SAINT JUSTIN
neniriiomme, celles qui concernent la Rédemption. Le Christianisme qu'il expose est une connaissance de Dieu accordée par Dieu lui-même, et c'est en môme
gr. Apol. Leipzig, 18S2; Bardenhewer, I, 190 ; Zahn : Forsch. zur Gesch. des neiit. Kan., VI (19(JÙ) ; Ztft. fur K. G., VIII, 37; de Faye : De l'influence du Timée de Platon sur la théologie de Justin martyr [Éludes de critique et d'histoire, par... Section des Se. Relig., École Hautes Études, II, 1896, 167) ; Paul : Ueber die Logoslehre bei Justinus Martyr Jahrb. fur prot. -Théologie, XII, XVI, XVIII) ; Scheiwiler : Die Elemente der Eucharistie in den ersfen Jahrhunderten, Mainz, 1903 ; Feder : Justins des Mdrtyrers Lehre von J. C, 1906. Freiburg ; Duchesne : I, 204. Tixeroiit, Turmel, Schwane, Harnack, Loofs, Seeberg. — Éditions par Kruger, 1904, b» éd. ; édition et trad. fr. des Apologies par Pautisny Paris, 1904. Picard.
Pour les Apologistes en général, consulter le Corpus apoLogetarum christianorurn saeculi secundi, de I. C. Th. de Otto. 9 vol. in-8. léna. 1843-1872; A. Ehrhard : Die allchnstliche Litteratur und ihre Forschung seit 1880. Freiburg. 1894-1900. 2 vol. parus.
Au point de vue de l'évolution doctrinale, j'attire l'attention sur quelques points. Les coïncidences entre le Christianisme et le Paganisme sont incontestables, pense Justin : il les explique, tantôt par l'action du Verbe len général les doctrinesi, tantôt par l'action des démons (ritesi. La preuve par excellence du Christianisme est donnée par les prophéties [contra J. Martin : L'apologétique traditionnelle . I. 1905. Paris, p. 3] il faut ajouter que Justin s'intéresse passionnément aux problèmes de la liberté et de la vie morale, et que l'élévation et l'efficacité de la morale chrétienne l'ont beaucoup séduit. La pensée de Justin semble quelque peu vacillante en quelques points : l'origine du monde «estil éternel ?) : — l'origine du Verbe (n'a-t-il pas été engendré, en tant que Fils, par le Père au moment de la création, c'est-à-dire de l'ordonnancement du Cosmos, afin d'aider le Père ?j : — le rôle de l'Esprit i.le Verbe étant le ministre du Père, que reste-t-il à faire à l'Esprit ? L'Esprit est-il Dieu, comme le Verbe, ou nest-il qu'un ange, Apol., i, 6 ? Car il est certain que les anges sont l'objet d'un culte) ; — la nature de l'àme (mortelle ou immortelle; l'immortalité n'est-elle pas une récompense pour les bons, un châtiment pour les méchants "?i — Harnack a prétendu \Brot und Wasser, die eucharistischen Elemente bei Justin. — Texte und Unt., VII, 2, 1891, Leipzig), à tort semble-t-il,
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temps une vie vertueuse conforme aux lois de la raison ; l'homme devient juste et atteint le bonheur en connaissant le vrai et en accomplissant le bien ; c'est la foi dans la révélation divine qui donne et la science et la vertu.
Dieu est l'Être existant par soi, immuable et éternel, cause du monde et opposé au monde; il est un et unique Justin remplaçait le vin par leau comme matière de l'Eucharistie. Voir Scheiwiler.
