‹ Le christianisme primitifChapitre 48 sur 77 · CHRISTIANISME ET GNOSTICISME · texte numérisé non relu

CHRISTIANISME ET GNOSTICISME

rir àlallégorie atin de réduire à lunité les données qu'ils recueillent. Ils combinent les principes de la cosmologie juive, la pensée philosophique grecque et la croyance à la rédemption du monde par le Christ: mais ce sont surtout ces deux derniers éléments qu'ils élaborent. Plus hardiment, plus brutalement que Philon, ils s'affranchissent de la Bible : ils rejettent parfois l'allégorie et déclarent tout franc que la religion de l'Ancien Testament est aussi inférieure que toute autre à la religion nouvelle. Au Xéo-Pythagorisme vulgaire, ils juxtapo-

certain Symmaque, ébionéen, connu pour avoir exécuté une ver- .sion grecque de l'Ancien Testament, écrivit pour défendre contre les autres chrétiens lattitude spéciale de ses coreligionnaires ». 'Duchesne : Hisloire ancienne..., I, 116-126 : (Eusébe, VI, 16-17) ; Harnack : Chron., II, 164; Bardenhewer : I, 347-350]. [Un papyrus trouvé à Behnesa (O.xyrrhynchos) en 18'J7, et qui reproduit huit logia de Jésus, peut dériver dun évangile judéo-chrétien perdu. Voir R. B., 1807 et 1898; et létude de Taylor. 1809, Oxford].

Du Judaïsme, du Judéo-Christianisme, il faut encore distinguer et rapprocher le Gnosticisme juif [voir tome II, p. 123] : la révolution chrétienne n"a pas interrompu ses destinées; il se perpétue au second siècle par les Ebionites Esséniens et par les Ebionites Elcésaïtes. Les Ebionites Esséniens semblent voir en Jésus un ange qui est déjà apparu en la personne d'Adam ; un des leurs écrit les livres des prédications de Pierre, "ôjv -r.izzoj y.r^O'j-^^ii'oy/ j3'!ôÀo'. [voir la lettre de Clément à Pierre et le discours de Jacques qui ouvrent les Homélies Clémentines, P. G., 2, 25-32]. vers la fin du second siècle, en démarquant le modalisme des Praxeas et des Noet [Waitz : Die Pseudoklementinen, Homilien und RekûQnitionen, Leipzig. l'JOi . — Les Ebionites Elcésaïtes font du bruit à Rome environ le même temps : leur chef, Alcibiades, lit un livre sacré qui. dit-il, date de Trajan et fut apporté au prophète Elkasaï par le Fils de Dieu : le Fils de Dieu est un ange de trente lieues de haut accouplé à un être femelle, le Saint-Esprit [Harnack, 1. 'JÛ7 : II, 1, 266, 625: Bardenhewer, I, 330, Tixeront. L 176'.

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sent plus ou moins adroitement une tliéorie christologique'.

Dieu est absolument au-dessus de toute pensée ; sa nature est ineffable et intinie ; la matière, mauvaise en soi. s'oppose à Dieu. Dieu se déploie et se révèle graduellement dans des puissances célestes, conçues tantôt comme des forces, tantôt comme des idées, tantôt comme des êtres relatifs indépendants : sept de ces Eons apparaissent en général comme formant un groupe immédiatement inférieur à Dieu. La matière combinée avec des étincelles divines forme le monde; les étincelles divines s'affranchissent de leur union avec la matière, grâce au Christ qui agit dans les rites sacrés, dans la connaissance, et dans lascétisme. L'action du Christ dérive de sa vraie nature; son humanité charnelle n'était qu'apparence ; sa résurrection n'est qu'une fable ; l'œuvre rédemptrice n'est pas un sacrifice expiatoire ou une œuvre divinement satisfactoire : c'est le dégagement d'un élément divin contenu dans une ombre d humanité, c'est le modèle de l'opération morale qui doit s'accomplir en chaque homme. Ces conceptions fondamentales- se

* Voir tome II, p. 46-50, 52-57.

