‹ Le christianisme primitifChapitre 61 sur 77 · LECRITURE ET LA TRADITION · texte numérisé non relu

LECRITURE ET LA TRADITION

criture est toute pleine du Christ, mais c'est la seule venue de ce Christ qui a révélé ce trésor et éclairé l'obscurité des prophéties. « Il faut donc écouter ceux « qui sont dans lÉglise, les prêtres qui sont les succe cesseurs des Apôtres : en recevant en héritage l'épis- « copat, ils ont reçu, selon la volonté du Père, un cha- « risme assuré de vérité ; quant aux autres, il faut s'en (( défier, ils sont suspects. » La foi, seule vraie et seule vivifiante, est la propriété exclusive des églises gjoostoliques,à\iQ?>ecdesiae principales. ^o\is^o\i\ons,Qom^ter ceux qui furent établis comme év^êques par les Apôtres et leurs successeurs jusqu'à nous. Cette succession ininterrompue garantit et prouve le caractère apostolique de la foi. Les Apôtres n'ont choisi pour successeurs que des hommes parfaits et irréprochables ; leur doctrine est donc passée, pure et intacte, à tous les chrétiens. « Mais comme il serait trop long, ajoute saint (c Irénée, dans un ouvrage comme celui-ci, de donner « la succession des évêques de toutes les Eglises, nous « ne nous occuperons que de la plus grande, et de la (( plus ancienne, connue de tous, de l'Église fondée et « constituée à Rome par les deux très glorieux apôtres « Pierre et Paul : nous montrerons que la tradition et (( la foi qu'elle tient des Apôtres sont parvenues jus- « qu'à nous par des successions régulières d'évéques... « Car c'est avec cette Église, en raison de sa préé- « minence supérieure, que doit être d'accord toute « Église (c'est-à-dire tous les fidèles qui sont dans c( l'univers», si toutefois elle a conservé la tradition

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« apostolique ^ » Les Églises apostoliques, particulièrement l'Église de Rome, interprètent donc l'Écriture et fixent la Tradition ; et c'est la Tradition ainsi déterminée qui est la source unique de la foi '.

Armé de cette méthode, Irénée détermine avec une magnifique netteté le principe du Christianisme. Jésus est homme, complètement homme, et Jésus est Dieu, tout à fait Dieu ; Dieu et homme, Dieu-homme, voilà la définition humaine de Jésus. Jésus est le Fils éternel de Dieu ; il n'est pas apparu en Dieu à un moment de la durée, lors de la création du monde, comme le dit saint Justin ; il est l'éternelle révélation de Dieu à lui-même : « c'est avant la création en général que le

' Ad hanc en»m ecclesiam propter potentiorem principalitatcm necesse est omnem convenire ecclesiam, hoc est eos qui sunt undique fidèles, in qua semper ab his qui sunt undique conservata est quae est ab apostolis traditio [III, 3, 1, 2, P. G. 7. 848- 8i9]. Principalilas se relit II, 1, 2, 710, B ; il y signifie la souveraine puissance divine. Xecesse est marque, non l'obligation morale, mais la nécessité physique : en fait, les Eglises ne peuvent pas ne pas s'accorder avec l'Eglise romaine. Convenire signifie-t-il s'accorder dans la foi [sens moral] ou faire un voyage pour se rencontrer [sens local]? Undique, au lieu de ubique, semble recommander ce dernier sens ; de même l'explication : hoc est eos... ; de même le sens ordinaire de convenfio dans la Vulgate. Mais on a remarqué [Harnack : Sitzungsberichte de Berlin, 9 novembre 1893] que in qua se rapporte sans doute à omnem ecclesiam ; le premier sens semble le plus probable. [Turmel : Histoire du dogme de la papauté, 1908, p. 40-41, n]. De toute manière, noter l'importance des mots : potentior principalilas.

* Irénée prend même plaisir à rappeler que certaines églises barbares n'ont pas le texte sacré ; elles ont « le salut écrit par l'Esprit dans le cœur » des fidèles, elles gardent soigneusement la tradition ancienne. Et elles sont agréables à Dieu, elles vivent en toute justice, chasteté et sagesse.

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