PROGRES DE LA DISCIPLINE
Un auteur anonyme accomplit, en Syrie cette fois, un travail analogue, conçu dans le même esprit : la Didascalie catholiqite invoque aussi le patronage des Douze et mêle aussi à des exhortations morales des prescriptions de droit. La lecture de l'Écriture Sainte y est instamment recommandée, l'usage des ouvrages païens sévèrement proscrit. L'auteur traite à fond des vertus et des devoirs de l'évéque et du diacre, passe rapidement sur ce qui regarde le prêtre, insiste au contraire sur les fonctions des veuves ^
donne pour le procès-verbal dune assemblée où chaque apôtre parle tour à tour. Voir Harnack : Die Quellen der soq. apost. Kirchenordnwifj, 1886: Duchesne : Bulletin critique, vil il886), 361 : Funk : Kirch. Ah/iandl., II, 236: Uatiffol : Litt. grecque chrét., 71. [Peut-être ce texte date-t-il, ainsi que la Didascalie, de la fin et non du début du m* siècle].
Peut-être ce texte a-t-il été précédé et préparé par un texte analogue, le Iti^pou Kr]zj-{[xoL [v. Dobschiitz : Das Keryqma Pétri, 1893. Leipzig; Harnack': Ueberl. '2b: Chron. 1,472; Batiffol, p. 70].
' Texte découvert en 1854 par de Lagarde dans un ms. syriaque de Paris. On en a retrouvé des versions latine et arménienne. L'original était grec. Voir Funk : Die apost. Konstitutionen. Rottenburg. 1891, et Didascalia et Constitutiones Apostolorum, Paderborn, 1906, 2 vol. ; Gibson : The Didascalia Apostolorum in syriac.; The D. A. in enqlish, Cambridge, 19U3, 2 vol. [R., B., 1904, 277] ; Achelis et Flemming : Die syrische Didascalia. Leipzig, 1904 [R.. H., E., 190o, 62]: Harnack : Ueberl, olo.
Des Canons Ecclés. des saints Apôtres et de la Didascalie catholique, on peut rapprocher les Canons d'Hippolyfe rédigés sans doute au début du iii« siècle. C"est un texte grec, dont nous n'avons qu'une version arabe et une éthiopienne. La version latine de Haneberg reproduite par Duchesne : Origines du Culte, 2« éd., 1898, p. 504, a été faite sur l'arabe. L'origine de ce texte, très important, est très obscure. Voir Batiffol, dans Revue Biblique, 1901, 252.
Le célibat ecclésiastique n'est alors qu'une pieuse coutume, inspirée de saint Paul [I Cor. ,7, 7] ; ce n'est pas une règle. Mais
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D'autres cliapitres s'occupent longuement de l'aumône et du soin des orphelins ; d'autres encore, du
les secondes noces sont généralement interdites à l'évèque [[ Tim.f 3, 3 ; TertuUien : Eœh. caslit., il, 13].
La discipline de l'arcane s'organise vers cette fin du second siècle, où le Christianisme fait sa trouée dans le monde et se régularise de toutes manières : à l'exemple des Gnostiques, notamment des Valentiniens, les Catholiques établissent deux classes de fidèles, dont l'une est inférieure à l'autre (celle des catéchumènes), ne peut entendre que la prédication et est exclue de la participation et même de l'assistance « aux mystères de la vie » : les catéchumènes qu'écarte l'arcane sont des novitioli qui ont un pédagogue, doctor audientium, à Rome, à Carthage, à Alexandrie [TertuUien : de praescr. 41 ; de psenit, 6, 1 ; Origène : in Levit hom., iX, 10; XIII, 3... ; Canons dits d'Hippolyte]. La discipline de l'arcane est une méthode catéchétique, rien de plus ; elle disparaîtra au début du v» siècle [Batiffol : Éludes d'histoire et de théologie positive, l, 1902, 1].
