CARACTERES DE <"J\ LIVRE
de léternité à réicrnité, du Verbe auprès de Dieu, à Jésus dans le sein du Père. La Parole de Dieu, par
II est clair, ensuite, que l'évaiiffile de saint Jean n'est pas un pur traité de mystique symbolique, vide de tout contenu liistorique, sans rapport aucun avec les Synoptiques. Son historicité est d'abord, en quelques points, évidemment garantie par sa conformité avec les Synoptiques : voir plus haut la liste des points de contact de ceux-ci avec celui-là. — La lecture de saint Jean montre que la spéculation mystique s'appuie le plus souvent sur un épisode particulier : le fait s'épanouit en idée. L'historicité de celui-là étant garanti, en certains cas, ])ar la conformité avec les Synoptiques, pourquoi ne pas l'admettre lorsque cette preuve positive fait défaut? Par exemple, le récit de la multiplication des pains précède et prépare, dans saint Jean, le discours sur le pain de vie i6) ; comme Me, Mt. et Le. s'accordent pour la raconter également, nous sommes certains que, à la base de la spéculation johannique, il y a, non une allégorie, mais un fait extraordinaire. Pourquoi n'en serait-il pas de même lorsqu'il s'agit du miracle de Cana, ou de l'entretien avec Nicodème, ou du miracle de Bethesda, ou de la résurrection de Lazare, ou de l'histoire de la Samaritaine, ou du lavement des pieds, ou de Marie au pied de la croix, ou de l'apparition à Thomas, etc.? Il n'est pas impossible, ce semble, de faire le départ du souvenir historique et de la spéculation mystique. — La réalité de l'incarnation du Verbe supporte toute la pensée johannique. N'exige-t-elle pas, absolument, la réalité des signes qui la prouvent? Dans quelle mesure serait-elle garantie par des fictions toutes nues ? Dans quelle mesure celui qui voudrait prouver celle-là par celles-ci mériterait-il notre confiance et pourrait-il nous commander la foi? « Ces miracles ont été écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom » i20, 31». Origène ne pense pas que le symbole de la résurrection de Lazare exclue la réalité du miracle [Contra Cels., ii, 48. — P. G, 11, 872]. — Saint Jean nous donne un certain nombre de détails qui n'ont aucun sens symbolique. Il ne semble pas très aisé d'expliquer symboliquement l'intégralité de lévangile. Jean raconte, 3, 22-24 : « Après cela, Jésus se rendit avec ses disciples au pays de Judée et il y séjourna avejc eux, et il baptisait. Jean aussi baptisait à Ennon, près de Salim, parce qu'il y avait là beaucoup d'eau, et l'on venait et l'on était baptisé, car Jean
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qui Dieu se révèle, existait avant la création; elle était pour Dieu, tendue vers lui, -oô: -ôv Heôv, unie à lui et distincte de lui. C'est par elle, ainsi que le rapporte la Genèse, qu'a été créé le monde; et c'est elle encore qui est venue sur terre apporter la vie et la lumière aux hommes : le Verbe par qui Dieu a fait le monde, autrefois, n'est autre que le Fils de Dieu, Jésus. Jean (Bap-
n'avail pas encore été jelr en |)rison ». Ksl-ce une allégorie? — Certains détails toi)ogra|)liiques fort précis ne présentent qu'un intérêt allégorique assez faible ; ils s'expliquent bien au contraire dans Thypothése que la théorie mystique a son point de départ et son |)oint d apj)ui dans des faits réels. Voir plus haut ce (pion dit d'Ennon et de Salim; 10. 1-3, il attache à Béthanie le souvenir de Marie, Marthe et Lazare. Pourquoi Béthanie plutôt que Jérusalem? Pourquoi dit-il que le milieu du lac de Génésareth est à 2'6 ou 30 stades du rivage? Noter que le fait est e.xact et que. d'après Furrer [Uas geofjraphische im Evangeliiim nach JoJiannes, Zeit. neut. Wiss., Î'J02, 363: — Lepin : Origine du quatrième Evanf/ile, 40S], a rpiiconque est par expérience au courant de la situation décrite par lévangéliste conviendra que les traits géographiques du tableau sont d'une précision et d'une exactitude étonnantes ». [De même, on a vérifié l'exactitude topographique de l'épisode de la Samaritaine. Lepin. op. laud., 411-il3]. — Certains détails psychologiques sont inutiles, ou même fâcheux, au point de vue allégorique. Qu'on relise à ce point de vue le récit de la résurrection de Lazare, notamment le verset 35 [Jésus pleura; voir 33 : Jésus la voyant pleurer se laissa aller à son émotion. Cf., 4, 6]. — Les faits que raconte saint Jean et d'où sa méditation jaillit ne sont pas recouverts, il s'en faut de beaucoup (voir supj'a), par les faits historiques que les Synoptiques rapportent. Si ces faits, inconnus des Synoptiques, n'avaient pas eu la même historicité que la narration synoptique, comment expliquer que l'évangéliste y eût eu recours? Est-ce que les Synoptiques ne lui fournissaient pas d'amples matériaux ? Pourquoi inventer de toutes pièces la résurrection de Lazare lorsqu'il est si simple de prendre et d'utiliser la résurrection de la fille de Jaïre? A-t-il hésité à utiliser le récit de la multiplication des pains? — Si l'évangéliste veut seulement enseigner une doctrine, pourquoi emprisonner sa
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liste ) est venu pour rendre témoignage à la lunii* re au moment où, clans la personne du Christ, elle se manifestait sur la terre. Celui qui était la lumière a été mal reru dans le monde, lequel était pourtant son œuvre; mais il y a des hommes qui ont cru en Lui et qui, par Lui, sont devenus les enfants de Dieu; Il leur a procuré cette grâce étant Lui-même dans sa chair, le
pensje dans la forme hisloriciue; pourquoi cet artifice et celte gène? Pourquoi ne pas écrire des lettres, comme saint Paul ou saint Ignace, un discours ou un dialogue comme saint Justin, un traité de théologie ou un commentaire de lEcritnre comme Philon? — Reynolds, B. Weiss, Sanday, Renan. Weizsàcker, Harnack. Oscar Iloltzmann, Bousset, von Soden, Wendt. Briggs, Soltau, Abbott même et Jiilicher se refusent à admettre la thèse de l'allégorisme absolu, — que soutiennent J. Réville, Loisy et H. Holtzmann.