Les incertitudes de cette tlK'ologie naissante ont provoqué parfois quelque surprise. Rien, pourtant, de plus naturel. On le comprendra en comparant à la théologie savante des apologistes tels que Justin, la théologie populaire du pieux Hermas. Pour Hermas, selon toutes les apparences, TEsprit-Saint n'est qu'un ange, Jésus n'est qu'un homme illuminé par cet ange : il y a un autre ange, l'ange Michel, dont le rôle rappelle si bien le rôle de l'Esprit, quil n'est pas absolument sur que l'un soit distinct de l'autre ; en tout, il y a six ou sept grands Anges (Vis. III, 4, 1) qui rappellent fort ce qu'on voit dans certains systèmes gnostiques, précisément contemporains. — Une vieille homélie apparentée au Pasteur [on l'appelle la seconde épîlre de saint Clément. Harnack : Ueberl., 47; C/iron., I, 438 ; Bardenhewer, I, 107] semble faire du Christ et de l'Église deux éons très analogues aux éons de Valentin : car l'Eglise est antérieure à la création du soleil et de la lune ! — Les pieux preshytres « qui sauvent la tradition de la didascalie bénie des Apôtres » ne sont pas toujours plus sûrs qu'Hermas et pseudo-Clément : ils ont en général été instruits, pourtant, par les disciples des Apôtres! Ilippolyte [contra Noet., I ; Epiph., Pan. 42. 2) et Irénée en ont connu plusieurs : nous connaissons un peu l'un d'eux, Papias, évêque d'Hiérapolis en Phrygie. qui meurt vers 150 et qui a écrit en cinq livres des Explications des Paroles du Seigneur [voir tome II. 247. n.]. On y lisait notamment que des jours viendraient où naîtraient des vignes ayant 10.000 branches, chaque branche ayant 10.000 rameaux, chaque rameau 10.000 grappes, chaque grappe 10.000 grains; où, de cliaque grain, on pourrait tirer 2o métrètres de vin ; où chaque grappe crierait au bienheureux qui la prendrait : je suis une meilleure grappe, prends-moi! — Pour apprécier la théologie des apologistes, if suffit de la comparer à la théologie des presbytres.
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que, spirituel et parfait. Bien quon ne puisse mieux le décrire qu'en employant des prédicats purement négatifs, on doit dire de lui qu'il est l'origine et la plénitude de toute existence; il est volonté et vie et, par conséquent, il dispense généreusement ses bienfaits. Dieu est la cause finale de toutes choses, il est le principe du bien moral aussi bien que le principe du monde; car le monde apparaît comme gouverné partout par la raison et par l'ordre, il est l'image d'un monde supérieur et le produit d'une volonté raisonnable ; ilporte l'empreinte du Verbe, la raison divine.
Le monde est, en effet, l'œuvre de Dieu, qui la créé par l'intermédiaire du Verbe ^ Le Verbe était d'abord en Dieu, dès l'éternité, comme sa Raison ou sa Sagesse, Aoyoç IvSiaOs-coç ; mais, à un moment de l'éternité, lorsque Dieu voulut créer le monde, il émit le Verbe en vue de cette œuvre; il l'engendra de son propre être par un acte libre de sa volonté : c'est à lui qu'il parle lorsqu'il dit : « Faisons l'homme à notre image ». Sorti de Dieu, le Verbe, A^yo; -pooop'//.rj:, possède désormais une existence hypostatique distincte et permanente, 0£Ôç £x 0£o'j : son être intime, oùc7{a, est identique à celui de Dieu. Le Verbe est Dieu et Seigneur, il possède l'essence de la nature dis'ine, il est Dieu de Dieu et lumière de lumière. Seulement sa personnalité commence au moment de la création.
* Voir tome II, p. 47-4S les théories platonicienne et stoïcienne, et p. 128-129, la théorie gnostiqiie du verbe. Voir supra p. 115, la théorie johannique.
L'homme est le but de la création du monde ; la raison et la liberté lui permettent d'accéder à l'essence divine. La raison de l'homme est l'image de la Raison de Dieu ; la liberté, c'est le pouvoir de conformer ses actes à la raison. Est vertueux quiconque fuit le monde, renonce à la nature, s'élève au-dessus de la matière. L'esprit doit se hâter d'aller vers le Père des Lumières : l'homme spirituel montre qu'il a déjà remporté la victoire sur le monde par son humeur égale, son absence de besoins, sa pureté et sa bonté. L'homme vicieux meurt d'une mort éternelle, l'homme vertueux reçoit la vie éternelle, dont la possession implique la résurrection, lors du jugement dernier.
La Rédemption a pour but de ruiner l'œuvre du démon et des anges déchus qui se sont rendus maîtres de l'homme, l'ont asservi au polythéisme et à la débauche. Dieu veut restaurer son œuvre : c'est pourquoi il suscite les miraculeuses révélations de la vérité. Il envoie les Prophètes d'Israël éclairer la raison et fortifier la liberté. Il envoie à la fin son Verbe luimême, après lavoir fait apparaître dans les théophanies de l'Ancien Testament; et le Verbe s'incarne dans le sein de Marie. Et c'est ainsi que le Verbe est doublement Fils de Dieu en raison de sa génération divine au moment de la Création, en raison de sa génération humaine au moment de la Rédemption. Le Verbe incarné, c'est Jésus-Christ. Il confirme à jamais l'œuvre des Prophètes, il en ouvre l'accès au monde, il annule la victoire des démons.