‹ Le christianisme primitifChapitre 22 sur 77 · lù · texte numérisé non relu

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On en a conclu que l'épître aux Ephésiens est un faux, dont l'auteur utilisait Colos. La conclusion, semble-t-il, n'est pas nécessaire; le fait s'explique aussi bien dans l'hypothèse que les deux textes ont été écrits au même moment par saint Paul.

On a attaqué encore, très souvent, l'authenticité du texte en arguant du vocabulaire. On relève dans Ephes. 72 mots qui ne se retrouvent dans aucun autre texte paulinien ; dans Ephes., 4, ^7 et 6, 11, on lit oiiSoAo;, alors que, partout aiUeurs [soit 8 fois], Paul écrit la-:av5c;; les particules logiques, ojv, i'pa.... très fréquentes chez Paul, sont ici assez rares. — On a répondii que les particules logiques se retrouvent dans notre texte, oOv (juatrefois, otô cinq fois, apa ouv une fois, yàp onze fois...; que Ephes. présente 22 mots inconnus à tous les écrivains du Nouveau Testament autres que Paul, etc.. [Brunet : Authenticité de

L EPITRE Al'X EPHESIENS 63

(( Christ, plénitude de celui qui remplit tout en tous^ »

iépilre aux Kphésiens ; preuves philolof/iques , Lyon, IS'J'].

On a fait valoir, enfin, certaines idées de lépitre : le rôle de la science, la fa(.'on dont on parle du mystère du Christ, etc.. [Clemen : Paulus,sein Leben und Wirken, 1, 1904]. — Cette objection repose sur la conception du Gnosticisme dont on parlait plus haut.

Au total, il semble que, malgré ces trois difficultés, Tauthenticité d'Ephes. regagne du terrain : Harnack et Julicher hésitent à la rejeter : Abbott, Weiss, Zahn, Jacquier, l'acceptent résolument. Ce qui tient à ce que nous comprenons mieux et le Gnosticisme et la personnalité de Paul. — [La première épitre de Pierre dépend souvent de notre texte].

En même temps que lauthenticité de lepltre aux Ephésiens. son caractère a soulevé de nombreuses polémiques. Rien de plus impersonnel que cette épitre; rien de plus personnel que les lettres de Paul; et noter combien étroits les liens qui unissent Paul à Ephèse. — Or les mots ^/ 'Eçijcu manquent dans le Vaticanus et le Sinaiticus léfat original), dans le ms. de l'Athos découvert en 1899 par von der Goltz, dans les éditions que lisaient saint Basile, Origène. saint Jérôme, saint Hilaire, Tertullien: les éditions de Marcion et autres hérétiques donnaient, non Éphèse. mais Laodicée. On suppose, en général, que la lettre originale était une circulaire portée par Tychique à plusieurs églises dAsie : dans le titre, on aurait laissé un blanc ; sur chacune des copies, le blanc aurait été couvert par le nom de léglise à qui elle était destinée. Le nom d'Éphése se serait imposé de bonne heure àl est donn;!' par la plupart des mss.) parce qu'Éphése était la plus importante des églises visées. — On a répondu que la seconde aux Corinthiens, destinée pourtant à tous les fidèles d'Achaie, ne manque pas, comme cette épitre, dindications particulières. La vérité semble être que cette épttre est bien une circulaire ; mais Éphèse nest pas du nombre des églises qu'elle vise. Et l'on a, moyennant une correction aisée, trouvé les vrais destinataires dans les fidèles du Pont, et plus précisément de la vallée de l'Iris iLadeuze : R. B., 1902, 573].

Outre les ouvrages cités plus haut, les ouvrages généraux et les encyclopédies, voir Hernie : Der Ep/ieserbrief erkldrt., Augibourg, 1890: Klopper : Der Brief an die Epheser, 1891, Gôttingen; Haupt : Die Gefanqenscliaftenbriefe, 1897. Munich: Arm. Robinson : Corn..., 19:ii.

