LES PREMIERES CATACOMBES
Larchitectiire de ce vestibule, adossé à la colline comme la façade du tombeau des Nasons, indique qu'il a été construit à grands frais par une noble famille chrétienne, en toute liberté. Du vestibule on descend par quelques marches, dans une large allée souterraine, dont la voûte est couverte d'une fresque gracieuse : elle représente une vigne où se jouent des oiseaux et de petits amours. A droite et à gauche, les murs sont ornés de peintures symboliques : Daniel dans la fosse aux lions, les célestes agapes où sont mangés le pain et le poisson, emblèmes du Christ ; Tart païen commence à se « christianiser ». A la liberté d esprit de l'artiste, à l'aimable enroulement des branches où se joue sa fantaisie, à l'aisance alerte des coups de pinceau, on devine la sécurité qui abrita ces débuts de l'art chrétien. Le cimetière était désigné à tous les yeux par son vestibule et par l'inscription incrustée dans la porte ; bien plus, les peintures qui représentaient les sujets bibliques, comme Daniel dans la fosse aux lions, étaient placées tout près de l'entrée, au niveau du sol, et éclairées par la lumière du jour^
* Le primitif art chrétien, tel qu'on peut létudier à Rome [catacombes de Domitille et de Priscille. de Lucine et de Prétextât] et à Naples [catacombe de saint Janvier, témoigne de la puissance des influences païennes au sein de lÉglise naissante : on ne connaît pas d"artjuif : d'autre part, les principes de la décoration et, souvent, les motifs ornementaux rappellent fort les fresques du Palatin ou de Pompéies. Les traditions païennes, les conditions incertaines parmi lesquelles vit FÉglise, concourent avec l'absence de traditions juives artistico-religieuses : elles expliquent que cet art chrétien primitif soit exclusivement funéraire : il tend à orner les caveaux des cimetières souterrains où les
C'est dans ces cimclicres de Flavie Domilille et de Priscille que se réunissent les chrétiens de Rome. Ils y célèbrent solennellement les ba})lèmes, au temps de Pâques. Ils s'y donnent rendez-vous le dimanche. On
chrétiens conservent leurs morts, soit dans un locus [niche rectangulaire creusée dans le mur dune galerie ou d'une chambre mortuaire, fermée par un marbre ou des tuiles], soit dans un arcosolium « sarcophage creusé dans le roc, et recouvert d'une feuille de marbre horizontale, sous une abside cintrée ou droite ». Deux traits caractérisent cet art religieux naissant : la grâce et la liberté de l'allure : [les peintures, comme les prières, n'ont rien de stéréoty|)é. rien de figé] ; — la chasteté qui le purifie et la noblesse qui. par le symbolisme, le transfigure : « le coffre de Danaé... porte Noé sur les flots, le monstre d'Andromède... engloutit Jonas, le char de IMuton... ravit Llie au ciel » ; la vigne païenne signifie la vigne mystique dont les fidèles sont les rameaux [Jean, 15, 1-6^ : les petits amours deviennent de petits anges. Psyché figure l'c^me, Orphée incarne le Néo-Paganisme qui s'achemine vers le Dieu inconnu ; la Pietas enfin et Mercure criophore se transforment pour représenter, celui-ci le Dieu Sauveur, celle-là l'âme sauvée : d'où le Bon Pasteur et l'Orante [voir le plafond de la crypte de Lucine ; de Rossi, R. S., I., pi. x . Bientôt, dès le second siècle, la physionomie chrétienne de cet art se précise : c'est la communion eucharistique, c'csila frac Ho pani s môme (à la Capella Greca, Priscille), ce sont des scènes bibliques rappelant la certitude de l'assistance divine [Daniel, Susanne, les trois liébreuxj. ce sont des épisodes de l'histoire de Jésus [multiplication des pains, résurrection de Lazare, guérison du paralytique, adoration des mages] qui sont désormais peintes sur fresques. La plus fameuse de ces peintures représente Marie tenant le petit Jésus : près d'elle, un homme barbu, d'une main tient un rouleau, de l'autre désigne une étoile : « c'est Isaïe qui prophétise devant la Vierge et l'Enfant. Car l'étoile est le soleil au lever duquel Isaïe conapare la venue du Rédempteur - [Isaïe, 60, 1U-2Û]. — Voir Pératé : Les commencements de l'art chrétien en Occident [dans A. Michel : Histoire de l'Art, I, 1 (1903)], auquel j'emprunte les citations de cette note: Garrucci : Storia delVarle cristiana yiei primi otto secoli délia C/iiesa [6 vol. in-fol., 1873-1881, Prato] : Kraus: Geschichteder chrisllichen Kunsl., 3 vol. 189o-rJ00: Wilpert : Die Malereien der Katakomben Roms. 2 vol. in-fol. 1904.