- Le plus ancien docteur de la Gnose chrétienne est, serable-til, Simon le Magicien, originaire de Giddon, en Samarie. Converti à l'Evangile, il veut acheter [Actes. 8, 9] à saint Pierre le pouvoir de conférer l'Esprit-Saint et de faire les mêmes miracles que le diacre Philippe : rejeté avec dédain, il imagine alors d'imiter Jésus et de se présenter au monde comme Dieu, le Dieu ï^uprème ; Hélène sa compagne, ses disciples Cleobios et Dosi- Ihée, son successeur Menandre d'Antioche [fin du i^' siècle]

BASILIDE ET VALENTTN 155

revêtent d'une mythologie dabs trac lions empruntées à tous les pays du monde.

répandent la inème fable. De Dieu est émanée la Pensée (Ennoia), et de celle-ci d'autres esprits, les Anges, qui gouvernent le monde. Mais les Anges, poussés par l'orgueil, exilent la Pensée, qui est identique à la brebis perdue de l'Evangile [Mt., 18, 12J, et à Hélène, la femme de Ménélas. et à Hélène, la femme de Simon. Dieu s'incarne pour punir les Anges, sauver le monde et la Pensée : comme Fils, c'est Jésus qui a souffert chez les Juifs une mort apparente ; comme Père, c'est Simon qui a évangélisé la Samarie ; comme Saint-Esprit, il se manifeste maintenant aux autres nations [cf. la théorie des Ebionites Esséniens\ Qui croit en Simon et Hélène est sauvé : toutes les actions sont indifférentes, au contraire de ce qu'enseignaient les Anges afin de tenir les hommes en esclavage: des pratiques magiques permettent aux croyants de se soustraire à leur empire. Saturnin d'Antioche, disciple de Ménandre [début du ii« siècle] développe l'idée de son maître et de Simon : de l'opposition des anges créateurs au Dieu suprême, il fait dériver l'opposition de deux classes d'hommes, les bons el les mauvais; lahvé est un des anges révoltés : Jésus est un éon envoyé par Dieu pour lutter contre lahvé, son corps est impalpable. Caria matière est mauvaise, et aussi le mariage et aussi l'usage des viandes. — On ne voit pas si Jésus sauve tous les hommes ou seulement ceux qui ont été créés bons.

Basilide d'Alexandrie [vers 130-140] garde le dualisme fondamental et les grandes lignes du système précédent. Seulement, il imagine que la plupart des Anges sont restés fidèles au Dieu suprême et l'assistent contre lahvé, et ses Anges révoltés, et sa Loi maudite, et ses Prophètes de mensonge. Il étend le rôle salutaire des opérations magiques. Surtout, il présente sa doctrine comme l'enseignement traditionnel des Apôtres : il prétend se rattacher à saint Pierre par l'intermédiaire d'un certain Glaucias et utiliser les prédications de saint Mathias et lui-même commenter l'Evangile dans ses Exégétiques. [Cette description procède de saint Irénée : celle de saint Hippolyte vise sans doute le Basilidianisme du début du iii^ siècle. Voir notre histoire de sainl Irénée, Paris, Lccoffre, ^« éd., 1907. p. 35, note 1].

Yalentin deRome [vers 135-160] est une personnalité beaucoup plus puissante. Imagination féconde, il conçoit en poète le problème métaphysique. Pensée vigoureuse toute pénétrée de pla-

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Le syncrétisme christiano-païen, pas plus que le syncrétisme judéo-païen, n'est une philosophie pure; c'est

