HIPPOLYTE
science, la rigidité de sa morale et l'ardeur fougueuse de son âme ; il était prompt à attribuer toutes les
nombreux fragments syriaques ide 1858 à 1890) ; « Georgiadès et Bonwetsch nous ont rendu presque tout le commentaire sur Daniel (18S5-97i ; de nombreux fragments conservés en slave, en arménien, en syriaque, en arabe, ont été triés avec soin et publiés en allemand par Achelis ISC'Ti : plus récemment, Marr découvrait dans un manuscrit dux« siècle, au monastère de Schatberd. dans le Caucase, une traduction grusinienne de plusieurs œuvres inédites : Commentaire surle Cantique des Cantiques, sur les bénédictions..., qu'a traduite en allemand Bonwetsch. En 1903, Adolf Bauer publiait la Chronique qu'il avait découverte dans le Mafritensis grsecus, 121. [Voir les Texte und Untersuchungen, neue Folge, XIV, XI, VIII, Y, I ; l'édition princeps des Philosophoumena de Miller, Oxonii, 1851, celle de Duncker et Schneidewin, 1859, que Migne a reproduite, P. G., 16. et celle de Cruice, Paris, 1860].
Comme Irénée, Hippolyte puise à l'Ecriture et aux livres de la Grèce. Les Prophètes sont pour lui des instruments tout passifs de Dieu: leurs livres sont ceux des Juifs hellénisants [il ne recourt pas au texte hébreu, lit Daniel dans la version de Théodotion et ne s'occupe pas des controverses pendantes]; il leur assimile les quatre Evangiles, les Actes, les 13 Epitres de Paul [comme Irénée il rejette //e'ô.]; il en rapproche le Pasteur d'Hermas (comme Irénéei, \di Doctrine des Douze, l'épltre de Barnabe, VApocalyose de Pierre...: il veut, comme Irénée, qu'on s'en tienne à la tradition ecclésiastique. Pour H. comme pour Irénée, l'Ecriture est à la fois une histoire et une prophétie, qu'on expliquera parla méthode allégorique courante : on s'en servira, des prophéties sur le Christ surtout, pour raffermir les âmes vacillantes. — Il se méfie de la pensée grecque, de la philosophie comme de la science, parce qu'il y voit, avec Irénée, la racine de la Gnose. H s'en faut de beaucoup qu'il la comprenne et même la connaisse : d'après Diels, il se sert d'un abrégé des Aôfa-. de Théophraste et d'un méchant recueil de biographies. [Voir Denys : Phil. d'Origène, 668].
Ainsi armé, Hippolyte lutte contre Ihérésie. Son Syntagrna nous est accessible à travers Philastrius, Epiphane et VAdversus omnes hœreses, qui suit souvent le de prœscriptione-ûe Tertullien : il v réfutait 31 hérésies antérieures à Noet. Ses Philosophoumena ne valent pas leur réputation ; son exposé de l'Hellénisme est assez
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noirceurs à qui ne pensait pas comme lui ; mais ses ressentiments étaient plus vifs que durables. Après avoir rompu avec l'Église romaine, il se réconcilia avec elle; il accompagna saint Pontien clans les mines de la Sardaigne et mourut, dans le même temps que lui, des privations qu'il leur fallait endurer. Son activité littéraire avait provoqué 1 admiration universelle. 11 commenta presque toute la Bible, soit par livres entiers, soit par fragments détachés ; il rédigea plusieurs traités philosophiques, ou théologiques, ou
misérable, il copie souvent Irénéeet Sextus Empiricus ; certains prétendent même [Salmon, Staehlin] quil s'est fait berner et a utilisé des textes fantaisistes que lui auraient passés les Gnostiques. Sans doute cette conclusion est-elle excessive [de Paye ; d'Alés hésite] ; et sans doute lui doit-on encore de bons renseignements sur les deux écoles valentiniennes. Il reste néanmoins que sa polémique est faible. — Autant qu'on en peut juger, sa doctrine (c'est par là qu'il dépasse Trénée, non sans maladresse) insiste sur la distinction des trois termes divins ; elle insiste sur la divinité de Jésus et défend à ce propos l'authenticité des écrits johanniqucs; elle montre dans le baptême et dans l'eucharistie les deux sources de la vie chrétienne [d'après saint Jérôme, ép. 71, 6, ad Lucinium, il écrivit un livre sur la communion quotidienne laquelle, d'après Gerontius (v* siècle), était en usage à Rome dès le temps des Apôtres] qui sont issues, comme le montrait saint Jean, du flanc entr'ouvert de Jésus [d'Alès, 148] ; surtout, elle montre en Jésus le Dieu-Homme qui rattache l'homme à Dieu et divinise l'homme [Phil., 10, 34 ; de Christo et Antichr., 3-4]. Noter que H. répudie le millénarisme et le montanisme sans tomber dans les négations de Gains. C'est le seul progrès notable qu'il sache faire accomplir à la théologie d'Irénée. •
Voir Harnack : Chronologie, H (1904), 209 et passim ; Dogmengesch., I, 488, 516, 648; Ficker : Siiidie}i zurHippolylsfrage, 1893, Leipzig; Achehs : Hippolytstudien, 1897, Leipzig; d'Alès : La Théologie de saint Hippolyte, Paris, 1906; Neumann : Hippolytus... in seiner Stellung zu Staat, 1902.
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liturgiques, ou polémiques, et composa un grand ouvrage sur les hérésies.
