‹ Le christianisme primitifChapitre 70 sur 77 · LA PROPRIETE ECCLESIASTIQUE · texte numérisé non relu

LA PROPRIETE ECCLESIASTIQUE

fidèles se sont réunis jusquà ce jour dans les domaines funéraires de leurs frères les plus riches, à la catacoinbe de Priscille ou à la catacombe de Domitille ; or, au temps de Zéphyrin, l'Eglise romaine devient ellemême propriétaire, elle acquiert des domaines, sans doute par la libéralité des fidèles : elle organise sur la Voie Appia une vaste nécropole où elle célèbre les mystères, où elle réunit ses assemblées, où elle enterre ses défunts. Cest « le cimetière » qui portera bientôt le nom de Calliste, son organisateur ^ La propriété ecclésiastique ainsi constituée, c'est le diacre qui l'administre : son influence s'accroît de l'importance des biens dont il a la gestion. L'autorisation que Septime Sévère donne aux provinciaux de constituer des « collèges funéraires » capables de posséder est utilisée, selon toute vraisemblance, par les communautés éparses. L'Église s'enracine sur terre; elle révèle sa force de résistance et ses moyens d'action; mais, par là même que son influence se diversifie et s'étend, elle s'expose davantage à subir la réaction de

' D"aprè5 Duchesne, cest au cimetière de Priscille, sur la voie Salara, que l'église romaine avait son centre jusqu'à ce moment, et depuis l'origine. — « Vers le même temps, « un adorateur du Verbe » donna « à l'Eglise sainte » de Césarée de Mauritanie '( une aire pour les sépultures » avec une « cella 'chapellei construite à ses frais » pour les réunions. Un autre chrétien de la même ville agrandit ce champ des tombeaux en y joignant un second terrain « pour tous les frères » [C. I. L., Ylil, 9583, 9386; de Rossi : Roma sotter, I, 106; Bull., 1864, 28]. L'église de Carthage parait avoir eu aussi à cette époque des terrains funéraires [TertuUien : ad Scap. 3]. » Allard : Le Christianisme et l'empire romain, p. 78.

ce monde dont elle veut transformer l'àme. Des intérêts matériels s'enlacent aux intérêts spirituels : solidarité redoutable qui affermit la prise de ri']glise sur le monde, mais qui donne prise au monde sur l'I^^glise.

Ainsi donc, tandis que les théologiens répètent avec plus ou moins de bonheur les formules où saint Irénée a concilié la science et la foi, l'Eglise resserre son organisation, fixe son canon, régularise sa discipline, organise sa propriété, commence d'écrire son histoire : il se produit à ce moment une merveilleuse concentration des forces chrétiennes. Il semble qu'un orage menace l'horizon et barre l'avenir : n'est-ce pas le Paganisme qui découvre l'ennemi intime grandi dans son sein, et qui veut l'étouffer tandis qu'il en est temps encore ?

Longtemps inconnu, confondu avec les religions venues de l'Orient, voici que le Christianisme, en effet, se révèle au monde romain et s'impose à l'attention générale : au premier quart du iii^ siècle, la question chrétienne est la grande question qui occupe et les philosophes et les politiques. L'indifférence sereine des penseurs païens est ébranlée peu à peu parles apologistes de l'école de Justin, par des publicistes comme Tertullien ou Minucius Félix, par des philosophes religieux comme Clément d'Alexandrie. Lorsqu'un inconnu écrit à Diognète pour lui faire

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