‹ Le Cid, d'après de nouveaux documentsChapitre 21 sur 24 · IX1X · texte numérisé non relu

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commentaire, où on lit que le nulle mur désigne le peuple, les hautes tours , les nobles, les blancs créneaux , les sages paroles de ces nobles , le grand fleuve , le code , les clairs canaux, les juges etc. Comme Alpbonse-le-Savant avait trop de goût pour composer une pièce de cette nature, je serais porté à l’attribuer à un de ces alchimistes arabes dont ce roi aimait à s’entourer et qui travaillaient avec lui au grand œuvre. En effet, on lit entête de cette pièce: Paroles tT Alhagib alfaqui ; elle se donne donc elle-même pour une traduction d’un original arabe. Il est présumable qu’Àlphonse, qui savait assez d’arabe pour pouvoir traduire passablement de la simple prose , mais qui ne comprenait qu’imparfaitement la langue poétique, avait besoin d’assistance quand il en fut arrivé au poème qui se trouvait dans sa chronique Valencienne. Il en aura donc demandé l’interprétation à un des savants de sa cour. Malheureusement celui auquel il s'est adressé u’avait pas la moindre idée d’une œuvre poétique, de sorte qu’il a vu partout un sens caché et des allusions mystérieuses.

Au reste, le texte arabe de l’élégie Valencienne n’existe plus. Il est vrai que M. Pidal 1 a cru l’avoir retrouvé, non pas dans un manuscrit arabe, ni même dans un exemplaire de la Cronica general, mais dans une espèce d’histoire universelle en six volumes in-folio, composée par Juan Fernandez de Ercdia. Le manuscrit de cet ouvrage, qui a été copié à Avignon, dans l’année 1385, et qui se trouve dans la Bibliothèque du duc d’Osuna , contient , outre le texte espa-

1) Voyez le Cancioncro de Baôna , que cet écrivain a publié en 1851, p i.vm et lxxxiv.

gnol de l’élégie Valencienne , un texte arabe écrit en caractères ordinaires. M. Pidal l’a publié; il a pensé que c’était la rédaction originale de l’élégie , et il a considéré celle-ci comme un poème populaire

Au premier abord, j’en conviens, j’étais fort porté à adopter cette opinion, car l’existence du texte original de l’élégie valencienne serait une nouvelle preuve que le récit de la Cronica general est bien réellement une traduction d’une chronique arabe. Mais en y regardant de plus près, j’ai dû changer d’avis. Le texte que M. Pidal a publié ne peut pas être du XI 0 siècle. Ce texte fourmille de barbarismes et de solécismes (on y trouve, par exemple, au lieu du pronom possessif), et quoique les Arabes d’Espagne se soient permis certaines licences dans leurs poésies populaires , comme le prouvent celles que donne Maccarî, rien ne nous autorise cependant à penser qu’ils aient poussé aussi loin le mépris

l) J’ignore comment M, Pidal a pu m’accuser d’avoir nié que les Arabes d’Espagne aient eu une poésie populaire. Dans le passage qu’il attaque, je nommais les muwaschaha. Or, les mowaschaha appartiennent à la poésie populaire ; ce sont des pièces que l'on ne cite pas dans un livre sérieux, comme dit Abd-al-wâhid (p. 63). Quant à la question principale, celle de savoir si la poésie arabe a eu de l’in&uencc sur la poésie espagnole et particulièrement sur les romances, après avoir lu ce que 18. Pidal dit à ce sujet, je ne puis que répéter ces paroles 'qui se trouvaient dan» ma première édition : « Nous considérons cette question comme tout à fait oiseuse; nous voudrions ne plus la voir débattue, quoique nous soyons convaincu qu’elle le sera pendant longtemps encore. A chacun son cheval de bataille!»

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des lois de la grammaire. Mais d’ailleurs, ce ne sont pas des vers; on n’y découvre pas de rimes, et M. Malo de Molina a observé avec raison que si les périodes de ce morceau étaient des vers, ces vers auraient une longueur démesurée et ne répondraient à aucun des mètres que nous connaissons. Je crois donc que ce morceau n’est autre chose qu’une traduction du texte espagnol, faite, vers la fin du XIV® siècle et à la prière d’Eredia, par un juif qui, grâce à ses voyages dans les pays musulmans , connaissait tant bien que mal le langage vulgaire que l’on parlait alors.

