‹ Le christianisme primitifChapitre 45 sur 77 · L APOCALYPSE · texte numérisé non relu

L APOCALYPSE

le rapport de ses idées centrales avec certains passages de l'Ancien Testament. « Les idées johanniques

l'Agneau céleste entouré des élus; un ange descend sur terre proclamer la chute ^le Babylone et l'imminence du jugement ; enfin un Fils d'homme parait sur les nuées, qui de sa faucille tranchante moissonne et vendange la terre. "V. Les sept coupes [15-22,5]. Il s'agit toujours de la vengeance et du triomphe de Dieu. Sept anges versent sept coupes, d'ouïes ravages de sept fléaux ; assise sur le monstre à sept têtes et dix cornes, Babylone est réprouvée ; la Bête, l'Imposteur, le Dragon sont punis. Le règne des saints commence ; si le Diable doit le troubler encore dans mille ans, cette vaine tentative sera la dernière. Les justes régneront seuls dans la Jérusalem nouvelle, où il n'y aura ni soleil, ni lune, mais un fleuve de vie et un arbre de vie. — « Ces paroles sont fidèles et vraies... : heureux qui les garde. .. C'est moi. Jean, qui ai vu et entendu ces choses... : si quelqu'un y ajoute, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre... Celui qui atteste ces choses dit: « Oui, je viens bientôt ». Amen! Viens, Seigneur Jésus ! Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous les saints ! » Une idée domine et unifie le livre : l'idée de la lutte de l'Église et de l'Empire et de la victoire finale de l'Église. Le fait est certain.— Mais presque tousles historiens s'accordent aussi à penser que cette Apocalypse est une compilation de textes divers, juifs pour la plupart, et qui eux-mêmes n'avaient qu'une faible homogénéité. Pour Weizsàcker, 8. i-8 date de 64-66 : « la première partie du chapitre 11 daterait du commencement de la guerre juive, les dix premiers versets du chapitre 12 correspondraient au moment où les chrétiens quittèrent Jérusalem, le chapitre 13 serait du temps de Vespasien, tandis que le chapitre 14 aurait été rédigé sous Domitien ; les lettres aux sept églises représenteraient l'élaboration rédactionnelle. Pour W'eyland. le compilateur chrétien a utilisé deux documents juifs datant l'un de Titus, l'autre de Néron [1, 10, 12-17: 4-9:17-19,6; 21. 9-27:22. 1-11,14-15; — 10-11, 13; 12,1-10; 19, 11-21, 8]. Pour Spitta, chaque série de sept fléaux dérive d'un document : les sept sceaux seraient un texte chrétien datant de 60 environ ; les sept trompettes seraient un texte juif datant de Caligula; les sept coupes remonteraient à Pompée. Pour Erbes, le texte a été compilé vers 80 sur deux documents chrétiens. — Les symboles qui apparaissent ici sont communs à la littérature apocalyptique (voir dans Daniel les anges des Perses) ; et leur origine est très reculée [Gunkel :

d'eau, de souffle, d'Esprit, sont inexplicables pour qui fait abstraction de la Genèse. L'eau du baptême de Jésus et du baptême chrétien, le mouvement de l'Esprit descendant sur Jésus et le vent'impétueux de la Pentecôte sont en étroit rapport avec l'eau du Chaos et le souffle de Dieu dont parlent les premières lignes de la Bible. Comme les Israélites ont obtenu la guérison

Scliôpfung iincl Chaos, 1894]. Le monstre à sept tètes et dix cornes, par exemple, semble n'être autre que Tiamat, Tincarnation babylonienne du chaos humide que Mardouk écrase [poème de la Création. Voir notre premier tome, p. 108109]; comme le monde doit finir ainsi qu'il a commencé, comme la Genèse suppose la défaite de Tiamat, c'est une nouvelle défaite et donc, d'abord, une nouvelle apparition de Tiamat que suppose la palingénésie : le règne de la Béte précède et annonce le règne éternel du Christ. La croyance apocalyptique judéo-chrétienne transpose dans l'ordre moral le mythe babylonien. Voir la remarquable brochure de Calmes : Y Apocalypse devant la tradition et devant la critique. Paris, 1905; et du même la traduction et le commentaire de ï Apocalypse, Paris, 1905; les Symboles de l'Apocalypse, R. B., 1903, 52.