Seule l'organisation des fidèles en un corps, seule la constitution d'une hiérarchie peuvent obvier aux écarts (le doctrine c{ui alarment la charité de l'apôtre. Déjà, il le savait, même chez des pasteurs comme Archippe ', la ferveur primitive commençait de se calmer. A côté des fraternités pieuses, comme celle de la maison de' Nymphas, dautres languissaient piteusement. Les églises d'Asie lui offraient maintenant un aussi triste spectacle qu'autrefois léglise de Corinthe: les Asiatiques flottaient ainsi que des enfants. « ballottés, em- « portés çà et là à tout vent de doctrine, cédant au.\' « tromperies des hommes, à leur habileté pour les (( égarer en des voies détournées. » Les faits rendaient indispensable l'organisation d'une autorité plus menue en quelque sorte, sinon plus forte, que celle des Apôtres, afin de maintenir les rêveurs dans l'unité de foi. Saint Paul leur prêche donc cette unité bienfaisante et nécessaire : « Appelés tous à une même espérance, (( vous n'êtes tous qu'un corps et qu'un esprit. 11 n'y a « qu'un Seigneur, une foi, un baptême, un seul Dieu, « Père de tous, qui est au-dessus de tous et parmi tous a et en nous tous, Juifs et Grecs, Barbares et Scythes, (( hommes libres et esclaves. » (4, 4-6.)

Cette Église une, ainsi formée de tous les croyants en Jésus, tient tout de Jésus ; sa vie continue et prolonge la vie du Ressuscité. Il en est la raison d'être, le principe vital, la tête, le chef. C'est lui qui est des-

* Coloss. 4. 17

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cendu du ciel pour la constituer en opérant sur la croix l'œuvre du salut ; c'est lui qui, remonté au ciel, opère en elle la propagation et la perfection de son œuvre.

Cette union essentielle de Jésus à son Église jaillit naturellement de lidée-mère de Paul : le chrétien ressuscite en soi le Christ, le chrétien est et doit être un autre Christ. Si nous vivons tous et chacun en Jésus, si Jésus même vit en tous et en chacun, comment ne serait-elle pas réalisée cette intime unité que demande l'Apôtre ? Le moyen que nous ne nous ressemblions pas si nous ressemblons à Jésus ; et si, individuellement, nous ressuscitons Jésus en nous, pouvons-nous être collectivement autre chose que Jésus lui-même ? L'idée de ll^glise chez saint Paul n'est qu'un épanouissement de son idée du chrétien.

Les images se multiplient sous sa plume, pour exprimer l'union de Jésus et de lÉglise. « Celle que le Maître avait consacrée s'offre naturellement à lui : l'Église apparaît comme « un temple saint...., la maison de « Dieu édifiée sur le fondement des Apôtres et des Pro- « phètes », mais tirant toute sa solidité de « Jésus, sa « pierre d'angle ^ » Une autre figure toutefois exprime plus complètement à son gré cette unité divine, et c'est à celle-là qu'il revient de préférence : le Christ est la tête du monde régénéré, l'Église son corps, les fidèles ses membres ; ces membres tirent de leur chef divin Êorce et action et les reçoivent à profusion, car le

' Ephes.. 2, -20 21. Voir la parabole des vignerons. Me. 12. 10.

Christ ne s'attribue rien qu'il n'épanche en eux : son humanité glorifiée, son union avec le Père, Tabondance de son esprit, tout ce qu'il possède leur est donné *. » Plus loin c'est du mariage de deux chrétiens quil rapproche l'union de Jésus avec l'Église : c'est le modèle qu'il propose aux époux. « Le mari est le chef de la « femme comme le Christ est le chef de l'Hlglise, en « même temps que son Sauveur ; comme donc l'b'glise (( est soumise au Christ, ainsi les femmes doivent l'être « à leurs maris... Et vous, maris, aimez vos femmes u comme le Christ a aimé l'Eglise et s'est livré à la « mort pour elle afin de la sanctifier, la purifiant dans « le baptême de l'eau par la parole de vie, de telle « sorte qu'elle parût devant lui sans tache ni ride, ni « rien de semblable, mais sainte et irréprochable. » « La qualité d'épouse du Christ rend au mieux le libre choix que Jésus a fait de l'Eglise*. Toutefois, ce titre n'indiquant pas une union assez étroite et assez totale, Paul revient à son image favorite : il ajoute que le Christ, en épousant l'Eglise, en a fait à la lettre et pour toujours son propre corps, « l'os de ses os, la chair de « sa cliair. » La parole biblique «deux dans une même « chair» ne s'était vérifiée qu'imparfaitement en Adam et Eve, leur union n'allant pas jusqu'à la confusion des deux êtres. Pour Jésus et l'Eglise, « ce grand sacre-

' I Cor., 6, 15 ; 10. 17; 12, 12-27 ; Rom., 12, 4-5.

- Sur l'origine juive de cette idée, voir Hosée, tome L p. 236. n. 1. — Voir Conybeare : Die jungfrâuliche Kirche iind die jungfmuUche .l/////e;-'[Arch. Rel. Wiss. VIII, 373].

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