tonisme, s'il emprunte à l'Egypte ses couples divins, femelles et mâles (syzygies). il les transforme en abstractions pures; il réagit contre le dualisme de ses devanciers, il voit dans notre monde matériel et transitoire, le Kénôme, une imparfaite image du monde éternel et spirituel, le Plérume. Chrétien convaincu, il a un sentiment très vif et très profond du péché, il fait de Jésus le centre de son système et l'instrument du salut et il garde un souvenir encore vivant de sa réalité historique; il étudie amoureusement saint Jean et il se présente comme le disciple d'un certain ïheudas, qui aurait été l'ami de saint Paul. [Voir dans de Faye : Introduction à l'étude du gnosticisme, un beau portrait de Yalentin]. Ses continuateurs, Ptolémée et Héracléon, propagent sa doctrine en Occident et l'appuient sur l'Evangile de saint Jean. Echapper à la souillure, s'affranchir de la matière, accéder à Dieu, voilà ce quils rêvent. [Voir dans notre traduction de saint Irénée. Paris. Bloud. 2» éd., 1906, p. 48, l'expose du Valentinianisme que nous a laissé Irénée]. — Le monde éternel et parfait des Trente Eons du Dieu Suprême a été troublé par le désir immodéré de l'un d'eux, la Sagesse, qui voudrait connaître les abîmes ineffables de son être. Afin de restaurer l'absolue sérénité du Plérôme. les Eons s'émeuvent, raffermissent l'harmonie divine, et offrent au Père, comme gage de leur obéissance, trois Eôns, le Christ, l'Lsprit-Saint et le Sauveur Jésus. Le Père ineffable, dans sa bonté, n'abandonne pas la Sagesse, ni le fruit informe de son désir, Ilachamoth : il envoie à celui-ci le Christ, puis l'Esprit, l'épure peu à peu et lui fait engendrer le Créateur, qui crée tous les hommes. La connaissance de ces mystères assure le salut à certains hommes, les Spirituels ; leur nature matérielle entraîne la ruine de certains autres, les Matériels; une troisième catégorie, les Animaux (les Chrétiens), sera sauvée si elle participe à cette révélation de Valentin. à cette gnose; si elle sait que le Rédempteur n'avait qu'une apparence de corps et qu'il était constitué d'un élément animal, d'un élément spirituel, et du Sauveur Jésus {depuis le baptême jusqu'à la comparution devant Pilatei. A la fin des temps, Hachamoth épurée devienvra l'épouse du Sauveur et conduira les Spirituels dans le Plérôme : le Créateur prendra sa place dans la hiérarchie des êtres, entouré des Animaux qui auront observé la loi morale ; la matière enfin disparaîtra dans un embrasement général en même

LA LITTÉRATURE GXOSTlQUE 157

encore, c'est surtout une religion : la preuve en est qu'à côté des écoles se forment des églises. Mais aucune

temps que les Matériels et ceux des Animaux qui n'auront pas réalisé leur fin.

Carpocrate d'Alexandrie emprunte au Platonisme la croyance que lésâmes, avant la naissance, ont contemplé les vérités éternelles : il ne voit en Jésus qu'un homme dont les souvenirs sont plus forts que la moyenne ; il fait de l'immoralité une condition de salut. Une femme, Marcellina, propage sa doctrine à Rome au temps d'Anicet, 155-166. — Les excès de ses disciples, et ceux des Antitactes et des Prodiciens, amènent une réaction rigoriste : les Sévériens condamnent le mariage, la viande, le vin.

.A côté de ces grandes Eglises gnostiques, il y a une infinité de petites sectes qu'on appelle parfois Ophites [Barbéliotes...] et qui prolongent sans doute des communautés gnostiques juives [voir tome II, p. I2i].

Voir Bardenhewer, I. 315 ; Harnack : Uberlief\ I. 157: Chronol., I, 289; Dogmengeschic/ite, 1- (1888), 180 : Hilgenfeld : DieKetzevgeschichte des Urcliristentums urkundich dargeslellt, Leipzig, 1884 ; Amelineau : Essai sur le gnosticisme égyptien, 1887, Paris : Kunze: De historiée gnosticismi fonlihus novse quaestiones criticse. Lipsiae, 1894, in-8; de Faye : op. laud., 1904; Duchesne : Histoire ancienne, 1, 153 : Schwane-Belet. I ; Tixeront : Histoire des dogmes. I, 187 ; Buonajuti : Lo Gnosticisrno, 1907, Roma.

Une littérature immense, presque toute disparue, prêchait le Gnosticisme. Elle comprenait, semble-t-il, deux séries de textes. On distingue d'abord tout un groupe de traités tliéologiques ou philosophiques, en forme de commentaires, dissertations... : les Exégétiques deBasilide, les Psaumes et les Homélies de Valentin, les Extraits d'ouvrages valentiniens faits par le valentinien Théodote [conservés en partie par Clément d'Alexandrie], une Lettre de PtoléméeàFloray. G., 7, 1281-1:29:?; Harnack : Sitzungsberichte d. K. Akad. ^Viss., Berlin, 1902, I, 507, 536, 513; voir traduction française dans ma traduction de iaint Irénée, Paris, Bloud, 2« éd., 79].

On distingue ensuite tout un groupe d'histoires apocryphes, qui prétendent retracer, soit l'œuvre de Jésus, soit l'œuvre des Apôtres *. La première section est constituée par des Evangiles ou Apocalypses apocryphes : 1° Evangile de Marie [copié par Irénée, 1, 29-

* Il V avait aussi, semble-t-ii, toute une série de ii^Tes qui prétendaient retracer iœuvre et renseignement des patriarches. I^Adam., SetL. Abraham. .

