‹ Le christianisme primitifChapitre 72 sur 77 · L EGLI-E ET L EMPIRE · texte numérisé non relu

L EGLI-E ET L EMPIRE

voir les consciences grecques, à les conduire à lÉvangile ^

* Le grand ouvrage que projetait Clément devait comprendre trois parties. L'ne première s'adressait aux païens pour les détacher du Paganisme et les amener au Christianisme ; une deuxième prenait le néophyte au sortir du baptême pour l'initier à la vraie vie chrétienne en laffranchissant des vices et des passions, restes impurs du Paganisme: dans la troisième enfin, ce païen devenu chrétien et guéri de ses vices devait recevoir les plus hauts enseignements du Christianisme. De cet ouvrage, nous ne possédons sûrement que les deux premières parties, le nzo-.zt-'.'./.r»; et le lia'.oaYOjvô;; : les Stromates ne nous donnent quincomplètement la troisième. Clément était né païen, sans doute à Athènes, vers ioù : après de nombreux voyages, il se fixe à Alexandrie et prend la direction d'une école de philosophie officiellement entretenue par l'église locale : on appelle cette école catéchétique le dklascalée. Elle a été fondée au cours du ii« siècle afin de lutter contre les Gnostiques ; son premier chef fut un stoïcien converti, nommé Pantène, qui avait peut-être été en Inde. C'est à lui que Clément succéda ; avec lui l'Ecole d'Alexandrie entre dans l'histoire générale; c'est par là que le Christianisme agit directement sur la pensée païenne : d'où le >'éo-Platonisme, — L'exhortation date de 190; et Clément est mort vers 21o. Sur le Quis dives salvetuv, dont on ignore la date, voir supra, p. 164. n. Sur les ouvrages perdus de Clément, voir Harnack : I, ^06; Bernard : The bihlical Texte of C. ion Al., Cambridge, 189'J.

Clément est « à la fois profondément chrétien et résolument philosophe » : comme Irénée, il fait une grande place à la Tradition, il attaque la fausse gnose et place la foi à la base de cette vraie gnose qu'il veut construire. Mais la règle de foi ecclésiastique n'est pas pour lui le guide qu'il faut étroitement suivre et le cadre que doit remplir la spéculation. Bien qu'il ait parfois des mots durs à l'endroit de la philosophie grecque (Platon, Pythagore) et des sciences, il subit leur prestige et raille ceux qui en ont peur : peut-être a-t-il combattu indirectement Irénée [voir mon histoire dlrénée, Lecoffre, p. 182, note 1]. Bien qu'il admette l'égalité foncière de tous les chrétiens que le baptême a régénérés, il distingue, en fait, des chrétiens parfaits, les petits enfants, vr^-'.o'., qui n'ont pas su faire fructifier par la pensée et l'étude le don divin qu'ils ont reçu : le Christ est pour

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Mais, plus que tous ces livres, ce sont les progrès des Eglises qui leniement ouvrent les yeux des empereurs et des hommes d'Etat : la Révolution Religieuse risque de se transformer en un mouvement de conquête chrétienne. Ledit de Néron condamnant les chrétiens

lui le révélateur très bon, plutôt que le Rédempteur qui rachète et donne Dieu. Lincarnation n'est i)lus le centre de sa pensée, comme elle est le centre de la pensée d'irénée. [J'ajoute que son Dieu transcendant touche à l'abstraction et sa Trinité au modalisme ; sa théorie du péché annihile linfluence du péché d'Adam ; sa théorie de l'humanité de Jésus frise le docétisme; sa théorie de la vertu s'ins|)ire des Stoïciens et de IMaton pour l'unir étroitement à l'apathie et à la connaissance. Sa morale, telle du moins qu'elle nous apparaît, est constituée par un ensemble de prohibitions et de purifications : les prescrij)tions positives y sont rares] — Voir de Paye : Clément cl' Alexandrie, Taris. 189S ; Aal : dev Lofjos, Geschicliie seiner Enlwicklunf/, tome II, 1899 ; Anrich : Klemens uml Origenesals Def/riinder der Lehie von fef/fetier, J9Ui, Tiibingen; Ernesti : Die Elhi/c des T. Flav. Klemens von Alexandrien, Paderborn, 1900: Capitaine : Die Moral des Clem. von AL, 1903, Paderborn ; Wagner : Der Christ und die Welt hacli Cl. von Al., 1£03, Gôttingen ; Gabrielson : l'eber die Quellen des Clemens Alexandriniis. Leipzig. l'JUG. Voir les encyclopédies et les ouvrages généraux.

[Lire le texte dans la P. G.. 8 et 9. et dans le Corpus de Berlin, édition Stahlin, 2 vol., 190d-19UG.]

De Clément d'Alexandrie on peut rapprocher Bardesane, né en 154 à Edesse. mort en 22:2 : c'est un philosophe chrétien de Syrie dont la doctrine n'est pas encore très sûrement fixée. ISé païen, élevé avec Abgar fils de Manou IV, il se convertit en 179: peut-être a-t-il été d'abord chrétien valentinien avant d'être chrétien catholique. Il a composé de nombreux ouvrages en syriaque, des Dialogues contre Marcion, un Traité du destin, luO Hymnes, des livres sur l'Inde et sur l'Arménie, enfin le Dialogue des Lois des Pays [édité et traduit en français par Nau. Paris, 1899], qui étudie l'origine du mal. C'est « une œuvre de transition entre le paganisme chaldéen et le christianisme», encore toute pénétrée d'astrologie.

Sur l'attitude des Sévères, voir tome II. 64-66 ; et noter qu'Hippolyte adresse à Mammée son traité de la résurrection.

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