1° Les Aloges mis à part [sur lesquels voir infra p. 147. n.], la tradition chrétienne attribue unanimement V Apocalypse à Jean, fils de Zébédée, et cela depuis le temps de saint Justin [Dial. adv. Iryph., 81: Eusèbe, IV, 18,8] qui fut sans doute converti à Éphèse vers 130-140.2" Le texte lui-même prétend avoir pour auteur un serviteur de Dieu nommé Jean, qui s'arroge autorité sur sept églises d'Asie. 3° La même idée de l'opposition du monde à Dieu est sous-jacente dans l'Apocalypse et dans le quatrième évangile [Ap. 2-21 ; Joh. 16, 33]. 4° Dans l'Évangile se trouve annoncée une action permanente de l'Esprit, devant perfectionner sans cesse l'bglise. Or, ce qu'offre l'Apocalypse, c'est la prophétie en acte, exercée avec conscience de son importance exceptionnelle. Son auteur parle en homme inspiré... [Bousset : Offenbarung Johannis. 51]. 5» « L'auteur de l'épitre et de l'évangile a été en possession d'une- eschatologie telle que celle qui domine d'un bout à l'autre l'Apocalypse » [voir surtout L loh., 2, 18, 22, 2^; 4, 3, 17. — Bousset, 50; et Loisy : Qualr. Év., 327, 409, 461, 701, 742, 784, 818]! 6° Il y a parenté de style entre

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en regardant le serpent d'airain ^ ainsi les hommes obtiennent la vie en croyant au Fils de Dieu crucifié. Moïse a élevé le serpent dans le désert, dit saint Jean ; ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé afin que tout croyant ait en lui la vie éternelle. Jésus apporte la vie et révèle Dieu ; Moïse na pas pu le

l'Apocalypse et Tévangile : ici et là, Jésus est appelé Verbe de Dieu et Agneau [Ap., 19, 13: 5. 6: etc...]: ici et là, on emploie les comparaisons d'eau vive [.4p.. 21. 6: 22. 1. 17: loh., 4. 10: 7, 38], de pasteur [Ap., 7, 17: loh., 10, l...\ d'époux [Ap., 21. 2. 9...; loh., 3, 9)^ ici et là, on emploie volontiers les mêmes e.xpressions : témoignage, visage, tuer, garder la parole, garder les commandements, etc.. [Lepin, 261-:î64'. Un très grand nombre d'historiens non catholiques reconnaissent aujourd'hui cpie lévangile et l'Apocalypse sont l'œuvre d'un même auteur : la théorie documentaire explique sans peine les difïérences des deux livres. Harnack « déclare se ranger à l'hérésie critique qui rapporte l'Apocalypse et l'Évangile à un même écrivain ». [Chron., I, 675, note 1]. — On verra plus bas que l'auteur de l'Évangile est Jean l'Apôtre.

On date en général la compilation de l'Apocalypse du temps de Domitien [Voir notamment : Salomon Reinach : La date de l'Apocalypse et la mévente des vitis sous l'empire romain, dans Cultes, Mythes et Religions, II. il906), 356] : on la place au moment du retour de Patmos, où Jean fut réellement exilé « à cause de la parole de Dieu ».

Voir encore, en dehors des ouvrages fondamentaux de Bousset, 1896, et de Gunkel .cités dans le texte), Yischer : Die Offenbarung Johannis, Leipzig, 1886 ; Spitta : Offenbarung des J.. 1889 : de Faye : Les Apocalypses juives, Paris, 1892; Zahn : Apostel und Apostelschtiler in der Provinz Asiens [Forsch.. VI. 19Ù0] : Ramsay : The letters to the seven Chu/'ches of Asia. London, Î904 [recension de Calmes, R. B., 190.J, 272]: H. Barclay Ssvete : The Apocalypse of St John. London. 1906 [Ramsay et Swete admettent l'unité littéraire du texte]; Joh. Weiss : Die Apokalypse des Johannes, Gôttingen, 1906: Wellhausen :-4/?aZyse rfer Offenbarung Johannis. Berlin 1907.

• Xum., 21. 8-9.