La personnalité de TertuUien ^ rappelle la personna-
' Terlullien est né à Carthage vers 155. dans le paganisme. Sa jeunesse semble avoir été assez licencieuse, et ce n"est pas, semble-t-il, avant 35 ans qu'il embrasse le Christianisme, vers 190 ; il se marie, il devient prêtre de l'église de Carthage, vers 200, puis il évolue vers le ^Montanisme, vers 206-212 ; il rompt avec l'Eglise vers 211 ou 212: on perd sa trace vers 220. Voici la liste de ses principaux livres: de 197 à 200, il écrit ad Martyres, ad naliones libri duo, VApologeticum, le de Testimonio animas; de 200 à 206 il écrit le de spectaculis, le de praescriptione hœreticorum,\e de oratione, le de baptismo, \e de psenitentia, les de cultu feminarum libri duo, les ad uxorem libri duo, Vadversus Heimogenem, Vadversus Judaeos ; de 200 à 211-212, il écrivit le de virginibus velandis, les adversus Marcionern libri quatuor, le de pallio, Vadversus Valentinianos, le rfe anima, le de carne Cliristi, le de resurrectione carnis, le de exhortatione castitatis, le de corona, le Scorpiace, le de idololatria, Vad Scapulam : à partir de 212, il écrivit le de fuga in persecutione, Vadversus Praxeam, le de monogamia, le dejejunio,\edepudicitia [d'après Monceaux et d'Alès]. Nous possédons tous ces ouvrages ; TertuUien en avait écrit d'autres encore qui sont perdus.
TertuUien est un écrivain, ou un orateur, incomparable. Il écrase ses adversaires « sous le poids de ses apostrophes, de ses invectives, de son ironie, de ses sophismes. Car aucune des ressources de la rhétorique ne lui est étrangère... Cependant ce fougueux tribun, dont la voix roule si souvent des tonnerres, connaît aussi l'onction. Sa parole, d'ordinaire terrifiante, s'adoucit au besoin et trouve des accents qui touchent les cœurs... Ce n'est pas tout. TertuUien savait ramasser sa pensée dans de courtes formules fortement frappées qui, depuis des siècles, circulent comme des pièces de monnaie et résistent à l'usure » [semen est sanguis christianorum, J/>o^, 50: — Deus... tam pater nemo, tam plus nemo, de p^en, 8 : — et nos angelorum si meminerimus candidati ; ... seternitatis candidati, de orat, 3; de resurr.,b8: — apud vos quodvis colore jus est prœter verum Deum, idoL. 4; — crudelitas vestra gloria nostra, etc.. [d'après Turmel].
Il s'en faut de beaucoup que la pensée de TertuUien ait autaat d'originalité que son style. Il s'est inspiré de Tatien, il a fait de
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lité d'Hippolyte : même fougue, même rigidité morale, même science théologique. C'est un Carthaginois, né
nombreux emprunts à Clément d'Alexandrie et à Justin [Turmel : Tertullien, Paris, 1005. p. xxvii-xxxi]. Mais c'est surtout d'Irénée qu'il dépend. Comme Irénée, il accorde une importance souveraine à la règle de foi et à la tradition des Eglises apostoliques [prœscr., 13, :21, 22, 27, 28]; il établit cette double prescription contre les hérétiques : ne pas recevoir d'autres prédicateurs que ceux qu'a institués le Christ ou ses Apôtres ; ne pas recevoir d'autre doctrine que la doctrine des églises fondées par les Apôtres. Comme Irénée, il ne sait pas secouer le charme des rêves apocalyptiques. C'est l'argumentation d'Irénée qu'il oppose, mot pour mot. aux Valentiniens. Il emprunte à Irénée beaucoup d'antres détails [la corporalité de Tàme...]. Avec Irénée et Justin, il prouve la vérité du Christianisme par les prophéties messianiques, par les miracles évangéliques, par l'expansion miraculeuse de l'Eglise, par le témoignage de l'àme « naturellement chrétienne » [de testim. anim.]. — Le contenu de la foi est donné par la tradition des Eglises apostoliques et leur règle de foi immuable : Dieu est une substance spirituelle infiniment ténue, une en trois personnes, le Père, sa Parole éternelle engendrée en tant que personne au moment et en vue de la création, l'Esprit-Saint : cette économie divine organise, sans la détruire, l'unité essentielle et substantielle de Dieu ; et pourtant les Trois personnes sont numériquement et réellement distinctes ; le Fils du reste est inférieur au Père (Justin). — L'homme est composé de deux substances inégalement compactes qui se transmettent toutes deux parl'actegénérateur ;ilest libre, et donc responsable [Irénée] : mais comme le péché d'Adam a souillé son âme, une rédemption est nécessaire. Jésus a été réellement homme, comme nous : il est né de Marie toujours vierge; mais il est aussi pleinement Dieu; sa dualité de substance ne détruit pas l'unité de sa personne ; et c'est son sacrifice seul qui a sauvé l'humanité (ici disparaît l'influence d'Irénée;. Pour bénéficier de l'œuvre de Jésus, l'homme doit mériter Dieu : pour cela, il doit recourir au baptême, à l'imposition des mains, à l'eucharistie, et surtout mener une vie sainte et ascétique[T. interdit les secondes noces, la fuite en persécution, le service militaire, les spectacles, le commerce, les fonctions publiques, il multiplie les jeûnes...].
Voir Monceaux : Histoire littéraire de V Afrique chrétienne, I, 1901 ; Turmel op. laud ; d'Alès: La Théologie de Tertullien, 1905;