L EGLISE DE ROME
n'avait lautorité du chef des Douze et de l'Apôtre des Gentils. Leur commune éoflise se reforma donc tristement, tandis qu'Othon et Galba, Vitellius et Vespasien se disputaient la pourpre et que le Temple s'écroulait.
Les Juifs réfug-iés qui viennent à Rome sont d'un utile secours à la communauté décimée : par eux, elle rayonne plus facilement parmi les Gentils. Vespasien était entouré d'une petite cour juive, aimable et dévouée ; on sait la faveur de Bérénice auprès de Titus ; Drusilla, sa sœur, vit à Rome ; les synagogues trouvent des protecteurs dans la haute aristocratie qui accueille les Tibère Alexandre et les Hérode, sans parler de riiistorien Josephe ; ce sont elles, peut-être, qui en procurent daussi puissants à l'église renaissante ^
Deux familles illustres sont gagnées alors à la foi du
* Voir tome IL p. 114, l'origine et l'importance de la colonie juive de Rome. — Le plus ancien te.xte qui atteste l'existence du Christianisme à Rome est cette phrase de Suétone [Cland., 25] : « Judaeos impiilsore C/ireslo assidue tumulluantes Roma expuUt iClaiidiiis) ». 11 s'agit évidemment d'un conflit entre juifs et chrétiens à propos de Jésus, analogue à ceux que révèle l'histoire de Paul. Ce conflit décida Claude à la mesure d'expulsion que Suétone rapporte [voir aussi Dion, 60, 6 : Acles^ 18, ?], et qui chassa à Corinthe — où Paul le trouva — un juif du Pont, converti à l'Évangile, et fixé à Rome : ce judéo-chrétien s'appelle Aquila, sa femme Priscille (vers 50-52). [La leçon C/iresto est certaine. « Confusion vulgaire de yzr^7-6; et de -/cttô;. La populace romaine désignait les Chrétiens par le nom de Chrestiani yor,7-'.avo( : quos... vulfjus Clirestianos appellabat. Telle est, en effet, la véritable leçon du célèbre texte de Tacite, Ann., XV, 44. Harnack : Die Mission, p. 297 ». Duchesne : Histoire ancienne de l'Eglise, I (1900). 55, note 1].
Vient ensuite l'épitre de saint Paul aux Romains, sur laquelle y o\r supra p. 33-48. Elle atteste l'importance de la jeune église : cette importance dérivait naturellement du grand nombre des
Christ, les Acilii Glabriones et les Flavii Clémentes. ^ Les Acilii sont une famille sénatoriale, célèbre dès le '}
Juifs cl de leur situation sociale, de la situation mondiale de Rome.
Je note, en troisième lieu, le séjour et la prédication de Paul à Rome lorsqu'il en appelle à César, A son arrivée, les chrétiens romains vont à sa rencontre jusqu'aux Trois Tavernes (?), sur la voie Appienne. Il y étend le nombre de ses amis : ses lettres donnent le nom de plusieurs d'entre eux ; on en trouve dans la maison de César, dans la maison de Narcisse, le fameux affranchi, dans la maison d'Arisfoboule lun petit-fils dllérode qui vit à Rome).
C'est alors que Pierre se fixe à Runie ; il y prêche et il y meurt. (Peut-être y est-il venu, en passant, avant cette époque : c'est possible, mais on n'en sait rien). La réalité du séjour et du martyre de Pierre à Rome est incontestable [Voir notre Étude sur les Gesla Martyrum romains, I (1900), 103-110]. Noter du reste que, dans les polémiques des Anciens — qui lisaient beaucoup de livres aujourd'hui perdus, — le fait n'a jamais été contesté. Et toujours, dès le m* siècle, les papes invoquent leur titre de successeurs de Pierre.
Il est extrêmement vraisemblable que Paul est revenu ;t Rome entre 64 et GSet qu'il y a été martyrisé. Nulle autre tradition touchant le lieu de son supplice n'a jamais eu cours: et voir l'histoire des Pastorales. — Il est extrêmement vraisemblable que, dès avant 68, le Christianisme a pris pied dans une grande famille romaine, celle des Pomponii. Tacite parle [Ajin., XllI, 3:2] d'une certaine Pomponia Grœcina dont la vie sombre et retirée donna prise au grief de superstition étrangère; Aulus Plautius son mari réclama le droit de la juger au tribunal de famille et la déclara innocente. D'autre part [de Rossi : R. S., II, 36:2,281] des inscriptions chrétiennes du iii« siècle attestent un Pomponius Grcccinus et des Pomponii Bassi.
