‹ Le christianisme primitifChapitre 66 sur 77 · CALLISTE · texte numérisé non relu

CALLISTE

formules, ils reprochent de compromettre la filiation divine du Verbe. Finalement, en 217, la question fut tranchée : Calliste nommé pape vit s'éloigner Hippol}i.e qui, furieux de n'avoir pas été élu, fonda une Eglise schismatiqueS et il fit solennellement condamner SabeUius dans une assemblée d'évéques tenue à Rome. Malgré bien des tiraillements, aucune doctrine ne s'était donc implantée dans l'Église qui supplantât celle d'Irénée : les papes avaient condamné et ceux qui voyaient dans Jésus un pur homme, '^O.o: ivOpwTor, et ceux qui voyaient en lui Dieu accidentellement et temporairement incarné.

L'ardeur de ces polémiques théologiques ne doit pas nous égarer sur leur importance : elles témoignent, non d'un progrès dans la foi, mais d'un vain effort de la pensée grecque pour sassimiler l'Évangile en le dénaturant. L'évolution ecclésiastique qui s'accomplit à cette même époque marque, au contraire, un progrès positif dans la vie chrétienne.

La communauté de croyance unit naturellement les

* Noter que Calliste n'a pas condamné la théologie du Verbe d'Hippolyte et de Tertullien. comme il a condamné la doctrine de Sabellius [Duchesne, I, 316].

La vogue de la théologie monarchienne était telle que le Gnoslicisme et le Marcionisme [avec Apelle] évoluaient dans ce sens. Le monarchianisrae est une formule imparfaite de la croyance qui se définira plus tard dans le dogme de la consubstantialité.

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Eglises ; elles vivent pourtant, depuis l'origine, une vie assez isolée; ou du moins, les rapports qui les lient Tune à l'autre sont passagers et accidentels ; chacune vaque à ses affaires en liberté; les interventions, comme celle de Rome à Corinthe, paraissent rares. Le développement de la vie chétienne dans les divers pays et la coexistence de plusieurs Eglises également illustres et antiques devaient infailliblement provoquer des désaccords mettant en péril la charité et l'unité; si bien qu'on pouvait prévoir le jour où il faudrait pourvoira leur conservation au sein de l'Église universelle, comme jadis au sein des Eglises particulières; où le besoin se ferait sentir d'une autorité supérieure montrant aux Eglises, comme autrefois aux fidèles, le chemin de la vérité et de la vie.

C'est à la fin du second siècle que ce besoin se fait jour. Les Eglises sont en dissentiment au sujet de Pâques, de sa date et de ses rites. A Laodicée d'abord, puis dans la province d'Asie, quelques-unes font des revendications en faveur des rites mosaïques ^ Bien plus, les Eglises d'Asie prétendent célébrer la fête le I4nisan, tandis que l'Eglise de Rome et la plupart des autres préfèrent le dimanche qui suit le 14 nisan.

'D'après Duchesne : R. Q. H, juillet 1880. Victor [189-199]. Le caractère festal du dimanche est attesté dans Acles, 20, 7 ; les jeûnes du vendredi et du mercredi sont attestés par la Doctrine des Douze. Le symbolisme de l'agneau s'explique parce que Jésus est le Serviteur de lahvé. — Voir la Chronique Pascale. P. G., 9-2; Duchesne, I, 285; Hefele-Leclercq, I, 1, 133-150 et Append. III.

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Polycarpe et x\nicet^ on se le rappelle, ont en vain tenté de se mettre d'accord. C'est alors que Victor décide de faire cesser cette dissidence : regrettable en elle-même, elle pouvait s'accentuer. 11 expose ses vues aux évêques d'Asie et prie Polycrate, évêque d'Ephèse, de les réunir pour en conférer. Des assemblées d'évèqucs se tiennent partout, à Ephèse, en Palestine, dans le Pont, en Gaule, en Grèce et en Osrhoëne ; leurs lettres synodales sont envoyées à Rome et réunies en collection. Comme le plus grand nombre se rangent de son côté, Victor met les Asiatiques en demeure de se conformer à l'usage commun ou de renoncer à la communion ecclésiastique ^ 11 avait donné déjà un commencement d'exécution à ses menaces, quand il consentit à se radoucir, ainsi que le lui demandaient divers évêques, notamment Irénée : ceux-ci refusaient d'excommunier avec lui Polycrate. Du reste, les Asiatiques allaient se soumettre: ils avaient contre eux le senti-

' Polycrate avait refusé d'accepter l'usage romain dans une lettre que nous avons encore, Eusèbe. V, 24 ; il sappuyait sur la tradition des Eglises d'Asie, sur la tradition de sa famille, « qui avait eu sept évêques )), sur son expérience personnelle. Il concluait : « Je reste insensible aux tentatives que l'on fait pour m'effrayer... : de plus grands que moi ont dit : Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ». Voir Hefele-Leclercq, I. — Saint Clément n'avait pas menacé l'Eglise de Corinthe.

Noter encore, pour bien apprécier cette entrée en scène de la papauté dans l'histoire aux environs de l'an 200, que Calliste lança deux décrets au sujet des évêques : l» il a permis que des bigames devinssent évêques [Turmel : Histoire du dogme de la papauté, 84-8o] : 2° « il décida qu'un évêque ne devait pas être déposé, même quand il aurait péché mortellement » [Philosophoumena, IX. 12, Turmel 871.

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ment unanime de TKglise. Voici donc que, à la fin du second siècle, pour la première fois, l'Eglise universelle a été consultée par le pape : sollicitées par lui, les Eglises ont pris une plus claire conscience de leur unité; c'est une condition de force, une garantie de vie ^ L'habitude prise ne sera pas perdue. Les conciles, tels que vient de les susciter l'Eglise romaine, se multiplieront rapidement. Cette Eglise elle-même apparaît décidément comme la régente de l'Eglise en matière disciplinaire aussi bien qu'en matière doctrinale : « Victor a conscience d'être l'organe de son unité. »

Ce progrès ecclésiastique est contemporain d'un autre progrès du même genre . La même époque qui voit nettement apparaître l'Eglise au-dessus des églises, voit apparaître aussi, placé sur le même pied que l'Ancien, le Nouveau Testament ; la solidarité qu'établit Irénée entre l'Écriture et l'Église semble se prolonger dans l'histoire. Les quatre Évangiles et treize épîtres de saint Paul ont formé, dès la fm du premier siècle, avec d'autres textes moins précisément déterminés, le Livre de l'alliance nouvelle : l'épître de saint Jude, la seconde épître de saint Pierre, la seconde et la troisième de saint Jean sont les seuls écrits canoniques dont il ne semble pas que saint Justin se soit servi. Le caractère de ces livres est précisément dégagé. Ils sont considérés dès

* Rapprocher de ce fait les voyages de Méliton et Hégésippe, Abercius et Julius Africanus.

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