‹ Le christianisme primitifChapitre 73 sur 77 · LES HÉSITATIONS DE LEMPIRE · texte numérisé non relu

LES HÉSITATIONS DE LEMPIRE

comme une secte anti-sociale et ennemie du genre humain ; les ordres donnés par Domitien lorsqu'il veut soumettre à l'impôt exigé des Juifs tous ceux qui mènent lace vie juive», toutes ces mesures ont été vite oubliées comme les autres fantaisies monstrueuses de ces fous couronnés. La preuve en est l'embarras des gouverneurs consciencieux chaque fois que la foule haineuse traîne un chrétien à leur tribunal. Pline s'adresse à Trajan^; Licinius Granianus recourt à Hadrien-. Les empereurs sont embarrassés; il est clair qu'on les ennuie ; ils ne comprennent rien à la fureur qui pousse leurs sujets contre de pauvres illuminés. Ils veulent qu'on se méfie grandement de l'attitude du peuple : défense de tenir aucun compte des dénonciations anonymes ; ordre de laisser en paix ceux qu'on accuse d'être chrétiens et qui assurent ne l'être pas ; veiller à ce que « les calomniateurs ne prennent pas prétexte (du Christianisme; pour exercer leur brigandage ». Quant aux chrétiens avérés, qu'on les laisse en paix ; ceux qui sont dénoncés seront punis, dit Trajan ; ils seront punis, dit Hadrien, ce s'ils ont ad en quelque chose contrairement aux lois ». La profession de Christianisme ne suffit donc plus, maintenant, à fonder une condamnation ; à douze ans de distance, lempire se contredit ; c'est qu'il n'a pas de politique. Ou plutôt, sa politique est de laisser en paix cette poignée

* En 112.

- Vers 125.

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d'hallucinés qui se réclament du Christ ^ : sa législation est orientée non contre les chrétiens, mais contre leurs ennemis, la foule anonyme qui les hait. La foule païenne, vuilà le véritable accusateur qui traîne à la mort saint Polycarpe et les martyrs de Symrne, saint Pothin et les martyrs de Lyon, saint Speratus et les martyrs de Scillium -. A la longue^ pourtant, l'Etat romain

* Voir la fin de la note de la page 232. Dans son traité de la Vérité, Meliton de Sardes fait des avances à l'état romain, lui ])ropose de faire régner la vérité, et semble escompter sa conversion [Renan : Marc Aurèle, 187, 280].

* Les textes posent un difficile problème. Les uns disent clairement et formellement que les chrétiens sont poursuivis en tant que chrétiens et parce que chrétiens [I Pétri, 4, io; Tertullien : ad nationes, I, 3; Apolog., 2; martyre de Justin: rescrit de Pline à Trajan]. Les autres montrent ([ue des chrétiens, connus en tant que tels, ne sont pas inquiétés [rescrit de Hadrien à ^linucius Fundanus; silence des Apologistes; visites des chrétiens à leurs frères empris(tnnés ; répartition géographique des persécutions]. Peut-être y eut-il une loi de Néron [institut um neronianum : Suétone : Sero, 16; I Pet.^ proscrivant les chrétiens en tant que tels : parce qu'elle émanait de Néron et parce que les magistrats constataient l'inanité des calomnies populaires et la vertu des chrétiens, elle tendait à tomber dans l'oubli. Les édils rendus contre les Juifs ont bien vite été périmés.

J'imagine que les martyrs des deux premiers siècles ont été victimes de crises locales : une passion individuelle (Crescens et saint Justin) ou collective (intrigue juive : Polycarpe) mettait en mouvement la haine du peuple. Alors le magistrat sévissait, s'il le voulait, en vertu du Jus coercendi. — Noter que l'absence d'une loi punissant le Christianisme en tant que tel n'aurait pas empêché les chrétiens d'avoir à vivre dans l'attente du martyre : on pouvait facilement les mettre en demeure de sacrifier au génie de César i Polycarpe) : l'Apocalypse semble viser le culte de Rome et d'Auguste.

[Pour Mommsen, la profession du Christianisme pouvait être considérée comme crime de lèse-majesté; et certains magistrats l'auraient considérée comme telle. Callewaert soutient la théorie

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