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(Telles n'eut autant de puissance et ne jeta autant déclat

olj; 2» Sagesse de Jésus [révélations (iifil fait après sa résurrection, aux Douze et à sept saintes femmes. Ilarnack, Chron., I. "12] ; > Evangile selon saint Pierre [docéte : trouvé dans le papyrus dAkhmin; date 110-130]: 4° Apocalypse de Pierre ^Gebhardt : Das Ev. und die Ap. Pet., 1893 : Lods : Ev. secundum P. et Ap. P. quœ supersunt, Paris, 1895 ; Bardenhewer, 1. 302; Harnack, 1. 10 : II.

I, 474]: 0° Evangile selon les Egyptiens [encratite ; monarchien : 11» siècle; Nestlé : S. T. Supplem.] Harnack : II. 1, 612; I, 12 ; Bardenhewer. I, 386]: 6» Evangile selon Mathias [basilidien : atteste par Clément dA.J : 7" Ev. selon Philippe; 8° Ev. selon Thomas [basilidien ? — Bardenhewer, I, 399]. Sur toute celte littérature voir Bardenhewer. I. 377-410 et 471-480: Harnack, I, 4-19; 143-205;

II, 1, 589-700. — La seconde section est constituée par des Actes d'Apôtres apocryphes : 1» Histoire de la passion de Jésus par Pilate [?■? voir TertuUien : Apol.. 21 : Bardenhewer, I, 41 OJ : 2" Histoire de Pierre [un fragment trouvé en mai 1896 par G.Schmidt : voir Koptisch-G7iostische Schriften, du même, t. II (à paraître) : texte de Verceil, texte de Vatopcdi, texte de l'Athos, texte de Marcellus, texte de Linus, sur lesquels voir notre Etude sur les Gesta Martyrum romains, t. I. lY et V] ; 3° Histoire de Paul [Schmidt : Die Paulusacten...]; 4» Histoire de Paul et de Thècle [voir notre Etude. IVj ; 5» Histoire d'André : 6» Histoire de Jean. — Sur toute cette littérature, voir Lipsius : Die apocryplien Apostelgeschichten und Apostellegenden, 3 vol., 1883-18'JO; Schmidt : Die alten Petrusacten, 1903; Acta Pauli, 1906, Leipzig. Bardenhewer. 1, 411-471 ; Harnack, I, 21-39; II, 1, 491-508; 533-560.

D'une manière générale, voir Hennecke : llandbuch zu den neutestarnenllichen...Apokryphen.TiihingeD, VMi : Xeutestament. Apokryphen in deutscher L'ebersetzung und mit Einleitungen; et consulter les bibliographies périodiques.

Quant à l'origine de la morphologie doctrinale des Gnostiques, voir \V. Bousset : Hauptprobleme der Gnosis. Gôttingen, 1907. Les sept 'angesi et la Mère viennent, pense-t-il, de Babylone et le dualisme de Perse ; les éons sont d'anciens dieux déchus: la Mère ne serait autre que Cybèle, ou Isthar; le Sauveur des Eons serait une réplique de Jésus ; les éons androgynes auraient été imaginés en Phénicie. Il est curieux de constater que B. n'accorde quasi aucune influence à l'Egypte, et à toutes les religions d'autrefois dont tout souvenir a disparu. On comprend l'intérêt de ses recherches : la fdiation des symboles éclairera souvent l'évolution des idées. Voir p. 129-133 la note sur l'Apocalypse.

MARCIOX 159

que l'Église de Marcion^ Marcion, dédaigneux des questions métaphysiques et cosmologiques, ne soccupe de rien tant que du problème qui passionne les foules : le salut individuel. 11 simplilie saint Paul et asseoit toute sa doctrine sur les antithèses frappantes auxquelles il la réduit. Le Dieu juste et jaloux de TAncien Testament, identique au Créateur du monde, est radicalement distinct du Dieu de l'Évangile, révélé par le Christ dans l'apparence humaine de Jésus et qui est tout miséricorde et tout amour. « La rédemption est un acte incompréhensible de la miséricorde divine; tout ce que le chrétien possède, il le doit uniquement au Christ. » Le chrétien doit rejeter l'œuvre du Dieu créateur et pratiquer un ascétisme austère : le mariage même lui

