‹ Le christianisme primitifChapitre 36 sur 77 · UNE AME DE MARTYR · texte numérisé non relu

UNE AME DE MARTYR

« ne soient à cliarge à personne. Alors je serai vrai- « ment disciple de Jésus-Christ quand le monde ne a verra plus mon corps. Priez le Seigneur pour moi, « afin que par ces membres je devienne un sacrifice à « Dieu. Je ne vous commande pas comme Pierre et « Paul. Us étaient apôtres; je suis un condamné. Ils « étaient libres ; je suis maintenant un esclave. Mais « si je souffre, je deviendrai affranchi de Jésus-Christ « et je renaîtrai libre en lui. Aujourd'hui, dans les a chaînes, j'apprends à ne rien désirer...

« Pardonnez-moi : je sais ce qui m'est préférable. « Maintenant je commence à être un vrai disciple. « Nulle chose visible ou invisible ne m'empêchera de a jouir de Jésus-Christ. Feu et croix, troupes de bêtes, (( dislocation des os. mutilation des membres, broie- (( ment de tout le corps, que tous les supplices du démon a tombent sur moi. pourvu que je jouisse de Jésusi( Clirist ! Le monde et ses royaumes ne me sont rien. « Mieux vaut pour moi mourir pour Jésus-Christ que « régner sur toute la terre. Je cherche Celui qui pour «nous est mort; je veux Celui qui pour nous est « ressuscité. Ma délivrance approche...

« Je vous écris vivant et désirant mourir. Mon amour (( est crucifié, et il n'y a plus en moi d'ardeur pour la « matière, il n'y a qu'une eau vive, qui murmure au « dedans de moi et me dit : « Viens vers le Père. » Je a ne prends plus de plaisir à la nourriture corruptible « ni aux joies de cette vie. Je veux le pain de Dieu, qui « est la chair de Jésus-Christ né de la race de David,

« et je veux pour breuvage son sang qui est l'amour « incorruptible. Je ne veux plus vivre selon les

« hommes Demandez que j'obtienne ce que je

« désire. Ce nest pas selon la chair, mais selon lapensée « de Dieu que je vous ai écrit. Si j'ai le bonheur de « souffrir, vous l'aurez voulu ; mais si je suis rejeté, « la faute en sera à vous : vous maurez traité en enne- « mi ! ... » Les Romains le traitèrent en « ami » : il mourut martyr^

Saint Clément et saint Ignace, si grandes que soient leurs figures, palissent auprès de saint Jean.

La ruine du Temple a complété l'œuvre de saint Paul : le Judaïsme étroit des Pharisiens est frappé à mort, la Loi de Moïse ne peut plus lutter contre l'Évangile de Jésus. Mais tout péril doctrinal n'est pas écarté par làmème ; débusquée de derrière la Loi, terreur se retranche dans une interprétation prétendue de la personne et de l'œuvre du Christ. On discute son Messianisme , surtout en Asie — et c'est pourquoi la hiérarchie se précise en Asie plus tôt qu'à Piome. — Grecs et Juifs combinent leurs efforts pour expliquer son rôle sans lui attribuer la valeur transcendante qu'y attachent les Chrétiens. La foi des uns, la pensée

^ Vers 110. — Allard : Hisl. des persécutions, I. 192-193.

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