‹ Le christianisme primitifChapitre 5 sur 77 · SON AME · texte numérisé non relu

SON AME

dialecticien qui étonne plus qu il ne séduit. Il raisonne, discute, argumente avec plus de force que d'aisance; le soin qu'il prend de solidement enchaîner ses preuves rend plus sensible ce qu'il y a de heurté et de difficultueux dans ses procédés, ce qui subsiste d'obscur et d'inattendu dans ses conclusions. C'est un logicien dont on reconnaît volontiers la puissance ; mais on s'aperçoit bientôt que son esprit diffère profondément du nôtre. Derrière le raisonneur, on entrevoit une àme passionnément ardente. Les soubresauj^ de sa dialectique décèlent déjà la flamme intérieure qui le brûle : dans ses thèses, on sent qu'il met toute son àme. Cette àme se trahit mieux dans les salutations émues qui terminent ses lettres, dans ces apostrophes véhémentes qu il lance à ses ennemis et dans ces traits pathétiques qu'on surprend tout d'un coup chez lui. 11 salue «Rufus « et sa mère, qui est aussi la mienne^ )>; il se compare lui-même à une mère et appelle ses convertis « ses « enfants » et le fruit de ses douleurs-. Il défend à Timothée de boire de l'eau et lui recommande le vin, en raison de la délicatesse de son estomac^; il écrit ces lignes exquises aux chrétiens de Philippes ^ : « En « attendant, j'ai cru nécessaire de vous envoyer Epa- (( phrodite, mon frère, le compagnon de mes travaux et (( de mes combats, qui est venu de votre part massister

* Rom., 16, 13.

- GaL, 4, 19.

^ I Tim., 5, 23.

« dans mes besoins. Car il désirait vous revoir tous. (c Et il était fort en peine parce que vous aviez su qu'il « avait été malade. Il a été, en effet, malade à mouce rir. Mais Dieu a eu pitié de lui, et aussi de moi, afin (( que je n'aie pas chagrin sur chagrin. Je vous l'ai « envoyé en toute hâte afin de vous donner la joie de (( le revoir, et pour me tirer moi-même de peine ^. » Il n'y a qu'à constater la tendresse et la fougue de

* LesPhilippiens avaientenvoyéàsaintPaul.prisonnieràRome, par un des leurs, Epaphrodite, un important secours d'argent, tpaphrodite avait prolongé son st'jour et assisté Paul dans son apostolat; c'est alors que la maladie l'avait saisi.— L'épltre aux Philippiens idont l'authenticité n'est pas sérieusement contestée) dit les remerclmcnts de saint Paul. « Le ton est moins oratoire et plus familier qu'ailleurs ; le plan n'est pas nettement marqué, c'est plutôt une suite de conseils, deffiisions d'où Paul s'élève aux plus hautes conceptions religieuses. Paul ne craint pas de dire quelles sont ses craintes et ses espérances, de révéler avec une certaine amertune le fond de sa pensée sur presque tous ses collaborateurs, qui ont en vue leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ. « Ici, les sentiments s'appellent et se répondent de la manière la plus harmonieuse et la plus naturelle. Ces lignes ont coulé d'un seul jet. Ajoutons qu'elles manifestent bien moins les pensées théologiques de l'apôtre, que les sentiments de son àme et la maturité de sa vie religieuse. C'est une richesse d'expériences chrétiennes, une plénitude de foi, une délicatesse et une force d'affection qui rappellent les meilleurs chapitres de la seconde lettre aux Corinthiens : voir tome II, 233 n. C'est la même vie intérieure débordante ; seulement les longues épreuves et les longues méditations l'ont approfondie, calméeet mûrie. La parole de lapôtre retrouve bien parfuis ses anciens et sévères accents, 3.2. Cependant il y a en elle plus de résignation et de douceur, 4.18. Se préparant également à vivre et à mourir, selon qu'il plaira à Dieu, son àme est tout ensemble moins passionnée et plus tendre, moins jalouse et plus détachée. Elle nous remue moins et nous touche davantage. Elle trahit je ne sais quelle mélancolie. Elle se couronne déjà delauréolc du martyre et duii rellet d'immortalité. » [Jacquier, I, 3i0; Sabatier : VApôtre Paul-

L KFlTRF. AUX PIIILIPPIE.\>

rette àme ; mais on peut expliquer son tour desprit. Tarse était, aux premières années de notre ère, lorsque

p. 265]. Voir Lip;htfoot : S. Pauls Epistle to the Philippians, London. lS8o; Lipsiiis : Brie f an die Philipper, 1892, Fribourg ; Muller : des Aposlels Paulus Drief an die Philipper, 1899.

