IV. Le Triomphe du '' Cid
Rodrigue se rend aux sages conseils de son père; il part se battre contre les Maures, remporte sur eux une brillante victoire, et ramène deux de leurs rois captifs.
C'est maintenant que Chimène va de nouveau implorer le roi pour qu'il venge la mort de son père:
S'il a vaincu deux rois, il a tué mon père.
Elle ne peut pas nier qu'elle l'aime encore et l'admire plus que jamais depuis ses hauts faits:
Plus j'apprends son mérite, et plus mon feu s'augmente. Cependant mon devoir est toujours le plus fort, Et malgré mon amour va poursuivre sa mort.
Le roi de Castille, Don Fernand, consent à recevoir Rodrigue, qu'il n'a pas revu depuis qu'il a tué Don Gormas, le père de Chimène. Il le reçoit pour le complimenter du grand service qu'il a rendu, à lui d'abord, et à la Castille ensuite:
i8 LE CID
Pour te récompenser ma force est trop petite;
Et j'ai moins de pouvoir que tu n'as de mérite.
Mais les deux rois captifs feront ta récompense; Ils t'ont nommé tous deux leur Cid en ma présence.
Puisque Cid en leur langue est autant que seigneur,
Sois désormais le Cid.
Sur la demande du roi, Rodrigue lui fait le récit de sa brillante victoire.
" Sire, je partis donc avec cinq cents hommes sous mon commandement; mais des renforts me rejoignaient tout le long de la route, et en arrivant au port nous étions cinq mille.
"J'usai d'un stratagème; je cachai les deux tiers de mes hommes dans le fond des vaisseaux qui étaient dans le port, et le reste, dont le nombre augmentait à toute heure, se coucha par terre, et la garde fit de même.
"A la pleine mer nous aperçûmes trente voiles, et les Maures débarquèrent, tandis que les miens et moi, nous gardions le plus profond silence; ils coururent se jeter tout droit dans nos bras.
Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants.
" Les Maures se crurent d'abord perdus, et il y eut une mêlée terrible. Mais ils se rallièrent bientôt, et
La honte de mourir sans avoir combattu Arrête leur désordre et leur rend la vertu.
Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port, Sont des champs de carnage où triomphe la mort. Oh! combien d'actions, combien d'exploits célèbres Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres!
J'allais de tous côtés encourager les nôtres. Faire avancer les uns et soutenir les autres.
Enfin le jour parut, et les Maures, se voyant perdus,
Font retraite en tumulte, et sans considérer Si leurs rois avec eux peuvent se retirer.
Ces deux rois, aidés de quelques Maures, restés en arrière,
Disputent vaillamment et vendent bien leur vie.
Ils furent enfin obligés de se rendre,
Et le combat cessa faute de combattants."
Après ces hauts faits, le roi ne peut sacrifier un aussi vaillant sujet au ressentiment apparent de Chimène. Elle supplie alors le roi de faire revivre en sa faveur une ancienne coutume. Les cavaliers du roi combattront pour elle, et elle épousera le vainqueur si Rodrigue est puni. Le roi cède enfin à la condition que Rodrigue n'ait à se mesurer qu'avec un seul cavalier:
Choisis qui tu voudras, Chimène, et choisis bien; Mais après ce combat ne demande plus rien.
Chimène a choisi Don Sanche, qui aspire aussi à sa main. Le combat va avoir lieu, mais le roi, pour montrer qu'il n'y a consenti qu'à regret, n'y assistera pas et sa cour non plus. Un seul seigneur, Don Arias, restera pour surveiller le combat, et ramener au roi le vainqueur qui recevra Chimène de sa main.