tradition paléographique [B", P, K. L. 12, 37, 42, 44...]. les anciennes versions syriaques et coptes, saint Jean Chrysostome et Théodoret placent à Rome la rédaction de ces quatre textes; et la plupart des historiens [Holtzmann, Oltramare. von Soden, Abbot. Harnack] acceptent cette idée. Pour Weiss, Hilgenfeld, Duchesne, Colos.. Ephès et Phil., auraient été écrits à Césarée,

EPITRE AUX COLOSSIEXS 5S

croyant et de savant : elle montre une fois déplus quel amour brûle son àmo, quelle science éclaire son amour. C'est à la théologie juive qu'il emprunte encore les éléments de son exposé.

avant le départ pour Rome. La première opinion semble la plus probable [faire valoir contre Col., 4, 3 qu'à Rome encore il est I)risonnier].

A la partie dogmatique, résumée dans le gros texte, l'épitre aux Colossiens ajoute [3,5-4,6] des exhortations morales : il faut rejeter les vices anciens, fornication, impureté, cupidité, colère, mensonge. ., et pratiquer la vertu, prendre un cœur compatissant, des sentiments de bonté, d'humilité, de douceur, de longanimité, de charité: que chacun pratique les devoirs de son état, femmes, maris, pères, esclaves, maîtres, et que chacun persévère dans la prière.

L'authenticité de l'épitre a été attaquée, soit radicalement, soit avec hésitation. — 1. l'our Hilgenfeld et llausrath..., le texte est inauthentique, puisqu'il combat les Gnosliques. Cette objection repose sur un jeu de mots [Voir, du reste, JiUicher, Einleil, 90; et noter que l'authenticité de Phil., garantit en général l'authenticité de (2ol.]. — 2. Pour lloltzmann. von Soden et d'autres, notre texte est un remaniement d'une épitre authentique de l'aul combinée avec une autre lettre également paulinienne. Pour von Soden, l'interpolation se réduit à 1, 16. ô.-lT, pour Clemen à 1. 18-20. Cette théorie requiert un système théologique qu'il serait trop long de discuter ici et qui, du reste, ne s'impose pas. Noter enfin, que, fùt-elle admise, elle ne conteste de toute l'épitre que quelques Hgnes. — Tout le monde reconnaît que « le style des deux premiers chapitres est lourd, embarrassé ; les. phrases sont très longues, les constructions traînantes » [Voir surtout 1, 9-20; 2. ^-12. — .lacquier, I. 327].

Voir Oltramare : Commenlaire sur les épîlres de saint Paul aux Colossiens, aux Ephésiens, à Philémon, Paris, 1891 ; von Soden ; Die B>-iefe an die Kolosser. Eph. und Pliil., Fribourg,

1891 : Holtzmann : Kritik der Epheser und Kolosser-Briefe. Leipzig. 1892; Lightfoot : ^7. Paul's'Ep. to the Coloss., and Phil.,

1892 ; Parker : Epislles to Colossians, Philem. and Thess., 1905, London ; Ewald : Die Briefe des Paulus an die Epheser, Kolosser und Phil.. Leipzig, 1905; K -J. Miiller : l'eber den Gedankengang des Apostels P. in seinern Briefe an die Kolosser. Leipzig,

Avant CCS cvcncmcnls, avait-il déjà apj)liqué à Jésus ridée de la Sagesse divine qui s'élaborait lentement chez les croyants d'Israël et se métamorphosait progressivement d'attribut divin en divine hyposlase ? L'avait-il combinée déjà avec sa foi au Messie ? il est permis de le croire •. Ce que Ion peut affirmer sans crainte, c'est linfluence qu'exerce en ce moment sur sa pensée la Sagesse de Salomon. Le livre biblique, on l'a vu^ appelle la sagesse de Dieu un « miroir imma- « culé de sa force », un « reflet de la lumière éter- « nelle », une « imao^e de sa bonté » ; il enseiîrnc quelle existait déjà avant que le monde fût créé, car alors déjà son activité se manifestait puisqu'elle était témoin et instrument de la Création. Paul se souvient de cette doctrine, il la recueille et la développe. Comme s'il identifiait le Christ avec cette Sagesse de Dieu, il constitue le Christ en Dieu ; à lencontre des Grecs qui rapprochent le Christ des créatures par une chaîne d'êtres célestes émanés de Dieu comme lui, il sépare le Christ du monde créé, non seulement parce qu'il voit en lui le Fils de Dieu envoyé sur terre pour racheter de son sang les hommes esclaves du péché, mais encore parce qu'il adore en lui a l'Image » éternelle de Dieu, antérieure à toute création et par qui tout a été fait. « Jésus-Christ, dit-il aux Colossiens, est limage de

^ Voir p. 59, n. 1.