Les progrès de cette organisation disciplinaire, ecclésiastique, se font sentir même dans le développement des arts. Le souple symbolisme de l'époque primitive se précise curieusement : on dirait d'un véritable alphabet figuré. Dans « le cimetière » [voir infra, p. 227], sur la voie Appienne, on couvre de fresques savantes, vers l'an 200, les chambres qu'on appelle aujourd'hui les Chambres des Sacrements. On en compte cinq, près de la crypte papale; deux seulement ont conservé la plus grande partie de leurs peintures : ce sont des groupes allégoriques « reliés jusqu'à former toute une chaîne dogmatique ». Le rocher que frappe Moïse, c'est Jésus [I Cor., 10,4] d'où jaillit l'eau baptismale. Le personnage qui étend la main au-dessus d'un pain et d'un poisson posés sur un trépied, c'est Jésus qui opère la multiplication des pains, ou le prêtre qui consacre le pain mystique. Le repas des sept disciples au bord du lac Tibériade, c'est le banquet eucharistique. Jonas et Lazare figurent la résurrection de l'àme qu'a lavée le baptême et nourrie l'eucharistie. — [Ces symboles fondamentaux ont quelques équivalents : le sacrifice d'Abraham figure le sacrifice de Jésus : le vase de lait du Pasteur, le poisson [on sait que le mot grec qui signifie poisson, '-X^'^^ est formé des initiales des mots grecs qui signifient Jésus-Christ Fils de Dieu, Sauveur, 'It,(7oO<; /^ptaTÔ; 6£où uto; <soi-r,p : ce symbole date du II* siècle, vient peut-être d'Alexandrie] figurent l'Eucha-
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martyre qu'on glorifie, non sans recommander la prudence en temps de persécution ; on prêche la clémence à l'endroit des pécheurs : à plusieurs reprises, l'auteur anonyme adjure énergiquement lévêque d'accueillir le pécheur repentant.
Il est à croire que, dans les autres Eglises, pareil travail s'accomplit, que la discipline se définit, que l'organisation se précise. A Rome, à la même époque, on voit, en effet, que ces questions sont à l'ordre du jour. On s'occupe de tenir registre de la succession des évêques^ Calliste modère la rigueur de la pénitence :
ristie. Parfois les symboles se combinent (on voit les sept corbeilles autour du trépied qui porte le poisson et le pain ; on dessine le poisson au milieu de Teau baptismale). Parfois ils sont précédés de l'image du Christ et de la Samaritaine, figure de l'enseignement chrétien. Les décorateurs de nos cathédrales retrouveront l'inspiration qui animait les peintres de ces fresques. — Voir Pératé et Wilpert : op. la.ud.
* Ainsi naît l'histoire chrétienne. Irénée insère dans son livre, 11,31, un catalogue des évèques de Rome; Tertullien, le canon de Muratori, l'adversaire d"Artémon datent les événements par les noms des papes [Prsescr., 30 ; Eusèbe, V, 28,3]; enfin, c'était la coutume romaine de dater les événements par le nom des consuls. Le catalogue pontifical copié par Irénée — et sans doute aussi par Epiphane, XXVII, 6 — a été vraisemblablement rédigé sous Anicet, vers 16u, par Hégésippe [Eusèbe, IV, i'2, 3; Grapin. I, 456] —Un homme travaille à recueillir et à utiliser ces listes épiscopales : il a vraiment droit au titre de père de l'histoire chrétienne ; c'est le judéo-chrétien Hégésippe, né en Palestine et qui a séjourné à Rome depuis Anicet jusqu'à Éleuthère [loo- 190] : il semble avoir connu l'hébreu et l'araméen. Ses Mémoires, 'Y-roavr^aa-a, étaient divisés en cinq livres ; il y avait recueilli la suite des évèques « pour s'assurer qu'il y a dans chaque Eglise, ou plutôt dans les principales d'entre elles, une continuité absolue entre l'enseignement des apôtres fondateurs et celui des évèques contemporains » (Duchesnej. Eusèbe s'en est beaucoup
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il décrète que les chrétiens coupables de fornication ou d'adultère pourront être réadmis à la communion ecclésiastique, la pénitence publique une fois accomplie ; car l'Eglise a le pouvoir de remettre les péchés. Plus tard, il étend cette indulgente disposition à ceux mcm.e qui ont été excommuniés pour meurtre; il rend ainsi la communion à tous les pénitents, réserve faite des apostats ^ 11 se décide encore à adoucir la discipline
servi. Voir tome H. p. 236-238. — De cet ouvrage fondamental, il faut rapprocher deux autres : la Chronique d'Hippolyte [éditée par Bauer, 1905] [voir les adaptations latines dites Liber çienerationis et le Chronicon alexandrinum lou liarbarus Scaligeri)]. qui est une encyclopédie historico-géop:raphique à l'usage d'un chrétien : la Chronique anonyme qui passera dans le catalogue libérien [Harnack : Chron., 180: Bardenhewer, I, 483; Funk : Kirch. Abh., 1. 373; Dannreuther : bu lémoif/nage d'IIégésippe... 1878, Nancy; d'Alés : Théologie d'Jlippolijle, 158 : Overbeck : Die Bischofslisten und die apostoliche Xac/tfolf/e in der KG des Eusebius, Bàle, 1898; voir ilarnack dans TheoL Littzeit, XXIII (1898),
' VoirDuchesne.I, 316sq.; Batiffol, Études d'hisf. et Ihéol.pos., I. 69. Malgré les rigoristes, Hermas a défendu et fait triompher à Rome le principe du droit au pardon ; Denys, évèque de Gorinthe vers 170, représente les mêmes idées, et aussi Tertuliien. La pénitence, dit celui-ci, doit se manifester par une confession, £:o;jLo).oyT,7'.; [de pœnit, IX. 1-2], qui sera publique, humiliante, fatigante, mais aussi qui satisfera à la justice de Dieu ; du reste, on ne peut faire pénitence qu'une fois et il faut ajouter que, pour trois cas, idolâtrie, adultère, homicide, l'Église n'absout pas : elle réserve l'absolution à Dieu et condamne le coupable à la pénitence perpétuelle [voir Irénée, I, 13,5]. La conscience chrétienne, qui déjà avec Ilermas évoluait vers l'indulgence, qui multiplie dans les catacombes l'image du Bon Pasteur, continue, avec Galliste, d'avancer dans cette voie.
