LES PASTORALES
(( les évangélistes, les pasteurs el les docteurs )> travaillent seuls « à léditication du corps de Jésus- « Christ )) et ils nc- l'élèvent à « l'état d'homme fait, à « la plénitude que le Christ » doit avoir dans TEglise,
expressions familières à Paul [àv:'., a/pi, i'ia-pojOîv, à'pa, o-.ô, O'.OT'., ïr.f.-y.] sont remplacées par d'autres qui lui sont inconnues [o'.'t/; a^T'!av, /âp'.v r/îTv, luj-r^p. <j.T/.ip'.o^. È-'.oâvîia]. — On a répondu que. sur les 612 mots communs aux Pastorales et aux épltres incontestées, il en est 38 qui, spéciaux à Paul, nc se retrouvent pas ailleurs dans le N. T. : que 83 des mots propres aux Pastorales sont employés dans les Septante et donc ne pouvaient être inconnus à Paul ; bl sont dans les classiques ou les contemporains; aucun n'est postérieur à V Xpùire [Church QuarterljjReview., 1907, fasc. 1 ; Thayer : Lexicon of the X. T. \ V.m, 706 : Prat. : op. laud., I, 468 : Jacquier: 1,364-365; Hastings]. On répond encore que les expressions nouvelles dérivent soit du latin, soit des Septante ; que Paul a parfois plusieurs expressions pour rendre une idée [r, T.uipa K-jpio'jy I Thés.. 5, 2... = r, OL-o/.ilyl::;. II Thés., 1, 7 = T, -oljO'jt'.t., I Thés., 2, 19...] ; que les Pastorales comprennent nombre de formules chères à Paul [I Tim., 1. 11 : Tile, 1, 3 = Gai., 2, 7; —II Tira., 1, 12= Rom., 11, 23...].
Les partisans de lauthenticité font encore valoir « que la marque de saint Paul est fortement empreinte dans les Pastorales «[Jacquier, I, 366: Prat., I, 469]. « Jiilicher 'Einleitunrj\ p. 140] confesse quelles sont l'œuvre d'un disciple très familier avec les idées et la langue du maître, et que son habileté consiste précisément à ne pas trop prodiguer les réminiscences ». On a relevé dans la première à Timothée 42 passages parallèles aux autres épîlres [Lock, dans Hastings, IV, 770, 776, 783]. — Et, si l'auteur n'est pas saint Paul, mais un faussaire [l'adresse des trois textes les présente comme des écrits de « Paul, apôtre du Christ Jésus... » — « Paul, serviteur de Dieu, apôtre de Jésus- Christ], comment expliquer qu'il n'ait pas plus explicitement reproduit les passages parallèles qu'on a notés?
Si l'auteur est un faussaire, comment expliquer que « l'ensemble des événements racontés, la situation que supposent ces épîtres, (soient) en dehors des temps couverts par les Actes et les Epitres pauliniennes ?... Pour donner plus de vraisemblance à son écrit, un faussaire aurait choisi des circonstances et des personnages connus de tous, tandis qu'il se place ici dans une
que par limité do foi et d'action. Pour que l'amour, source de progrès, opère dans le corps mystique du Christ, il faut que, les diverses parties de 1 organisme demeurant liées ensemble et bien ajustées,
situation historique dont il est seul à parler » [.h»cquier, I, 382- 383].
Si lauteur est un faussaire, comment expliquer qu'il nous donne une idée si peu flatteuse de Timothée et de Tite : les multiples exhortations qu'on leur prodigue expriment, sinon la crainte qu'ils ne trahissent, du moins la crainte qu'ils ne pactisent avec les docteurs de mensonge.
La tradition de l'Kglise — qui a connu tant de doutes soulevés partant de livres — na pas gardé le souvenir qu'aucun doute se soit élevé louchant les Pastorales [sauf un texte isolé dans Origéne ; in M(. ser. 117. — P. G., 13, 176«tl : le canon de Muratori, Irénée, l'ancienne version latine, la version syriaque attestent leur origine paulinienne. Et sans doute faut-il en dire autant de l'épitre de Barnabe [vu, 2; i. H, 4, 6, — éd. Hemmer, p. 30. :)4]. — L'exclusion i)rononcée par Marcion [Tertullien : adv. Marc, v. 21 : .Jérôme : Comm. in Ep ad Til. Prae/'J s'inspire de considérations théologiques; elle est sans valeur.
