DIVINITÉ DE JÉSUS OU UNITÉ DIVINE
obligé ; el pourquoi cet intermédiaire ? Faire de Jésus le Verbe et l'intermédiaire de Dieu, cest aboutir forcément, soit à nier sa divinité, comme font les deux Théodote, soit à proclamer, avec Justin, le dithéisme. La théorie du Verbe est à rejeter.
Mais que devient alors la doctrine du Dieu-Homme, que devient la foi dans le Verbe incarné, que devient la croyance au Sauveur? Les fidèles se le demandent avec inquiétude, et la lecture de saint Irénée affermit leur protestalion. « Les simples, dit Tertullien, pour « ne pas dire les pauvres d'esprit et les imbéciles, qui (( forment toujours la majorité des croyants, une fois « tirés de leur polythéisme et amenés à croire au seul « vrai Dieu, ne comprennent pas que Dieu est unique « sans doute, mais avec une certaine éco?iomze ; c'est (( cette économie qui épouvante leur foi. Ce qui est (( nombre et distribution dans la Trinité, ils le prennent « pour une division de l'Unité ; or l'Unité produisant « d'elle-même, la Trinité n'est pas pour cela divisée, (( mais organisée. »
Hippolyte proteste avec Tertullien : il est surtout frappé de la distinction des personnes divines. Le mot (( autre » lui paraît l'expression exacte et nécessaire des rapports entre le Père et le Fils ; « autre est le Père, dit-il, autre est le Fils. » Même, il accentue à ce point la diversité des personnes qu'il semble compromettre l'unité divine, et, lorsqu'on lui reproche d'aboutir au trithéisme, il ne sait qu'imparfaitement reproduire la doctrine dTrénée touchant la
coéternilé et la consubstantialilé du Père et du Fils : il ne sait pas se libérer de l'influence de saint Justin, il conçoit qu'il y a eu un changement dans les rapports du Verbe avec Dieu au moment de la création du monde.
Les adversaires des « Monarchiens » n'étaient donc pas non plus affranchis de toute erreur : la foi était défigurée dans leurs explications prétendues. LEglise romaine la sauva. Le pape Zéphyrin, guidé par Calliste, réprouva les docteurs asiatiques : « ce n'est pas, disait-il, le Père qui a souffert, c'est le Fils, ou/. 6 Uxzr^o à-éBavev, àllèt. 6 'Yioç » ; il refusait donc de voir dans le Christ mort sur la Croix une simple apparition de Dieu, une pure « modalité » du Père Eternel. Mais en même temps, après avoir affirmé la distinction du Père et du Fils, Zéphyrin affirmait Vunité divine, disant ne connaître que le Dieu qui est en Jésus -Christ, ây^ ^-^^ ^'■'^ Beôv Xp'.aTÔv 'IrjaoOv xal TTArjV aù'oo s-zpov o'jôîvx y^vt^tôv xal 7:a6r,-:6v. L'affirmation sitnultanée de la diversité et de l'unité « confirmait » la foi traditionnelle ^
Rome, malgré quelques flottements, persista dans cette attitude : à Hippolyte et Tertullien, Zéphyrin et CaUiste reprochent leur trithéisme ; à Cléomène et Sabellius qui se montrent plus accommodants dans leur polémique et font des concessions dans leurs
* Il est juste de dire qu'Hippolyte, dans les Philosophoumena, accuse Calliste d'avoir épousé le modalisme. Il est certain qu'Hippolyte détestait Calliste ; que Tertullien ne l'aimait guère et ne lui a rien reproché à cet égard ; que Calliste a condamné Sabellius. L'affirmation des Philosophoumena est plus que suspecte.