* Marcion arrive à Rome vers 135 et y enseigne jusque vers 160: il est fils de l'évèque de Sinope. C'est en 144 [Harnack ; Chron., I, 306] qu"il sort de l'Eglise et qu'on lui rembourse les 200 sesterces qu'il a précédemment prêtés (environ 40.000 francs). Il semble avoir subi, à Rome même, l'influence d'un docteur gnostique syrien, nommé Cerdon. — On a conserve longtemps une profession de foi qu'il avait adressée à l'évèque de Rome au début de ses démêlés avec lui. 11 avait fait une édition des Ecritures qui comprenait deux parties : 1° l'EjaYviÀ-.ov, c'est-à-dire le seul évangile de Luc, diminué des deux premiers chapitres, et remanié çà et là d'après la théologie de l'auteur ; 2° r'A-07T0À'.xôv, c'est-à-dire dix épitres de saint Paul, elles aussi retouchées [Gai., I et II Co)'.; Rom.: I et II Thés.; Ephes. (Laod), Coloss., Philip., Philém.] Son grand ouvrage s'appelait 'Avt'.BÉts-.; : il mettait en lumière les contradictions de l'Evangile et de la Loi.

L'Eglise marcionite dura jusqu'au v^ siècle.

Voîr'Bardenhewer, I, 341 : Harnack: Ueberlief.. 101; Chron., I, 297-: Dogmengesch., I. 226 : Ililgenfeld : op. laud . : Uahu : Da^ Evangeliiim Marcions, Kônigsberg, 1823; Antithèses Mwaionis..., liber deperditus... restitutus, Regioraonti, 1823; Duchesne : H. A., I, 182: Tixeront, I. 201.

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est inlerdit. Si les Apôtres ont méconnu la pensée du Christ, le Dieu de 1 Kvangile a envoyé saint Paul combattre après Jésus le Dieu-Iahvé, et Marcion restaurer l'œuvre ébranlée de Paul. Marcion se présente donc, non comme un novateur, mais comme un défenseur de l'Evangile; beaucoup se laissent séduire par la simplicité du système, d'autant que le prestige de son ascétisme leur en impose déjà.

« A ces revendications orgueilleuses, les églises se bornent à opposer la tradition, la tradition de la Bible et la tradition des Apôtres, la seconde contenant et confirmant la première. Seulement, il ne s'agit pas ici d'une tradition doctrinale, il s'agit encore d'une tradition hiérarchique. Les Gnostiques se réclament de miracles et de révélations; ce qu'on leur oppose, ce ne sont ni des miracles contraires, ni même les manifestations surnaturelles contemporaines; c'est la hiérarchie établie, c'est le collège des prêtres, c'est lévéque. » Ainsi fut surmonté, sans grand éclat, le terrible péril qui menaçait l'Evangile. Ainsi 1 hérésie acheva l'édifice qu'elle avait commencé de bâtir au temps de saint Paul, de saint Jean et de saint Ignace : le syncrétisme menaçant avait rendu nécessaire une concentration définitive de l'autorité. Lévéque, chef de la communauté, gage vivant de la foi, guide assuré vers le salut, apparaît dans toutes les églises au milieu du second siècle, tel que nous l'avons vu déjà ^ dans plusieurs,

^ Voir supra p. 99-101. n. Au second siècle disparaît la hiérarchie itinérante, œcuménique, ou du moins elle perd toute influence.

L EPISCOPAT CATHOLÎùUE 161

quelques dizaines d'années plus tôt, au temps de saint Ignace. Il y a des évèques à Rome, à Lyon, à Athènes, à Corintlie, à Smyrne, à Sardes, à Hiérapolis, dans toute l'Asie, dans le Pont, en Crète, dans tous les pays; et nulle part cette institution ne présente la moindre apparence de nouveauté. Rien n'est plus important dans l'histoire du syncrétisme gnostique que la conséquence indirecte qui en est résultée : la constitution défmitivc de lépiscopat.