De l'épltre au.x Thilippiens il faut rapprocher l'épitre à Philémon : elle a environ même date [captivité romaine 57-61 ou 58- 62] ; et elle nous révèle aussi clairement la tendre et délicate bonté de son àme. Saint Paul s'adresse à I'hilémon,un chrétien de Colosses qu'il a autrefois converti ; et il lui demande la grâce d'un de ses esclaves. Onésime s'est enfui de Colosses: il s'est réfugié à Rome, et là. on ne sait comment, il est devenu un fidèle du Christ et un ami de Paul. Volontiers Paul l'aurait gardé près de lui : mais c'est un esclave fugitif; il faut satisfaire la justice avant tout. Et Paul renvoie Onésime à Philémon, avec ce billet. « Paul, prisonnier du Christ Jésus, et Timothée le frère, à IMiilémon. notre bien-aimé et notre collaborateur... Que la grâce et la pai.x vous soient accordées par Dieu Notre Père et par le Seigneur Jésus-Christ ! Sans cesse je rends grâce à mon Dieu, quand je fais mention de toi dans mes prières, parce que j'apprends la charité et la foi que tu as à l'égard du Seigneur Jésus et de tous les saints, demandant que la communication de ta foi devienne active au profit du Christ, dans la connaissance parfaite de tout le bien qui est en nous. J'ai éprouvé, en effet, une grande joie et consolation de ta charité, de ce que le cœur des saints a été réconforté par toi. .frère. Aussi, bien que je possède abondamment dans le Christ l'assurance pour te commander ce qui est convenable, cependant, à cause de la charité, je préfère user des prières. Etant ce que je suis, Paul, un vieillard, et maintenant un prisonnier du Christ Jésus, je t'adresse une prière en faveur de mon fils que j'ai engendré dans les chaînes, Onésime! Jadis, il te fut inutile : mais à présent il est utile à toi et à moi; et je te l'envoie, lui-même, lui mon propre cœur. J'aurais bien voulu le garder près de moi pour qu'il me serve de ta part dans les chaînes de l'Evangile; mais je n'ai rien voulu faire sans avoir ton avis pour que ta bonne œuvre ne soit pas contrainte, mais volontaire. Car peut-être a-t-ii été un moment séparé de toi pour que tu le possèdes à jamais, non plus en qualité d'esclave, mais comme plus qu'un esclave, comme un frère bien-aimé. pour moi spécialement et combien plus pour toi, l'étant et dans la chair et dans le Seigneur. S'il fa fait tort en quelque chose, s'il

6 SAINT l'ALL

Saul y vit 1<' jour, une « des villes les jjUis ilorissanlcs de l'Asie : après Alexandrie et Antioche, c'était, avec Corinthe, une des reines de lOrient. Comblée de faveurs par Rome, libre et exempte d impôts depuis le grand Pompée, métropole de la Cilicie depuis Auguste, elle devait à son site superbe d'être un entrepôt de premier ordre et un marché des plus actifs. Des hauteurs voisines de la ville, par dessus les bosquets de palmiers, l'œil embrassait à la fois les cimes neigeuses du Taurus, les blanches voiles de la Méditerranée qu'un fleuve alors navigable, leCydnus, amenait sous ses murs, enfin toute la Cilicie champêtre coupée en échiquiers d'innombrables canaux, et couverte de moissons à perte de vue... Les écoles célèbres y abondaient... Le précepteur d'Auguste, Athénodore le Stoïcien, était de Tarse; celui deMarcellus et de Tibère, aussi.» Les parents de Saul, néanmoins, Juifs de race, Pharisiens de conviction, ne voulurent pas que leur fils y fut instruit et l'envoyèrent à Jérusalem entendre les leçons de Gamaliel, le plus illustre docteur du monde juif. C'est à cette école, dans Ten-

t'est redevable de quelque chose, porte tout à mon compte. Moi, Paul, je t'écris de ma propre main : je prends tout sur moi. C'est pour ne pas te dire que toi aussi tu es mon débiteur. Oui, frère, laisse-moi tirer profit de toi dans le Seigneur. Assure dans le Christ la paix à mon cœur! Avec lassurance que tu m'obéiras je t'écris, sachant que tu feras même plus que je ne demande. De plus, prépare-toi aussi à me recevoir, car j'espère que, grâce à vos prières, je vous serai rendu. Epaphras, mon compagnon de captivité dans le Christ Jésus, Marc, Aristarque, Démas, Luc. mes collaborateurs, te saluent. Que la grâce du Seigneur Jésus- Christ soit avec votre esprit. »

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