SA THEOLOGIE
qu'elle soit expliquée dans les discours ou même sans qu'elle soit autrement développée. Lorsque Jésus se dispose à guérir laveugle-né, il prononce ces paroles : « Etant dans le monde, je suis la lumière du monde. )> Et, faisant avec sa propre salive un léger enduit, et prenant un peu d'eau de Siloé, il rend la vue à cet homme. L'acte signifie la même chose que la parole ; l'un est fait pour continuer en quelque façon l'autre et exprimer la même idée dans une réalité qui est en même temps un symbole. Qui sait même si Jésus n'a pas voulu montrer que l'Evangile rejeté par les Juifs irait aux Gentils, qui étaient, par rapport à la révélation, comme des aveugles de naissance ? Jésus ne dit-il pas : « C'est (c pour un jugement que je suis venu dans le monde, « pour qucles non-voyants voient et que les voyants « deviennent aveugles? » Qui sait si, comme le pensent saint Irénée et saint Augustin, l'enduit fait avec la salive de Jésus ne rappelle pas la création de l'homme ou l'incarnation du Verbe ? Il s'agit vraiment ici dune création nouvelle ; c'est pour guérir l'aveuglement de tous les hommes figurés par ce seul aveugle que la Sagesse éternelle s'est mêlée et étroitement unie à « la terre de notre nature ». En envoyant l'aveugle à la fontaine de Siloé, le Fils de Dieu voulut encore nous faire connaître que ce n'était pas assez pour nous guérir qu'il se fût fait homme par son incarnation : il fallait encore que le Baptême, rempli de la divine vertu de Celui que le Père avait envoyé, et figuré par les eaux de cette piscine, dont le nom même exprimait la mission, servît à
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nous appliquer les mérilcs de son incarnation et de sa mort en nous lavant effectivement de nos péchés." La fontaine de Siloé est la fontaine de l'Envoyé divin parce qu'elle figure l'eau du baptême, et parce que l'aveugle guéri figure l'homme régénéré par l'illumination baptismale.
Lorsque Jésus a rendu l'esprit sur la croix, le narrateur raconte qu'un soldat lui perce le flanc et qu'il en jaillit aussitôt de l'eau et du sang : « Celui qui l'a vu en « rend témoignage. » Celte attestation solennelle s'explique parce que saint Jean voit dans le sang et l'eau qui coulent de la plaie l'Eucharistie et le Baptême et qu'il se représente 1 Église comme naissant de cette sacrilège blessure. Ce n'est pas pour le fait en tant que fait, ni même en tant que miracle, que l'évangéliste relève l'importance de son témoignage ; c'est à cause du sens qu'il attribue au fait. Aussi, dans sa première épître, saint Jean insiste-t-il sur le triple témoignage que rendent au Christ l'Esprit, l'eau et le sang. L'allusion se rapporte au baptême de Jésus, puisqu'il est question de l'Esprit ; le sang dont il est parlé est celui qu'a versé le Sauveur avant de mourir. Mais l'allusion se rapporte aussi, surtout peut-être, à la Passion. « Les trois témoins sont représentés dans le récit que nous fait l'Évangile par le soufïle^ que rend Jésus expirant, par l'eau et le sang qui sortent de son côté après le coup de lance ;
* Chez les Juifs, l'idée de souffle et l'idée d'Esprit sont étroitement associées. Cf., dans lés Actes, le récit de la Pentecôte, tome II, p. 206.