L APOCALYPSE DU PASTEUR
ni rigoriste; elle tient le milieu entre les excès de la sévérité et de lindalgence. Le chrétien, tombé après son baptême dans quelque faute grave, ne doit point désespérer. Une seconde voie de purification s'ouvre devant lui qui lui rendra le salut; la condition essentielle pour en profiter est un changement de vie : il doit reconnaître son péché, abandonner ses égarements, revenir à la vertu ^
' Le Pasteur est une véritable apocalypse : elle se compose de cinq « visions », où l'Église apparaît a lauteur sous les traits d'une matrone, et de douze « préceptes » suivis de dix « simi litudes » que développe l'Ange de la pénitence apparaissant sous la figure d'un Pasteur : d'où le titre du livre. Les préceptes forment le code abrégé de la morale chrétienne; les visions et les similitudes sont des tableaux apocalyptiques dont le Pasteur explique le sens à Hermas. Voici un spécimen de cette littérature. « Nous sommes en Arcadie, dans la plaine où se bâtit la tour mystique : cette plaine est limitée par douze montagnes qui symbolisent les diverses classes d'hommes où se recrutent les clirétiens. La cinquième est couverte d'herbes et de rochers escarpés. Ce sont des fidèles ; ils ont la foi, mais sont difficiles à instruire, audacieux, se complaisant en eux-mêmes, cherchant à tout savoir et ne connaissant rien du tout. Leur audace a fait que l'intelligence s'est obscurcie en eux ; une sotte imprudence les envahit ; ils se targuent d'une grande pénétration, ils se transforment volontiers et spontanément en maîtres de doctrine; mais ils n'ont pas le sens commun... Il yen a qui, reconnaissant leur égarement, sont revenus à une foi sincère et se sont soumis à ceux qui ont vraiment l'intelligence : les autres peuvent se convertir aussi, car ce ne sont pas de méchantes gens, mais plutôt des imbéciles » [Sim. IX, 22. — Trad. Duchesne : Les origines-chrétiennes, p. 1881. J'emprunte à Duchesne, eod. loco, plusieurs expressions.
L'ouvrage jouit d'abord d'un grand prestige : on le traduisit en latin et en arménien ; on le vénérait comme un livre canonique.
D'après Harnack, Chron., I, 257, dont Duchesne accepte les conclusions en gros, H. A., I, 22-5. note 3. le livre « a passé par les formes suivantes : l'' Vis. II (le fond seulement) ; 2" Vis. I-
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Hermas admet les œuvres comme moyens de pénitence ; mais en insistant beaucoup sur leur inutilité, au cas où elles ne sont pas accompagnées d'une sincère conversion du cœur. Les jeûnes solennels du
III ; 3» Vis. I-IV; 4« Vis. V, les Préceptes et les huit premières similitudes : c'est le Pasteur proprement dit; 5° groupement des quatre premières visions avec le Pasteur et addition de la Sim. IX ; 6" le même groupe complété par la Sim. X.
L'auteur fait de son personnage un contemporain de saint Clément, mort vers l'an 100. D'autre part, le canon de Muratori et la Chronique du catalogue libérien assurent que l'auteur écrivait au temps du pape Pie ^^ [140-155], qu'il s'appelait Hermas, et qu'il était le propre frère de Pie. Rien n'empêche, comme le veulent Harnack et Duchesne, que les six éditions successives de son livre se soient succédé depuis lUO jusqu'à 150 environ. C'était un « affranchi de- condition, propriétaire rural, marié et père d'une famille qui ne lui donnait guère de satisfaction... C'était nx\ esprit simple, de culture fort limitée...: le seul livre auquel il se réfère expressément est un apocryphe, Eldad et Modad. »
« L'intérêt du livre est beaucoup moins dans son idée fondamentale (possibilité d'une pénitence) que dans les détails de son développement. En suivant Hermas dans l'énumération des cas particuliers et dans la description des situations diverses où se trouvent les pécheurs, nous pouvons nous faire une idée de la vie intérieure de (l'Église) dans la première moitié du u^ siècle. 11 ne faut pas trop s'étonner d'y trouver (beaucoup) de révélations affligeantes : la nature de l'ouvrage veut que le mal y tienne plus de place que le bien... Malgré cette circonstance défavorable, il est aisé de voir qu'aux yeux d'Hermas le nombre des chrétiens édifiants surpassait celui des pécheurs de toute catégorie » [Duchesne, 1, 225-229. Voir Bardenhewer, I, 557; Spilta : Studien zum Rirten des Hermas. Gôttingen, 1896; Volter : Die Visionen von Hermas, Berlin, 1900; Stahl : Patrislische Untersuchungeny 1901 ; J. Réville : La valeur du témoignage du Pasteur. Paris, 1900 : Batiffol : Hermas et le problème moral au second siècle. [Études d'histoire et de théologie positive, 1, 45] ; Volter : Die apostolischen Vâter neu untersucht, I, Leyde, 1904]. Sur les versions latines du Pasteur, voir notamment Warichez. dans R. H. E.. 1905, 281.