* Cf. supra tome II, p. 81. C'est donc à Paul qu'il faut faire remonter, semble-t-il, la combinaison de la croyance aux hypostases et de la croyance au Messie : il ne croit pas pouvoir autrement définir Jésus. Voir tome II, p. 87, note.

LA DIVINITE DE JESUS o7

(( Dieu invisible, le premier-né de toute créature, car « par lui (Èv aÙTwj a été créé tout ce qui existe au ciel et « sur la terre, les choses visibles et les choses invisibles, (( même les Trônes, les Dominations, les Principautés, « les Puissances : tout a été créé par Lui et pour Lui. 11 « est avant tout et tout a sa raison d'être en Lui. Il est « la tête du corps de l'Kglise. 11 est le principe, le pre- « mier-né des morts, afin qu'en tout 11 occupe le premier « rang; car en Lui il a plu à Dieu de faire habiter toute « la plénitude. Dieu a voulu réconcilier tous les êtres par <( Lui et en Lui, pacifier par le sang de sa croix, par Lui- (( même, tout ce que le ciel et la terre renferment... Je « veux que vous sachiez quelles angoisses j'éprouve « à votre sujet, au sujet de ceux de Laodicée et de tous « ceux qui ne m'ont pas vu en personne. Je voudrais « consoler vos cœurs, les fortitier tous dans l'amour « et les doter de toutes les richesses de la pleine intel- « ligence, les amener à une pénétration plus haute du « mystère de Dieu, c'est-à-dire du Christ en qui sont c( cachés tous les trésors de la sagesse et de la science « (':o'^'a; /.al ^/(ocîwç). Je VOUS dis ces choses atin que « personne ne vous détourne du vrai chemin par des « paroles malencontreusement persuasives, car si je (( suis absent de corps, par mon esprit du moins je « suis avec vous, me réjouissant de vous voir dans « l'ordre et la solidité de la foi au Christ. Comme vous (( avez reçu Jésus-Christ, demeurez en lui, bien enra- « cinés, bien solidement bâtis sur lui et affermis dans (( la foi, mais comme elle vous a été enseignée... Pre-

o8 SAINT PAUL

« nez garde qu'on ne vous trompe avec la philosophie cr et de vains mensonges dérivés de la tradition des « hommes, conformes aux éléments du monde, non à (c Jésus-Christ ; car c'est en lui qu habite corporelle- « ment toute la plénitude de la divinité ; en lui, vous (c jouissez de cette plénitude ; il est la tête de tout « principe, ào//,ç, et de toute puissance, èEouaîa; ; en lui, « vous avez été circoncis d'une circoncision qui n'est V pas de main d homme, vous avez dépouillé votre « chair corporelle par cette circoncision du Christ ; « vous avez été ensevelis avec lui dans le baptême ; « avec lui, vous êtes ressuscites par la foi en la puis- « sance de Dieu qui l'a ressuscité, lui, d'entre les morts. « Vous étiez morts par vos péchés et votre incirconci- (( sion corporelle : il vous a vivifiés avec lui-même, « vous remettant tous vos péchés. 11 a effacé le décret <( de votre condamnation, il l'a supprimé en l'attachant « à la croix ; il a vaincu les principes, ip^i-:, et les puisce sauces, Èço-j^jiar; il a montré hardiment leur faiblesse « dans l'éclat de son triomphe sur eux. »

La conception de Paul est très claire, a Le Christ n'est pas un personnage céleste quelconque : c'est le premier de tous les êtres, des êtres invisibles comme des êtres visibles, des êtres célestes comme des êtres terrestres, des vivants et même des morts. En lui habite toute la plénitude de la divinité, et cela, corporellement, c'est-à-dire dans l'homme concret qui s'appelle Jésus de Nazareth. Le sang de sa croix, point central de son œuvre, est le prix de la réconciliation

S\ CHRISTOLOGIE 59

universelle, au ciel comme sur la terre. Celui qui est uni à lui par la foi et le baptême n'a besoin d'aucun complément de salut ; il possède la divinité, autant qu'il peut la contenir ^ Quant aux puissances célestes,

