‹ Le christianisme primitifChapitre 50 sur 77 · LE CULTE CHRETIEN · texte numérisé non relu

LE CULTE CHRETIEN

Une fête solennelle, la fête de Pâques, les réunit dans un même sentiment d'allégresse et de foi. C'est l'anni-

ou aboli par certaines sectes, notamment par les sectes à tendances montanistes [voir ïertuUien : De exhort. 7; voir déjà saint IrénéeJ; il est maintenu dansTEglise catholique. Il est conféré, sans doute, par une imposition des mains [II. Tim., 1, 6; I. Tim., 4, 14]. [Sur le célibat ecclésiastique, voir infra p. 221 n.].

Beaucoup d'autres rites ont été certainement pratiqués à ce moment : des onctions d'huile aux malades [Me. 6. 13 : Jac. 5. 14-15; canons dllippolyte. 190-200 i'?i]. des aspersions d'eau, -peut-être des lavements de pieds, etc. Nos textes ne nous permettent pas den rien dire.

Quelle idée est attachée à ces rites ? Ici, non plus, les textes conservés ne facilitent guère une réponse. On peut croire que la théorie du baptême et de l'eucharistie, les deux rites fondamentaux des chrétiens, réagit sur la notion de rite chrétien, en général. Avec Tertullien, celle-ci commence de se dégager avec précision : il y attache le terme sacramentum [De bapl. 1] — qui signifie ordinairement serment [De Mol. 19] ; — souvent, il y implique l'idée de figure ou de symbole [Adv. Jud. 10] et l'idée de doctrine [Apol. 47] ; mais cest surtout l'idée de rite symbolique efficace qui tend à accaparer, dès les environs de l'an 200, le mot sacrement [Tertullien : Adv. Marc. 1. 14 ; De corona, 3; De resiirr. 9,. Turmel : Tertullien, 251].

Le culte des martyrs est attesté au milieu du second siècle par la lettre des Smyrniotes sur le martyre de saint Polycarpe.

C'est au cours du second siècle, probablement. [Cabrol : Les origines liturgiques. Paris. 1906, 137] que la liturgie chrétienne prend figure par la constitution de la messe. A l'origine, au temps des Actes et de Pline, Ep. X. 97, il y avait deux sortes de réunions chez les chrétiens. La plus importante était celle où l'on célébrait l'Eucharistie [voir tome II, p. 227]: le dimanche soir, chaque fidèle apportait son repas [I. Cor. 11, 20] et, à la suite du repas en commun, le président, conformément à l'ordre du Christ, bénissait le pain et le vin, et les distribuait aux assistants [Actes. 2. 42 ; 22, 7-14] ; cette cérémonie s'appelait d'abord la fractio panis ; on l'appela ensuite la liturgie. — La seconde réunion chrétienne était la réunion synagogale des Juifs à peine modifiée ; on y lisait les livres de l'Ancien Testa-

versaire de la résurrection du Sauveur. Rome et l'Asie, ces deux pôles de la chrétienté, célèbrent solennellement, les Evangiles, les épitres de Paul, les Actes, sans doute aussi les lettres des églises [lettre des Smyrniotes] : on y chantait : on y priait ; on y entendait souvent une homélie. Cette réunion se tenait dans la nuit du samedi au dimanche, avant le lever du soleil : c'était une synaxe aliturgique. ou vigile. [Les cérémonies du vendredi saint et du samedi saint, ainsi que les messes des Quatre-temps et celles de certaines vigiles nous rappellent le type de synaxes de ce genre. Duchesne : Origines. 219, 237j. — Les deux réunions se soudèrent lune à l'autre, en même temps, peut-être, que \a. f radio punisse détachait du repas rituel qui devenait ainsi lagape.

D'après Bickell, les deux réunions chrétiennes se seraient modelées sur les assemblées rituelles juives : la liturgie eucharistique sur le Kiddusch[voir tome II, p. 189-190. n], la vigile sur la prière matutinale qu'on disait les jours de sabbat [schacharit].

Tout le monde est d'accord pour reconnaître que, à part les paroles de bénédiction prononcées sur le pain, la plus grande liberté était laissée aux célébrants.

Quelle est. à cette époque, la nature des rites gnostiques. et dans quel rapport sont-ils avec les rites chrétiens ~? Voir notre tome 1. p. xii-xiii, P. Lejay, dans la R. H. L. R. 1902. 360-364. Goblet d'Alviella [R. H. Rel.nov. 1903. 327: Eleusinia. Paris. 1903] et surtout E. Ilatch : The influence of greek ideas and usage upon Ihe Christian church London. 1890; Anrich : Das antike Mysferienwesen in seinem Einfluss auf das Christentum. Gôttingen. 1894 : de Wobbermin : Religiomgeschichtliche Studien zur Frage der Beeinflussung des L'rchristenhnns durch das antike Mysterienxcesen. 1896. Berlin: Cheetam : The Mystenes pagan and Christian, being the Hulsean Lectures for 1896-97. London. 1897. Pour plus de détails, voir P. de Labriolle : TertuUien. De praescinpt. haeret. texte et trad fr. 1907. Paris, p. lxiv-lxv.