(Note pour la page 176.)

Cette date résulte de la lettre qu’Ibn-Tâhir écrivit en Çafar 487 (mars 1094), lorsqu'il était prisonnier dans le camp du Cid. Voyez plus haut, p. 11, 12. Ibn-Bassâm prétend qu’Ibn-Tâhir écrivit cette lettre en 488 ; mais dans cette circonstance, son témoignage n’a aucun poids. Cet auteur se trompe assez souvent quand il veut indiquer l’occasion et l’époque où les morceaux qu’il copie ont été composés; très-souvent ces indications n’ont aucune valeur parce que ce ne sont que des conjectures. Ici il nomme l’année 488, parce qu’il a cru quTbn-Tâhir fut jeté en prison après la prise de Valence, événement qu’il fixe à tort à l’année 488. Maintenant de deux choses l’une: ou Ibn-Bassâm a voulu dire qu’Ibn- Tâhir fut jeté en prison après la prise de Valence, c’est-àdire, après le mois de Djomâdà I er 487, et alors il est évident qu’il se trompe, car Djomâdâ I er est le cinquième mois de l’année, et la lettre porte la date: «milieu de Çafar,» qui est le deuxième mois ; ou bien Ibn-Bassâm a eu réellement

en vue l’année 488, mais dans ce cas on peut objecter qu’aucun autre auteur ne parle d’une captivité d’Ibn-Tâhir à cette époque ; nous ne voyons pas d’ailleurs pourquoi le Cid , alors qu’il était déjà maître de Valence, aurait emprisonné Ibn-Tâhir; enfin, la lettre elle-même ne donne nullement à entendre que Valence fût alors au pouvoir du Cid. J’ai donc cru devoir rapporter cette lettre à la captivité d’Ibn- Tâhir dont parle l’auteur valencien contemporain.

(Note pour la page 182.)

Cronica general: « É estavan asî de la manera que dezien estos versos que estavan en aravigo que fizo Albataxi: Si fuere â diestro, matarme lia cl aguaducho; é si fuere â siniestro , matarme ha el leon , é si quisiere tomar atras , quemar me ha el fuego.» Cron. del Cid (ch. 187): «que estavau hy como dize el Philosopho en el Proverbio: Si fuere â diestro, matarme ha el aguaducho; é si fuere â sinistro, comerme ha el leon ; é si fuere adelante , moriré en la mar ; é si quisiere tornar atras, quemarme ha el fuego.» Il va sans dire que la troisième phrase a été omise par erreur dans la General.

M. Hubcr semble croire que ces vers ont été composés à cette occasion (voyez son Introduction , p. lxii , dans la note) ; mais le rédacteur de la Cron. del Cid a très-bien vu qu’ils sont proverbiaux, et, par conséquent, plus anciens que le récit valencien. L’ancien poète est nommé dans la General , mais nous ne connaissons point de poète du nom d’Albataxi, et comme je n’ai pas trouvé ces vers ailleurs, je dois me borner à une conjecture. Des vers qui sont devenus prover-

biaux, doivent avoir un poète célèbre pour auteur; je propose donc de lire Alhatari , c’est-à-dire, al-Bohtorî, ^

C’est, comme on sait, le nom d'un célèbre poète qui florissait dans la seconde moitié du VIII e siècle. Dans cette supposition , l’a: au lieu du r , serait une faute de copiste , et Alphonse, qui d’ordinaire ne rend pas Y h (»L^u>- ..i\ Alenjaf, j Abenmacar) , aurait prononcé Alhatari avec

deux fath as, de même que l’ont fait d’Herbelot et d’autres 1 . Du reste , mes savants confrères à Saint-Pétersbourg ou à Paris, pourront décider si cette conjecture est fondée, car le Dhcân de Bohtorî se trouve aux bibliothèques de ces deux villes.

(Note pour la page 186.)