Mais, si l'on concède que les Pastorales dérivent de Paul, faisant un voyage en Orient vers 66, puis prisonnier à Rome une seconde fois — est-ce à dire que leur teneur actuelle soit pure d'interpolations^ Tel passage qui stigmatise les « antithèses de la prétendue science » ne trahirait-il pas une retouche contemporaine de Marcion, et de ses fameuses Antilhèses ? Le désordre de I Tim. ne s'expliquerail-il pas par une transposition accidentelle [voir l'analyse qu'on en a donnée plus haut, où l'on « bloque » chacun des deux thèmes]. Il est impossible d'écarter des doutes de ce genre [Noter aussi le mot Dalmatie]. — L'histoire littéraire des Pas l orales sçn\h\e rappeler celles du premier évangile, de l'épitre de Jacques et de la Didachè.
[Sur les rapports des Pastorales et de la légende de Thècle, voir notre Élude sur les Gesla Martyrum romains, t. V].
[ L'authenticité est radicalement rejetée par Baur : Die sogenannte Pastoralbriefe. 183o, Hilgenfeld. Pfleiderer. Beyschlag et Weizsiicker. — La plupart des historiens admettent l'hypothèse de l'interpolation, de façons d'ailleurs très diverses. Credner garde Tile, rejette I Tim., explique II Tim. par le mélange de
SON «tEUVRE 13
la vie circule librement partout. Ce n'est quen cette harmonie, unité d'esprit et « lien de paix », que nous croissons en toutes choses dans le Christ qui est notre chef, accomplissant la vérité dans la charité.
Dès ce mom.?nt, on le voit, les circonstances rendaient de jour en jour plus utile, plus nécessaire, une distribution moins imprécise des « ministères », une organisation plus nette de la hiérarchie.
Saint Paul a opposé aux Juifs l'idée de la foi et montré comment Ihomme pouvait atteindre au salut; il a opposé aux Grecs l'idée de la transcendance et de la divinité de Jésus et montré pourquoi le salut pouvait s'appliquer à l'homme. La nécessité de préserver l'Évangile des contre-sens de ceux auxquels il l'annonçait, l'a engagé à développer V organisation hiérarchique au
deux biilels aulhenliqiics de Paul. liesse garde >Die Entslehung derneuleslam. Uiiienbriefe. Halle. ISS'.ii, I Tini.. 1, 1-10, 18-20; 4; 6, 4, 16, 20-21 ; H Tim. ; 1, [-Sa, 5, lU : 2, 18, 14-2G ; 3, 1-16; 4, 1-5 {formant une même lettre): 1, 36, 4, 15-18; 2. 9-13: 4, 9-22 iformant primitivement une autre lettre). Pour Harnack, I Tim. a été fabriqué avee Tite et H Tim. — Knoke : Probabilia beheffend den Tej t des ersten Timotkeusbnefes, Erlangen, 1901. veut, à propos de I Tim., placer 1. 12-17 après 1, 2, et 3, 14-4, 10 après 6, 2. — Jacquier, I, 354-50] — Voir Holtzmann : Die Vastovalbrief'e krilisch... behandelt, Leipzig, 1880; Bertrand : Essai ci'ilique sur l'authenlicité des Pastorales. Paris, ISST; Knoke : Commentar zu den Pastoralbriefen Gottingen. 1889. Weiss : Timotheus und Titus, Gottingen, 1893; Bernard : The pastoral Epislles, Cambridge, 1899 : Clemen : Paulus, sein Leben und Wirken, 1904, 14(5: Expository Times, 1907,245; Chadwick : The Pastoral Teaching of St Paul his yninisterial Ideals. Edinburgh. 1907 ; Belser : Die Briefe des Apostels Paulus an Timotheus und Titus Freiburg. 1'j07.
sein des églises. L'importance et le succès de son i
œuvre ne tiennent pas seulement à la vigueur de sa |
personnalité : ils s'expliquent encore par la profondeur j
des besoins auxquels elle répondait. '.