Je rappelle d'un mot que, chez les Gnostiques, la femme était souvent revêtue du pouvoir sacerdotal [Marcelline: Philoumené; voir Zscharnack : Der Diemt der Frau in den ersten Jahrhunderten der christlichen Kirche. 1902. Gôttingen] : la musique religieuse était peut-être en honneur [Valentin et Marcion avaient écrit des « psaumes »]. Durant le baptême elcésaïte, donné au fidèle tout habillé, on invoquait sur lui les sept témoins (ciel, eau, huile, sel, pain, esprits saints, anges de la prièrei [Tixe-

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ment la journée glorieuse, celle-là le dimanche qui suit le 14 nisan, celle-ci le 14 nisan même, ou quatorzième jour du mois lunaire, quel que soit ce jour.

Le trait qui distingue la physionomie de la vie chrétienne à cette époque, c'est limportance qu'a prise l'idée de la pénitence. Les relations d'affaires, les obligations de la société entraînent pour beaucoup la fréquentation des païens ; de là naissent de graves dangers. Certains fidèles se tiennent à l'écart des réunions communes, d'autres craignent de se mêler aux petites gens. Il se produit des défaillances morales fort attristantes : en rompant avec le Paganisme, on ne rompt pas avec tous les entraînements d'une nature déchue. Plus souvent que les péchés de la chair, le doute mine la vie dans les âmes : elles cèdent aux objections des Païens ou aux séductions des Gnostiques. Les chrétientés commencent de compter dans leur sein d'assez nombreux coupables, des homicides, des adultères, des apostats. Que vont-ils devenir? Que faut-il en faire? Leur crime peut-il être effacé ? Voilà le problème qui se pose devant la conscience chrétienne, au fur et à mesure qu'elle englobe plus d'âmes païennes, aussi faibles que généreuses; et voilà la question qui reparaît, obsédante, à chaque « vision » ou à chaque « parabole » du Pasteur.

ront. I. 183]. Les Gnostiques acceptent, an sujet de l'Eucharistie, la théorie réaliste courante [papyrus Bruce ; Irénée. I. 13. 2 ; Extraits de Théodote, 77. P. G. 9. 693]: ils semblent avoir amorcé la théorie de la conversion. Voir encore Irénée. I, 13, 6 : Philosophoumena, VI, 40: Renan, VIII, 127.

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L'Apocalypse du Pasteur, on effet, écrite à Rome au milieu du second siècle par Hermas, un frère du pape Pie I", ne s'occupe de rien tant que de renouveler et purifier les âmes. La solution qu'elle propose est celle qu'a acceptée la conscience chrétienne. Tandis que certains proclament lindifférence des actions pour quiconque a la foi et font de la grâce de Dieu une excuse pour le vice, tandis que d'autres professent au contraire que tout péché commis après le baptême est irrémissible 1 et qu'il (( n'y a pas d'autre conversion que celle « que nous avons faite lorsque nous sommes descen- « dus dans l'eau », Hermas enseigne que chacun a, après le baptême, un moyen de se purifier de ses péchés, si graves qu'ils puissent être : ce moyen, — dont on ne peut user, du reste, qu'une seule fois, — c'est la pénitence. « Le Seigneur dans sa miséricorde a eu pitié de « sa créature, dit l'Église à Hermas, et il a établi cette « pénitence dont il m'a donné le gouvernement. Je te « le dis : après cette vocation sublime, celle du bap- « tême, si quelqu'un tenté parle diable vient à pécher, (( il y a pour lui une pénitence, une seule. Car s il veut (( pécher et se repentir tour à tour, et cela fréquemment/ « cet homme ne réussira pas : il lui sera difficile de se « sauver. » La morale du Pasteur n'est donc ni relâchée

1 No'wïépitreaux Hébreux ^supra p. 109, n. — Durant tout le cours du second siècle, les péchés d'apostasie, d'homicide, d'adultère ne furent pas, malgré le crédit d'Hermas. pardonnes par l'Eglise. Voir infra. Hermas même semble dire que les apostats meurent pour jamais. [Sim., VIII, 6, 4; IX, 19, 1: mais voir Sim., VIII. 2. 8, 9.|

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