PERSECUTIONS LOCALES
apprend à connaître l'organisation redoutable que forment les chrétiens : sa politique évolue ; après avoir contenu les passions de la foule, le voici qui les épouse. La« Révolution Religieuse» dégénère effectivement en un mouvement de « conquête chrétienne » ; et l'empire prend peur.
des lois exceptionnelles, de concert avec Paul Allard et Guérin. Voir H. Doulcet : Essai sur les rapports de l'Église chrétienne avec l'Etat romain pendant les trois premiers siècles. Paris 1882; Allard : Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, 1903, 3« édition, Paris; les articles de Callewaert dans la Revue d'histoire ecclésiastique ide Louvaim, 1901, 771; 1902, 5, 324, GOi : dans la Revue d'histoire et de litt. relig., 1903; et dans la Revue des questions historiques, tome LXXIV, p. 28 et tome LXXVl, p. 5; Linsenmayer : Die Bekdmpfung des Christenturns durch den rômischen Sfaat bis zum Tode des Kaisers Julian, Mûnchen. 1905: >'eumann : Der rômische Staat und die Allgemeine Kirche bis auf Diocletian, I (seul parui, Leipzig. 1890. — Sur la thèse contraire, voir Mommsen : Religionsfrevel nach rôm. Recht dans Ihist. Zeitsclirift, IS'JS, 421, et son Droit criminel, dont la traduction française parDuquesne vient de paraître, 1907]. Voir encore Augar : Die Frau im rômischen Oiristenprocess , Leipzig, 1905 [R. H. E., 1906. 833]; Harnack : Der Vorwurf des Atheismus in den drei ersten Jahrhunderten, Leipzig, 1905 [R. H. E., 1906, 835] ; Conrat : Die Christenverfolgungen im rœm. Reiche von ^tandpunkte des Juristen, Leipzig, 1897; Weiss : Christenverfolgungen. Geschichle ihrer Ursachen im Romerreiche, 1899 ; Leclercq : article Accusat'ions contré les chrétens, dans Cabrol. Le pape ïélesphore subit le martyre on ne sait dans quelles circonstances. >'ous avons les relations authentiques des martyres de saint Polycarpe à Smyrne, 155 [Ruinart, 1859, 82 ; ou Lightfoot : Tke apost. Fakers, II, 2, 2, 947]. de saint Pothin à Lyon, en 177 [Eusèbe, V, 1-3], de saint Speratus à Scillium "lÀIgérie) en 180 "Robinson : The Passion of 6'. Perpétua, Cambridge, 1891 : l'auteur est sans doute TertuUien, d'après d'Alès], de saint Justin [P. G., 6, 1565]. On trouvera une traduction française de ces textes dans Leclercq : Les Martyrs, I, 1902 ; Les Temps Néroniens et le second siècle, Paris ; on y lira encore les actes d'Apollonius, martyrisé à Rome vers 183. [R. H. E., 1901, 557 .
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Mais avant de franchir le seuil de cette nouvelle histoire, il convient de montrer quelles résistances ont tenté darrèter IKorlise dans son évolution vers l'avenir. Cette organisation, chaque jour plus précise et plus forte, du royaume de Dieu sur la terre froisse certaines àmes^ : elle leur scmhlc incompatible avec la liberté spirituelle que Jésus a apportée au monde ; elle leur semble surtout contraire à l'espérance qui a fait frémir d'un frisson sacré les premières générations de fidèles. LEglise s'organise en vue de l'avenir ; doit-elle donc durer longtemps ? faut-il donc cesser de croire que Jésus va bientôt paraître à la tête de l'armée des Anges et fonder sur les ruines des nations perverses le royaume de son Père Céleste ? La révolte de ces âmes, en qui fermentent les traditions apocalyptiques-, et qui ne veulent pas de l'adaptation de la vie chrétienne à la vie humaine, et qui attendent d'une brusque révolution accomplie par Jésus et non d'un long développement dû à la collaboration des hommes et de Dieu l'accomplissement de l'œuvre divine, voilà ce qui fait l'importance duMontanisme.
* Sur cette crise capitale de Tàme chrétienne, consulter Ch. Guignebert : Tertullien, Etude sur ses sentiments à Végard de l'empire et de la société civile, Paris, 1901. La foi apocalyptique d'irénée est plus vive encore dans 1 ame du disciple que dans Tàme du maître : elle le jette dans le mouvement montaniste, elle l'oppose nécessairement à l'empire et à la société civile. Mais, en rompant avec le Montanisme et l'apocalyptisme, l'Eglise n'a pas renié le Christianisme véritable: au contraire,^ elle a sauvé, en l'épurant, la tradition de Moïse, des Prophètes, des livres sapientiaux et de Jésus. Voir t. II, passim.
- Sur ces traditions, qui supportent le Montanisme, voir supra p. 129-133. n., t. II, p. 83, 88-97.