' Duchesne : Or. 44. Voir Royet ; Élude sur la christolofjie de saint Paul. Lyon, 1907 ; et les manuels de Holtzmann, Harnack et Reuss, Tixeront. — La christologic de saint Paul s'est formée, d'abord dans la lutte contre les Juifs, ensuite dans la lutte contre les Gnostiques. Contre les .Juifs, Paul montre surtout en Jésus le second Adam qui abolit la ruine humaine, œuvre du premier Adam : il montre en Jésus le Messie promis à Abraham, qui apporte la justice de Dieu et la communique aux hommes en expiant pour eux sur la croix : par le baptême, nous mourons et nous ressuscitons avec Jésus; par la foi et le don total de notre être nous nous incorporons en lui et sommes rachetés par lui [Rom., 5, lo-21 ; 6, 3-11; 4, 4-25...; Gai., 2, 16-20: 3, 2-27; voir Cor., T/ies.].

Dès le temps de cette polémique anti-juive il aperçoit les idées delapréexistence[tomen,p.87n.]et de la divinité de Jésus il Cor.. 8. 6 : « 11 n'y a qu'un Dieu... et un Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses »; l. Cor., 10. 4 : « (nos pèresi buvaient... à un rocher spirituel qui les suivait (après le passage de la mer Rouge). Et ce rocher, c'était le Christ ». — Voir IL Cor., 8, 9; 13, 11-13: Rom., 8, 3*; 1, 3-4; Gai.. 4, 4]. Mais c'est à propos de sa lutte

* Sur la fameuse doxologie, Rom, 9, 5, -/«l l; Cv ô Xj.rrô; -h xari <risx«, ô '*•/ ï-\ lîàvTuv dto; i'Arj;r->j^ '-U Toi; a'wva; à;j./.v, voir R. B, 1903, 350 : il semble qu'il faille ponctuer comme nous faisons et lire : de qui est issu le Ctirist en ce qui concerne la chair, lui qui est par dessus tout Dieu béni à jamais. » Noter encore Boni., 10, 9, I, Cor.. 12, 3, II Cor., 4, 3 : Paul transfère à Jésus le titre de Seigneur. Kjç.:o;, que les Juifs appliquent à lahvé, et dont la confession procure le salut 'Joël. 2, 32' ; c'est dire quil confère à Jésus la même maîtrise souveraine ?ur toutes choses que les Juifs aUribuaient à lahvé. Et, selon toutes les \Taisemblances. K:;:o; chez les Grecs, est synonyme de Dieu. Daulre part, Paul donne à Jésus et de très bonne heure, le nom de Fils de Dieu [I, Thcs.. 1. iû ; Gai., 4. 4-6; I Cor., 1, 9, 15. 28] : il s'inspire à la fois, sans doute, du psaume 2 et de la tradition synoptique. Le texte Bom., 1.4, distingue nettement, à côté de la nature humaine [ix crr.io'JL^rr,- Aaj\5 za-rà (ràjza , une nature divine en

Jésus j'-'^j Oîoj £■/ !Îjvà;i.ïi xKTà zvijaa aY'.wçJvr; l- àvaa-:£(7-:u; vezî-Tjv : k le

Tvej^a âYiwTj/r,; désigne ici la nature divine, nature divine qui a exigé létat et léclat de Fils de Dieu ». [Rose : R. B., 1903, 337]. Tous ces textes convergent : dès l'origine, saint Paul a adoré Jésus comme Dieu.

Trônes, Dominations, Principautés, celles qui s'opposaient à l'œuvre du salut ont été vaincues par le Christ, il les a comme attachées à un pilori ou poussées devant son char triomphal.

« Telle est l'è-tvvoj^'; inculquée par l'Apôtre. Le progrès dans la foi est le progrès dans la conception du Christ. On peut remarquer que les expressions employées dans ces épîtres ne précisent pas encore les rapports du Christ avec le Père Céleste ; le mot de Verbe n'est pas prononcé et l'Apôtre n'en a pas besoin, car il ne se préoccupe que des rapports du Christ avec

contre les Gnostiques quil développe et formule sa doctrine à cet égard. On connaît le texte classique. Philip., 2, 6-11. o Alors qu'il subsistait dans la forme de Dieu, (le Christ Jésus) ne s'attacha pas jalousement à l'égalité avec Dieu, mais s'anéantit luimême en prenant la forme d'esclave, 'en devenant semblable aux hommes... : il s'humilia lui-même, obéissant jusqu'à la mort. la mort de la croix. » La forme de Dieu, lJ-oç>or] Oioù est « quelque chose d'intrinsèque k la nature divine, d'inséparable de la divinité ». Voir Joséphe : Contra Apion, II, 22 : 'o 6îo; ïp^oi; |jl£v,., ivapyr,;, .Lt^^p^V'' ^^^••- àoxvsjTa-o;; VhUon : Légat, ad Caiuyn, M, tome II, 561; Platon : Republ., II, p. 381, c; Prat, I, 445. — Il est certain que Paul distingue en Jésus deux natures; mais il est non moins certain qu'il n'a pas élaboré la doctrine qu'impliquent ces deux données et que formulera peu à peu l'Église: et que, en christologie comme ailleurs, c'est toujours la question du salut qui l'attire.