Comment donc faire le départ entre Thistoire et la théologie ? On ne saurait donner de règle générale : c'est affaire d'espèces.
Voir indépendamment des dictionnaires et des introductions : Calmes : VÉcattfjile ielon saint Jean.... Paris, 1904; Loisy : Le Quatrième Evangile, Paris, 1903; J. Réville : Le Quatrième ÉvanrjUe, Paris, l'Jôl ; Godet : Comment, sur l'Evangile de saint JeaUy 4« éd., I, 11104 ; Abbott : From Letter lo spirit..., London, 1003 : Johannine Grammar. London, 1906 : Drummond : An inquiry info tfie Characler and authorship of t/ie fourth Gospel, London, 1903; Sanday : The Criticism of Ihe fourth Gospel, O.xford. 190o : Stanton : Tlie Gospels an historical Documents. L The early use of the Gospels, Cambridge, 1903; H. J. Iloltzmann : Dos Evangelium Johannes, 2« éd., 1893, Freiburg; von Soden ; Urchrislliche Litteraturgeschichte [Die Schriften des neuen Testaments), Berlin, 1905; B. Weiss ; Das Johannes Evangelium, Gôttingen, 1902. 9« éd. ; Schanz : Cominentar iiber das Ev. des heil. Johannes. Tubingen, 1884-85; Knabenbauer ; Evangelium sec. Johannem. 1898, Paris: Wendt : Das Johannesevangelium, 1900; Baldensperger : Der Prolog, des IV^'^ Evang., 1898; Van Iloonacker : Le prologue du Quatrième Evangile [Rev. Hist. Ecclés. 1901] ; Zahn ; Ltas Evangelium des Johannes ausgelegt. Leipzig. 1908 ; Scott : The fourth Gospel, ils purpose and Theology, Edinbourg, 1906.
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Verbe de Dieu. Quant aux hommes qui Lont mal reçu, ils n'ont pu L'empôcher de faire son œuvre ; les ténèbres n'ont pas arrêté la lumière : après avoir illuminé et vivilié les liommes, le Verbe incarné, Monogène de Dieu, est rentré dans le sein de son Père; et maintenant ceux qui croient en Lui ont la vie par Lui. C'est pourquoi « les actes et les discours du Sauveur ont une signification plus profonde que celle qui résulte de la lettre seule de son enseignement. Le fait est d'abord une réalité matérielle; c'est ensuite, c'est surtout un symbole » ; le discours est d'abord une simple instruction dont le sens extérieur et sensible est vrai en lui-même ; c'est ensuite, c'est surtout un enseignement tout plein de mystérieuses profondeurs qui recèle un sens intime et spirituel, plus vrai encore, s'il est possible, et en tout cas d'une vérité plus haute que le premier. Jésus s'adresse à Nicodème et lui déclare qu'il faut renaître pour avoir part au royaume de Dieu. Mais la naissance nouvelle dont le Sauveur parle ici n'est pas la naissance physique, comme le croit Nicodème; c'est la naissance à la vie d'en haut, telle que l'apporte l'Esprit de Dieu dans l'eau du baptême. De même que le monde, au commencement, est né de l'eau et du souffle de Dieu par la vertu de la Parole de Dieu, de même la création spirituelle des vrais lîls de Dieu naît de l'eau et du souffle divin par la vertu de la Parole incarnée. Le Christ lui-même, le chef de la génération nouvelle, ne l'a-t-il pas en quelque façon inaugurée de la sorte comme en a témoi-