A labri de cette armure protectrice, la vie chrétienne se développe avec sécurité en terre païenne. A Rome et en Asie notamment, « les chrétiens ne se séparent « des autres hommes, ni par le territoire, ni par la lan- « gue. ni par les habitudes extérieures...; et pourtant « ils mènent aux yeux de tous un genre de vie admi- « rable et qui tient duprodige. Ils résident chacun dans « sa patrie, mais comme s'ils ne faisaient qu'y passer; « ils participent à tout comme citoyens, ils endurent

Les prêtres se subordonnent nettement à Tévèque, mais quelque chose subsiste de légalité primitive du chef et des membres du collège presbytéral : à Alexandrie notamment, ce sont les prêtres qui semblent consacrer lévèque [Cabrol : Diction., Arch., I, 1204. L'élection du patriarche. — Voir Réville : op. laud. 1894, Paris, et Batiffol : Etudes d'histoire et de théol. pos., 1. 225 : Michiels : L'orif/uie de l'épiscopat. Louvain, 1900; H. Bruders : Die Vevfassung der Kirche von den ersten Jahvz. der apostolichen \yirksamkeit an bis zum Jahre 175. Mainz, 1904; von Dunin-Borkowski : Die neueren Forschungen iiber die An fange des Episkopats. Freiburg. lliOO].

162 SAINT I RENEE

« tout comme étrangers; point de contrée étrangère « qui ne leur soit une patrie, point de patrie qui ne leur « soit étrangère... On les maudit et ils bénissent; on « les outrage et ils ne répondent que par le respect. (( Ils font le bien et on les condamne à mort comme des « scélérats; mais, condamnés à mort, ils se réjouissent « parce que dans la mort ils trouvent la vie. Les Juifs « les haïssent comme les païens et les païens les c( persécutent : mais leurs ennemis sont incapables « de préciser le motif de leur haine. Bref, ce que « Tàme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le « monde. Lame est répandue par tous les membres du « corps, les chrétiens sont disséminés par toutes les « villes du monde. L'àme réside dans le corps, mais « elle ne provient pas du corps; les chrétiens habitent (( le monde, mais ils ne sont pas du mondée » Sitôt

' Epitre àDiognèle. 5. [Bardenhewer : trad. fr.. 1,131]. Ce texte date probablement du second siècle [les chapitres xi-xii sont dune époque postérieure]: son auteur est inconnu, peut-être est-ce Aristide. « C'est une àme ardente, servie par une parole éloquente. Son style net, vigoureux, antithétique donne à sa pensée un relief frappant... Celui à qui il s'adresse est un païen ébranlé... L'auteur passe rapidement sur la réfutation du paganisme... Le Judaïsme lui semble une religion basse, servile, formaliste... La vraie religion pour lui. c'est la religion de l'esprit et de l'amour; et voilà justement de quelle nature est le christianisme » [Croiset, V, 741-742. — Voir Funk : Opéra Pat. Apost., 1, 310; Harnack, I, 757; IL 1, 513; Bardenhewer, L 290].

De ce texte rapprocher la lettre ai/.r P/iilippiens de saint Polycarpe, évéque de Smyrne, mort martyr, à quatre-vingt-six ans. le 23 février 155 [ou 166. Voir Aiiti. pfùl. chr., oct. 11)04. p. 2y : Jackson : St.-Polycarp.... London, 1898] : « Il trace le tableau des devoirs généraux de la vie chrétienne ; après quoi il passe aux devoirs détat. il prémunit d'abord contre l'avarice, racine

LA VIE CHRÉTIENXil 163

que les intérêts de la morale sont mis enjeu, on voit s'accuser leurphysionomie propre : s'ils vivent « dans la chair )), ils ne vivent pas (^ selon la chair » ; s'ils habitent sur laterre, leur âme est dans le ciel; et la pureté de leur vie est d'autant plus saisissante que leur entourage est gâté par le vice ^

La nouveauté des mœurs chrétiennes apparaît surtout dans les rapports des riches avec les pauvres-/

de tout mal; puis les époux, les veuves, les diacres, les ieunes gens reçoivent de pressants conseils ». Voir von Dobschiitz : Die urchrislUchen Gemeinden, Leipzig, 1902.

' L'amour de la pureté et de la chasteté suscite ainsi le premier éveil de l'ascétisme chrétien : au second siècle, le mot d'ordre chez les chrétiens est continence, hr/,zi't:% [Hermas; Hippolvte : Philosoph. VIII, 20; Eusèbe IV, 2.3, 7-8 : Pinytos, évêque de Cnossos vers 170 ; seconde lettre de Clément aux Corinthiens ; le texte de Verceil des actes de Pierre, et les actes de Paul et Thècle].

De cet ascétisme catholique, rapprocher et distinguer lascétisme gnostique qui se relie toujours à un dualisme franc [Evangile selon Ips Egyptiens (Preuschen : Antileqomena.^] : Marcion : Cassianos].