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faire ; il n'a pas vu Dieu comme Jésus qui, de toute éternité, était en Dieu. Le pain vivifiant qu'est lEucharistie et qui donne la vie éternelle soppose au pain que les Hébreux ont autrefois mangé et qui ne leur a été que d'un secours passager. Cette antithèse, par laquelle Jésus résume son discours, a une grande importance aux yeux de l'évangéliste. Une analogie providentielle existe entre la manne donnée aux Israélites et la nourriture mystique des chrétiens. La manne nourrissait seulement le corps, comme aurait pu le faire un autre aliment : ceux qui en ont mangé sont tombés dans la mort, sans espoir de résurrection glorieuse. Le chrétien au contraire mange un pain vraiment céleste, vraiment vivant et par cela même vivifiant pour léternité. L'antique symbole de l'arbre de vie est au fond de cette comparaison ; ici encore, saint Jean vise la Genèse. » Mais ce nest pas la seule notion de la vie qui, chez l'évangéliste, procède des données bibliques et les prolonge ; son idée de Jésus repose de même sur une interprétation mystique de l'Ancien Testament. Le prologue de l'Évangile, on l'a dit, rappelle le début de la Genèse : l'action de la Parole de Dieu à l'aube de la Rédemption est conçue par analogie et mise en rapport avec l'action de la divine Parole au début de la Création. L'idée même du Verbe, Parole et Sagesse de Dieu, remonte, en quelque manière, à certains livres de la Bible. Ce n'est pas tout : Jean ne voit pas seulement dans Jésus le Verbe incréé et créateur ; il l'appelle encore le Fils de l'homme et l'Agneau de Dieu. Le Fils de Ihomme

ET LES SYNOPTIQUES dSS

apparaît dans l'apocalypse de Daniel S comme la personne mystérieuse qui doit fonder un royaume, lequel n'aura jamais de fin : saint Jean n'hésite pas à y voir avec tous les chrétiens un des titres du Sauveur. L'Agneau de Dieu que le Précurseur désigne à ses disciples est un autre de ses titres ; l'évangéliste vise ici la description du Serviteur de lahvé qu'Isaïe compare à «la brebis conduite à la boucherie», à « lagneau muet « devant celui qui le tond » - ; peut-être même vise-t-il en même temps lagneau de la Pàque, puisque le Juste souffrant est comparé à un agneau qu'on immole, et qu'il fait coïncider la mort de Jésus avec l'immolation rituelle de l'agneau pascal.

Entni, ce qu'on découvre au fond de la pensée johannique, derrière la Bible et derrière la tradition qu'elle supporte, derrière saint Paul et derrière le syncrétisme judéo-païen, c'est l'Évangile de Jésus dans la tradition synoptique ^. Les éléments des paraboles reparaissent dans 1 Évangile « mystique », le sarment et le semeur, les brebis et le bon berger ; les idées mêmes que développent Matthieu, Marc ou Luc, s'y retrouvent encore. (( En vérité, en vérité, je te le dis, dit Jésus àXicodème, « si l'on ne naît à nouveau, on ne peut voir le royaume « de Dieu. » Déjà, dans les synoptiques, « le royaume

' 7-13. Voir tome II, 88.

* Voir tome I, p. 313-315.

^ Particulièrement selon saint Marc. Noter que saint Pierre et saint Jean sont souvent associés par les Actes et par l'Évan- Rile.

(c de Dieu » et la Vie éternelle sont des termes synonymes ; l'idée de « la Vie «l'emporte dans le quatrième Évangile, et, dans tout le reste du livre, il n'est plus question du royaume de Dieu. L'emploi de celte formule dans le premier discours du Christ est donc une sorte de trait d'union très consciemment établi par l'évangéliste entre la conception à moitié juive, au moins quant à la forme, du royaume de Dieu et la conception toute chrétienne de la Vie. — « Le pain que « je donne est ma chair, pour le salut du monde », dit le Christ selon saint Jean. Il y a ici une allusion évidente à l'Eucharistie, instituée par lui dans les circonstances qui ont immédiatement précédé sa Passion, présentée par lui comme le signe de sa mort imminente. Tout le contexte est dominé par la pensée du Christ donné en nourriture, comme chair et sang, dans un état de mort. L'idée de la Passion et celle de l'Eucharistie sont étroitement associées par saint Jean, aussi bien que par les premiers narrateurs de la dernière Cène : communion à Jésus dans le symbole de sa mort, telle est l'idée primitive de l'Evangile synoptique, telle encore l'idée de l'Évangile mystique. — L'idée même de la divinité de Jésus, telle que saint Jean la définit dans ses formules précises, quest-elle autre chose que la transposition en langage grec du Fils de Dieu de saint Marc, de saint Luc et de saint Matthieu ? Dans la conscience de Jésus, telle que les discours synoptiques nous la font connaître, on saisit quelque chose qui déconcerte et qui dépasse l'analyse, le rapport unique

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