Voici [Duchesne : H. A., I, 236-237] la chronologie approximative dos premiers pajjcs : Lin, 65-76 : Anaclct, 76-88 : Clément 1", 89-97; Evariste, 98-105; Alexandre I", 106-115, Xyste I", 116-125; Télesphore, 126-136: Ilygin, 137-140. Jusque vers 170, « l'évêque s'efface devant le clergé et le clergé devant l'église » [cf. lettres de Clément aux Corinthiens, d'Ignace et de Denys aux Romains], Les pouvoirs se sont centralisés peu à peu. mais, dès l'origine, l'évêque de Rome était un véritable président, non un simple doyen d'âge [Turmel : Histoire du dorpne de la papauté, 30 sq.].
LES Af.lLlI ET LES FLAVII *9
temps de la République, dont le chef réussit à traverser sans encombre (prodige qu'admire Juvénal) le règne sanglant de Domitien. Son fils Glabrion avait été consul ' avec Trajan : Domitien s'en défiait. Pour le déshonorer ou le perdre, il le contraignit, l'année même de son consulat, à combattre les fauves dans l'amphithéâtre delà villa impériale d'Albano : Glabrion sort vainqueur de lépreuve et doit aussitôt partir pour l'exil. C'est ce grand personnage qui se convertit ainsi que sa femme Priscille-. Ils accueillent leurs frères plus humbles dans les villas quils possèdent sur la voie d'Ostie, ou sur le Pincio, surtout dans le grand domaine qu'ils ont sur la voie Salaria, au nord de Rome : les traces de peinture qu'on voit encore dans les galeries adjacentes à la crypte centrale, les débris de marbre qu on y trouve attestent la richesse de sa décoration; et les nombreuses et pieuses inscriptions qui s'y lisent témoignent de la foi de ceux qu'on y a ensevelis.
L'illustration des Flavii était plus récente : c'était de petits bourgeois de province, originaires de Riéti; mais la fortune venait de les porter au trône dans la personne de Vespasien \ Son frère aîné, Titus Flavius Sabinus, massacré sans se défendre, — lui qui comptait trente-cinq campagnes — lors de l'assaut du Capitole,
' En 91.
- L'existence de cette Priscille, femme de Glabrion. est vraisemblable, mais non certaine.
le 19cléccnibre G9, introduisit lui-même TKvano^ilc dans la famille impériale : en 64, il avait été mêlé comme préfet aux fantastiques et sanguinaires orgies du Vatican et avait du ainsi apprendre à respecter — et bientôt à aimer — la foi du Christ. Sa belle-fille Flavia Domililla avait de même abandonné le paganisme officiel, ainsi que son fils Titus Flavius Glemens et une de leurs cousines éloignées, Aurélia Petronilla. Flavius Clemens et Domitilla faisaient élever dans la religion nouvelle leurs enfants, les élèves de Quintilien, qui seront un jour les héritiers de l'Empire ^ Ils accueillaient dans leur domaine de la Voie Ardéatine leurs humbles frères, — tels ces amis de l^aul qu'il salue dans ses lettres et dont nous avons trouvé les épitaphes, Ampliatus et Xérée.
Grâce à ces deux riches et puissantes familles, les chrétiens de Rome possédaient, au temps des Flaviens, des cimetières souterrains creusés avec un soin magnifique, et ornés de tous les raffinements de Fart. Les entrées n'en étaient nullement dissimulées : elles s'ouvraient sur la campagne, le long des voies publiques, et quelquefois étalaient aux regard des façades monumentales. L" hypogée de la voie Ardéatine a son vestibule sur le bord de la route ; la façade, construite en belle maçonnerie de briques, est ornée dune corniche enterre cuite : la place de Finscription ménagée au-dessus de la porte se reconnaît encore.
* C'est Domitien, après la mort de son fils, qui leur conféra ce titre. Allard. 1*. 94.