La Cronica general (fol. 333, col. 1) nomme ce personnage Aboegid. Nous avons vu plus haut (p. lxvi) que, dans cet ouvrage, Aboegib est une des altérations du nom d’Ibn- Tâhir; mais il ne peut être question ici de ce dernier, car nous avons vu qu’il était prisonnier auprès du Cid, et rien n’indique qu’il eût été mis en liberté. Aussi la Cron. del Cid (ch. 192) présente une tout autre leçon; elle porte Abenmoxiz, et elle parle de ce personnage comme s’il n’eût pas encore été question de lui («un Maure puissant de la ville qu’on nommait Abenmoxiz»), J’ai donc cru devoir la suivre ici. Moxiz est un nom propre fort rare, mais il existe; car Dhahabî ( MochtabiA , man. 325) dit, au mot :

l) D’Herbelol [Bakhteri) et Silvestre de Sacy ont même commis

une faute de plus , en prononçant z, au lieu de

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0 e ^ ur-*y— ^ 0rA*? u *^

l*i^t ^ jU£ 5 J Lo» iX*i>î. On ne peut

objecter contre cette explication, que la dernière lettre est un z et non x, car dans le mot { JmS> {bebalhanes , la porte de la couleuvre) la Cron. g en. rend aussi le (ji, qui se trouve à la fin du mot, par s.

XXVIH.

(Note pour la page 193.)

Dans le man. de Leyde d’Ibn-Khaldoun (fol. 27 r.) on lit (histoire de Valence): (XaWIj l^JLc wJ*j' j»3

^jjl) bj-IXî» Kx** «Les chrétiens

s’emparèrent de Valence dans l’année 489 et tuèrent Ibn- Djahhâf.» Dans son chapitre sur les rois chrétiens, Ibn- Khaldoun dit que ce fut le Campéador qui prit Valence, mais il y donne la même fausse date, 489 au lieu de 487. Les mots (9) et «:*» (7) sont confondus fort souvent par les copistes ; cependant il paraît qu’il ne faut pas mettre l'erreur sur le compte des copistes, mais sur celui d’Ibn- Khaldoun lui-même; car dans les deux endroits, les deux manuscrits de Paris présentent la même erreur que le manuscrit de Leyde.

Les Anales Toledanos I (Esp. sagr., t. XXIII, p. 385) sont plus exacts; ils donnent l’année 1094: «Priso Mio Cit Valencia, Era MCXXXII.»

La date précise est donnée par Ibn-al-Abbâr qui dit: un jeudi, vers la fin de Djomâdâ I er de l'année 487, c’est-àdire, le 28 de ce mois, qui répond au 15 juin. La Cronica general (fol. 325, col. 4) est d'accord avec Ibn-al-Abbâr pour

le mois (juin) et pour le jour (jeudi); mais elle diffère de lui pour ce qui concerne le quantième du mois, car elle dit: «jeudi, le dernier jour de juin, après la fête de Saint- Jean, que les Maures appellent Alhazaro.» (Il faut lire Alhâzaro, c’est-à-dire, Alhanzaro. manque dans nos dictionnai-

res , mais le renseignement est exact ; comparez Maccarî , t. If , p. 88). Ce passage donne lieu à deux observations : 1° le dernier jour de juin 1094 (lettre dominicale A) n’était pas un jeudi , mais un vendredi; si l’on voulait fixer, avec lbn-Bassâm, la reddition de Yalence à l’année arabe 488, c’est-à-dire, à l’année chrétienne 1095 (lettre dominicale G), le renseignement serait plus inexact encore, car le 30 juin 1095 tombe un samedi; 2° que signifie cette addition, «apres la Saint- Jean?» Si Valence se rendit le 30 juin, il est bien superflu d’ajouter: après le 24. Voici comment je crois devoir résoudre ces difficultés. Le traducteur espagnol aura trouvé dans son ouvrage arabe la même phrase qu’emploie Ibn-al-Abbûr: «jeudi, vers la lin de Djomâdâ I er .» Il aura calculé que Djomàdâ I er 487 répond au mois de juin 1094, ce qui est vrai à moitié; mais il n’aura pas calculé scrupuleusement ; il aura cru que la fin de Djomâdâ I er répond à la fin de juin , et voilà pourquoi il s’est trompé en voulant indiquer le quantième du mois. Quant à cette addition assez ridicule: «après la Saint- Jean que les Maures appellent Alhanzaro,» je crois qu’il faut l’attribuer à un bonhomme de copiste qui avait la démangeaison de montrer son savoir.

On ne saurait douter , du reste , que la Cronica n’ait emprunté au récit arabe la date qu’elle donne, car elle nomme (fol. 337, col. 2) l’année 1087. Cette fausse date ne se trouve dans aucun autre document chrétien ; mais n’est-il pas facile de reconnaître dans ce nombre 87, l’année arabe 487 P

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