Pour certains savants [Achelis: Virginessuhinlroductae, Leipzig, 1".J02], l'usage du mariage spirituel entre clercs et vierges était alors reçu dans TEglise.

- Comment l'Ancien Testament prend la défense des pauvres, on le verra dans notre premier tome. p. 260 et Tobit. 4. 11 : « L'aumône délivre de tout péché o. Voir aussi les évangiles, particulièrement saint Luc [Evangile, 6, 30; Mt. 19, 16-26; Actes 4, 34-35]: saint Clément, 37, 2 ; 38, 2 [6 ■.7/jpô: -rr.^uiEÀiTw -:ôv aTOîv^...); saint Ignace, Smyrn., 4, 1 et 6, 2. "Mais les textes principaux se lisent dans la Doctrine des Douze et dans le Pasteur. >'oter d'abord, toutefois, ce que dit Eusèbe, III, 37, 2 : c (vers la fin du premier siècle, les disciples de Jésus commençaient par accomplir le conseil du Sauveur : ils distribuaient leurs biens aux pauvres. »

Je lis dans la Doctrine. 4, 5-S : « >'e tiens pas les mains étendues quand il s'agit de recevoir et fermées quand il faut donner. Si tu possèdes quelque chose grâce au travail de tes mains, donne afin de racheter tes péchés. Ne balance pas avant de donner, mais donne sans murmure et tu reconnaîtras un jour qui

Dieu a donné aux faibles, quels qu'ils soient: veuves, orphelins, mallieureux, indigents, des tuteurs naturels dans la personne des puissants et des riches ; les riches ont « charge » du pauvre ; nul riche n a rien « en propre ». Le pauvre assistera le riche de ses

sait récompenser dignement. >'e repousse pas 1 indigent, mets tout en commun avec ton frère et ne dis pas que tu as des biens en propre. Car, si vous entrez en partage pour les biens immortels, combien plus y entrez-vous pour les bipns périssables » ; et d'abord,!, 4 : « Donne à qui demande et ne redemande pas : tous doivent avoir part, c'est la volonté du Père, aux bienfaits que lui (seuil procure ». [Cf. Barnab., 19, 9-1 []. — Mais, en même temps, le vol et l'oisiveté sont absolument proscrits ^1.5; 12,3-4]. A la suite de Jésus, Hermas rappelle les dangers moraux auxquels la richesse expose, notamment à la tiédeur et à l'apostasie I Vision, 3, 6, parabole des pierres qu'il faut rogner et tailler]; le riche doit donc se retrancher quelque chose de sa richesse : par ses aumônes, il doit, pour obéir au Seigneur, se constituer le diacre, c'est-à-dire ,1e servant du pauvre [Marid., 2, 4-6] ; voir la belle parabole de la vigne et de l'ormeau [Simil., 2]. — Sous l'influence du Stoïcisme et du Millénarisme, semble-t-il. cette doctrine aboutira, avec Tatien et surtout avec Tertullien, à jeter l'anathème à la richesse et à la vie économique, où ils voient les fruits de la cupidité [de idololatr., 11].

Clément d'Alexandrie élabore une doctrine plus équilibrée : la vraie richesse est la foi; la richesse de ce monde est aussi dangereuse à manier qu'un serpent, parce qu'elle peut tuer la foi, la justice, la charité. La connaissance de la doctrine sauve le chrétien de ce danger parce qu'elle enseigne le bon usage des richesses : Dieu permet la richesse si elle est honnêtement acquise et si elle n'est pas insatiable, si le riche sait donner aux pauvres et n'être pas l'esclave de ses biens. Tout le monde doit travailler, même les femmes. Le prêt à intérêt entre chrétiens est interdit. L'employeur doit payer immédiatement ses ouvriers [Pédag., U\, 6-7; Strom., lll, 6 :Quii> dites salvetur. Voir Benigni : Leconomia sociale crisliana avanti Costantino, Genova. 1897 : Seipel : Die Wirlschaftsetliiscken Lehren der Kirchenvàtev. Wien, 1907 ; Salvioli (trad. fr. Bonneti .Le capitalisme dans l'antiquité, Paris, 1906 ; Lallemand : Histoire de la Charité, I, II, 1902-3, Paris: Harnack : Mission und Ausbreitung..., 1*, ii'7-171.

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