Néanmoins une réserve s'impose : par cela seul que saint Paul admet la divinité de Jésus, sa croyance au monothéisme se transforme et sa pensée aperçoit le dogme trinitaire. Trois formules se lisent dans ses lettres, I Cor., 12. 4-6; Ephes. 4, 4-6; II Cor., 13, 13, qui contiennent clairement ce dernier. Paul utilise les théories juives au sujet de la troisième, aussi bien qu'au sujet de la seconde Personne [voir tome II, 8 i-82]. L'Esprit est une puissance de Dieu, qui est conçue tantôt d'une manière vague [I, Cor. 12, 3-11 ; fiom., 8, 10-16]. tantôt dune manière précise et personnelle [I, Cor., 2, 11 ; 3, 10; 6, 19; Rom., 8, 16-27].

SON ECCLESIOLOGIF. 61

les créatures. On prétend l'abaisser au rano: des anofes, il le relève au-dessus de toute créature, et ce n'est pas seulement le premier rang quil lui donne ; il fait de lui la raison d'être, la fin, l'auteur même de la création. » La doctrine de saint Paul sur le Christ se prolonge par sa théorie de l'Kglise : l'une et l'autre se sont à peu près fixées dans son esprit à la même époque et dans les mêmes circonstances. Les nouvelles qu'il recevait lui montraient que des églises fondées par ses disciples ne possédaient pas cette plénitude de vérité et cette fixité dans la foi qui préservent des erreurs : les nouveaux convertis prêtaient trop facilement l'oreille à celles qui leur étaient proposées, soit par les judaïsants, soit parles philosophes. Cette situation l'occupe, je dirais volontiers qu'elle l'obsède durant sa captivité : c'est pourquoi il se décide à envoyer à toutes les chrétientés qui l'inquiètent une lettre circulaire destinée à les affermir ; et c'est pourquoi il y ramasse la substance de sa doctrine, telle qu'elle s'est définie en se distino^uant des théories des Juifs et de celles des Grecs ; mais c'est aussi pourquoi il y développe certains enseignements qu'il a seulement indiqués jusque là. Cette lettre, ordinairement désignée sous le nom d'Épître auxÉphésiens', si elle résume donc les idées exposées

* L'épitre aux Éphésiens est communément divisée en deux parties, Tune dogmatique, l'autre morale. I. [1,3-3,21] Béni est le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, dit d"abord saint Paul, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions et procuré le salut; je prie Dieu qu'il vous fasse voir la grandeur de votre destinée : comme il a ressuscité le Christ et la fait asseoir

dans rKpitrc aux Romains et dans 1 Kpîlrc aux Colossicns, y ajoute une théorie de TKj^lise, « corps du

à sa droite, ainsi, dans le Clirisl, Dieu vous ressuscite et vivifie; tout notre salut vient du Christ... de ce Christ qui m'a envoyé vers vous et que je prie qu'il habite dans vos cœurs. — Ensuite [4, 6, 20], Paul prodigue les conseils pratiques : que les chrétiens conservent l'unité; la diversité des dons du Christ n'y contredit pas; ils y parviendront s'ils dépouillent le vieil homme, s'ils luttent contre l'impureté, la cupidité, s'ils pratiquent comme des enfants de lumière la prudence, la sobriété, l'action de grâces, si chacun remplit les devoirs de son état, époux, enfants et parents, esclaves et maîtres : « Revêtez l'armure de Dieu... la cuirasse de la justice..., le bouclier de la foi.., le rasque du salut et l'épée de l'Esprit. »

La parenté de l'épttre au.x Éphésiens et de lépltre au.x Colossiens saute au.x yeux. Comparer notamment [d'après de >Vette.

— Jacquier,

Eph. Coi..

El' H. Coi.

ErH. Col.

Epm.

Coi..

Eph.

Col.

Page 1