Le de pudicitia de Tertuliien est une véhémente riposte àl'édit d'indulgence de Galliste : noter que Galliste déclarait remettre lui-même le péché, [il s'appuyait sur les fameuses paroles du Christ [tibi dedi claves regni cœlestis...)] et qu'il dispensait levé-
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sur plusieurs autres points : il facilite le retour à l'Église des hérétiques et schismatiques, il admet aux degrés
que coupable de la pénitence publique. Voir P. de Labriolle : de pœnilentia et de piidicitia. texte et traduction. Paris, llOG. [C'est Corneille qui recevra les apostats à la communion]. — Esser : Die Bussschriften TertulUans de Paenitentia et de Pudicilia and das Indidgenzedict des Pcipstes Kalltstus..., Bonn, iW), prétend à tort que Calliste n'a innové en rien. Voir encore Rollfs : Das Indalgenz-Edikt des rOm. Bis. Kallist, Leipzig, 1893. [Texte und Unt., XI, 3]: Koch : Die Siindenvei'Qebung bel Ivenâus [Ztft. f. ncut.. Wiss., 1908, 47]; Vacandard : La Confession sacramentelle dans l'Éf/lisepriinitive; La pénitence publique dans l'Église primitive, Paris, 1903 : Koch : Die Busserentlassung in der Abendlandischen Kirche [Theol. Quart., 1900, 481]; d'Alès : Le Limen Ecclesiae [R. II. E., 1U06, 16] ; Sweete : Penitential discipline in t/ie tliree first centuries [Journ. theol. Stud., 1903. 321]. Cette mitigation de la discipline ne doit pas faire croire que la ferveur chrétienne soit moins grande qu'autrefois : sans parler ici des martyrs (voir p. 2'io. n.i, qu'il suffise de citer quelques épitaphes de ce temps, tout ensemble émouvantes et charmantes. Voici les six premiers vers de l'épitaphe de Pectorius, trouvée à Autun en 1839 : « 0 race divine de l'Ichtys céleste, reçois avec un cœur plein de respect la vie immortelle, parmi les mortels ; rajeunis ton àme, ami, dans les eaux divines, par les flots éternels de la Sophie qui donne les trésors. Reçois l'aliment doux comme le miel du Sauveur des Saints ; mange à ta faim et bois à ta soif, tu tiens l'Ichtys dans les paumes de tes mains ». — Et voici lépitaphe d'Aberkios, évèque de Iliérapolis : « Citoyen d'une ville distinguée, j'ai fait ce monument de mon vivant, afin d'y avoir un jour une place pour mon corps. Mon nom est Aberkios : je suis le disciple d'un Pasteur qui pait ses troupeaux de brebis par monts et par plaines, qui a des yeux très grands qui voient tout. C'est lui qui m'a enseigné les Écritures fidèles. C'est lui qui m'envoya à Rome contempler la (cité) souveraine et voir la reine aux vêtements d'or et aux chaussures d'or. Je vis là un peuple qui porte un sceau brillant. J'ai vu aussi la plaine de Syrie et toutes les villes, ^Msibe au delà de l'Euphrate. Partout j'ai eu des confrères. J'avais Paul pour compagnon. La foi partout me conduisait; partout, elle m'a servi un poisson de source, très grand, pur, péché par une Vierge pure : elle le donnait sans cesse à manger aux amis; elle a un vin délicieux