LA REACTION MONTAMS-^E 237
(( Sous le proconsulat de Gralus, un néophyte du bourg d'Arbadau, dans la Mysie Phrygienne, nommé Montanus, commença » de prophétiser que les temps étaient proches et que la Jérusalem céleste allait descendre; il avait des extases et on le tenait partout pour un inspiré. Lui-même se disait être le Paraclet : Dieu venait en sa personne vers les chrétiens pour les rassembler en un seul troupeau, créer une communauté centrale qui, séparée du monde, se préparerait à l'avènement du Fils de l'Homme ^ Deux femmes, Priscilla et Maximilla, s attachèrent à lui ; d autres peutêtre vinrent seconder leurs efforts. Tous annonçaient l'endroit précis où les cieux devaient s'ouvrir : c'était la plaine qui séparait les deux petites villes de Pepuza et de Tymium en Phr\ gie, un peu au nord de la haute vallée du Méandre. Les inspirés et leurs adeptes s'y transportèrent. Dans Lattente du grand jour, il ne pouvait plus être question des jouissances de ce monde : le mariage fut réprouvé, les biens mis en commun ; des bureaux furent établis pour régler les liquidations de fortune, — ce qui fit courir des bruits fâcheux sur le désintéressement des prophètes. — Les voyants de Pépuze escomptèrent bientôt les jouissances de la Jérusalem céleste; on les vit porter de beaux habits, se baigner, se farder, jouer aux dés, prêtera intérêt. Mais
' Hippolyte [in Dan., IV, 18] raconte qu' « un évèque syrien emmena au désert, à la rencontre du Christ, une grande foule de chrétiens, hommes, femmes et enfants. Les malheureux finirent par être arrêtés comme brigands » [Duchesne, I, 271, n. IJ. On connaît quelques autres faits analogues.
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ceux qui s'apercevaient de ces choses n'étaient pas de la secte ; les vrais monlanistes croyaient tout et ne voyaient en ce monde que les miracles de leurs prophètes ; ils avaient d'ailleurs l'esprit tendu vers la révélation toujours prochaine du royaume de Dieu.
Cependant les chefs ecclésiastiques ne tardèrent pas à s'émouvoir; ils tinrent des conciles au sujet des prophéties nouvelles. On reconnut que la doctrine des prophètes était conforme à l'enseignement de l'Église; leurs espérances n'avaient rien que de traditionnel ; mais leurs extases étaient inquiétantes : comment n'y pas voir des manifestations diaboliques? Deux évoques, Zoticus de Comane et Julien d'Apamée, se rendirent à Pépuze pour exorciser Maximilla : Thémison et ses autres amis s'y opposèrent. L'évéque Sotas d'Anchiale en ïhrace fit avec aussi peu de succès une démarche semblable auprès de Priscilla.
Le bruit des prophéties se répandait peu à peu. Au fond de leur prison, les martyrs de Lyon en entendent parler; Zéphyrin les accueille avec faveur; les espérances millénaires qui sommeillaient dans toutes les âmes — elles sont très puissantes encore chez saint Irénée — se réveillent avec une force étrange aux nouvelles venues d'Asie. Proculus prêche le Montanisme à Rome. Tertullien lui donne l'appui de son éloquence. Un peu partout les évêques doivent lui opposer d'incessantes réfutations : il est si doux de croire que le Christ va revenir bientôt ! Seulement, après une importante discussion de Caïus contre Proculus. TEolise romaine
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condamne Proculus et condamne le Montanisme avec lui. On finit par s'apercevoir, à la longue, que le monde durait toujours ; le ciel restait toujours fermé au-dessus de ïymium et de Pépuze. Maximilla avait annoncé que sa mort serait le signal de calaniités sans nom : elle mourut, et la paix continua de régner sur terre. Les fidèles comprirent que les gens s'étaient trompés et que le royaume de Dieu se ferait encore longtemps attendre ^
* Je résume ici, souvent dans les termes mêmes qu'il a employés, M»"' Duchesne : I, 270, sq. [Origines chrétiennes.'^. 228].
Les Montanistes, naturellement, insistaient sur certains aspects du culte et de la doctrine traditionnelle, qui favorisaient leur propagande et leurs espérances : indépendance des prophètes, nouvelle révélation de l'Esprit. — La condamnation du montanisme par Zéphyrin peut être approximativement datée de 211- 212 [Eusèbe, VI, 20: saint Jérôme : de viris, 59] : il continua de vivre en Afrique jusqu'à la fin du iv» siècle, en Asie jusqu'au w siècle, malgré les persécutions organisées par Constantin et par ïhéodose.
Voir Duchesne, loco citalo ; Bonwetsch': Die Geschichte des Montanismus, 1881 ; Belck : Gesch des Mont., 1883; Hilgenfeld : Kelzergesch, 1884; Ermoni : La crise montaniste [Revue quest. hist., 72, 1902, 61]: Atzberger : Gesch. der christ. Eschat.. 1896 : Gry : Le mille narisme..., 1904, Paris: Hefele-Leclercq. I, 1, 127; de Labriolle : La polémique antimontaniste contre la prophétie extatique [R. H. L. R., 1906. 97]: Weinel : Die Wirlaingen des Geistes und der Geister in nachapostolischer Zeitalter bis auf Irenaeus, 1899, Freiburg. — On trouvera dans saint Epiphane [Pa~ narion, II, 28 (48). 29 (49). Œhler : Corpus hœreseologicum, 11,2, 9-43] le texte authentique de huit oracles montanistes.
Avertissement