‹ Le Cid et HoraceChapitre 5 sur 8 · RESUME A APPRENDRE PAR CŒUR · texte numérisé non relu

RESUME A APPRENDRE PAR CŒUR

Comme l'histoire de la plupart des pays, celle de Rome est enveloppée de légendes qui augmentent encore son prestige. Corneille a tiré d'une page de ces légendes, décrites par Tite Live, un vrai '* poème du patriotisme ". Albe et Rome, cités puissantes et voisines, se disputent le pouvoir. La lutte est arrivée à l'état aigu et la guerre est déclarée.

Les deux armées se trouvent en présence, mais au moment du combat, les guerriers se voient de part et d'autre contraints de massacrer leurs plus proches parents: frères, beaux-frères, cousins, amis, etc. Le cœur leur manque, et les chefs des deux armées ordonnent à leurs guerriers de suspendre les armes. Ils délibèrent, et il est décidé que les trois plus vaillants guerriers de chaque

cité combattront seuls pour l'honneur de leur ville. Les vaincus accepteront pour toujours la suprématie des vainqueurs.

Le sort tombe sur les trois Horaces pour Rome et les trois Curiaces pour Albe. Un des Horaces, vainqueur, survit seul et sauve l'honneur de Rome. Il est couvert de gloire et acclamé par tous, sauf par sa sœur Camille, fiancée de Curiace, qui le reçoit avec des imprécations en lui reprochant la mort de son fiancé. Horace, fijrieux de ce qu'il appelle le manque de patriotisme de sa sœur, la tue.

Le roi de Rome, Tullus Hostilius, ne le punit pourtant pas, parcequ'il a fait triompher Rome sur Albe.

RECIT I. Rivalité entre Rome et Albe

La Tragédie ^Horace est le second chef-d'œuvre de Pierre Corneille.

La scène ne nous découvre au début que tristesse et désolation. Albe, la vieille et puissante cité, s'est vue peu à peu envahir par Rome, sa jeune sœur, devenue sa rivale; elles ne peuvent posséder la puissance à un même degré, et il faut que l'une tombe devant l'autre. Laquelle sera-ce? C'est ce qu'une guerre seule décidera, et elle est déclarée.

Sabine, enfant d'Albe et femme du Romain Horace, est en proie à la douleur et à l'indécision. Doit-elle désirer le triomphe d'Albe, sa ville natale? Doit-elle désirer sa perte pour le triomphe de Rome, sa nouvelle patrie? Elle reflète les sentiments de la plupart des femmes à demi-romaines, à demi-albaines, qui se laissent conduire par leur cœur, et ne possèdent pas les fortes vertus civiques et guerrières de leurs pères, leurs frères, ou leurs maris.

Sabine se perd donc en lamentations, et se croit très brave d'être parvenue à cacher ses larmes. Elle devrait pourtant être joyeuse; elle est Romaine par son mariage avec Horace, et Rome ne

sait pas ce que c'est qu'une défaite; mais ses sentiments se traduisent malgré elle:

" Je suis Romaine, hélas ! puisque Horace est Romain,

mais je ne peux oublier Albe où je suis née:

Albe, où j'ai commencé de respirer le jour, Albe, mon cher pays et mon premier amour,

je crains autant ta victoire que ta perte. Mon chagrin ne peut pas trahir Rome, car de mes fenêtres je vois les deux armées.

Mes trois frères dans l'une, et mon mari dans l'autre,

et je ne puis m'empêcher de désirer que cette terrible guerre n'ait pas lieu. Puisque Rome est invincible et sûre de grandes conquêtes, qu'elle aille les faire au loin, et étendre sa renommée au delà des Pyrénées, en Orient, partout, plutôt que de s'enricher par la guerre civile.

. . . Arrête, et considère Que tu portes le fer dans le sein de ta mère.

Je croyais que j'étais Romaine avant tout; mais aujourd'hui qu'il faut

Qu'Albe devienne esclave ou que Rome succombe,

je sens toutes mes sympathies se tourner vers la ville qui sera vaincue, je serai du parti qu'affligera le sort."

Julie, l'amie de Sabine, l'écoute parler ainsi avec le plus profond étonnement " Quoi, lui dit-elle,

c'est ainsi que vous parlez, lorsque je vous croyais l'esprit tout romain; que n'êtes-vous comme votre belle-sœur Camille; ses sentiments ne sont pas indécis comme les vôtres et elle sait du moins cacher sa douleur."

" Si elle cache sa douleur, comme vous dites, c'est qu'elle a d'autres sujets de joie; la voici précisément, causez avec elle, et permettez que je cherche la solitude pour cacher mes soupirs."

" Croit-elle ma douleur moins vive que la sienne? dit Camille. Vous voyez en moi l'image du désespoir, et je n'ai pu goûter aucun repos depuis que je sais le malheur qui nous attend. Le jour même où je fus fiancée à mon cher Curiace, la guerre fut déclarée entre nos rois.

Un instant conclut notre hymen et la guerre, Fit naître notre espoir et le jeta par terre.

Ne pouvant contenir mon impatience, je suis allée consulter un oracle. Au pied du Mont Aventin demeure un Grec renommé, voué au culte d'Apollon; il ne s'est jamais trompé, et je lui ai demandé en tremblant ce que le sort nous réservait.

" Albe et Rome demain, m'a-t-il dit, prendront une autre face:

Tes vœux sont exaucés, elles auront la paix

Et tu seras unie avec ton Curiace,

Sans qu'aucun mauvais sort t'en sépare jamais."

Les oracles font toujours des réponses si ambiguës, qu'on peut les comprendre de différentes

manières. Nous verrons que celui-ci avait dit vrai à Camille, mais non dans le sens qu'elle croyait. Elle resta quelques heures sous l'heureuse impression qu'elle s'était faite à tort; "mais des rêves horribles, dit-elle:

Mille songes affreux, mille images sanglantes, Ou plutôt mille amas de carnage et d'horreur, M'ont arraché ma joie et rendu ma terreur.

Tout mon souci est revenu, et je sais que je dois pour toujours renoncer à mon cher Curiace. Je ne pourrai jamais donner le nom d'époux à un homme

Qui soit ou le vainqueur ou l'esclave de Rome.

Mais que vois-je? Voilà Curiace, comment n'est-il pas avec son armée? Quelles nouvelles nous apporte-t-il? Est-il vainqueur ou vaincu?"

" Rassurez-vous, Camille, vous pouvez revoir sans crainte un homme

Qui n'est ni le vainqueur ni l'esclave de Rome!"

L'impatience et l'anxiété de Camille ne lui donnent pas le temps d'écouter la fin:

" Je comprends, Curiace, vous vous êtes retiré du combat; vous m'aimez trop pour avoir voulu lever votre bras contre mon pays; ce n'est pas à moi de vous blâmer d'avoir trop d'amour pour moi. Mais avez-vous vu mon père? Lui, le type du patriotisme le plus parfait, tolère-t-il que vous entriez dans sa maison après avoir fui la bataille?

Ne préfère-t-il point l'État à sa famille?

Ne regarde-t-il point Rome plus que sa fille?

et est-ce comme gendre qu'il vous a reçu dans sa maison?"

" Il m'a vu comme gendre, avec une tendresse Qui témoignait assez une entière allégresse.

Mais vous ne me connaissez pas encore bien, chère Camille, si vous pouvez croire un instant que j'aie oublié mon devoir envers ma partie, même pour vous. Les sentiments que vous venez d'exprimer pour moi me sont plus chers que je ne puis le dire; pourtant, digne fille de votre père, vous ne pourriez m'aimer longtemps me sachant mauvais citoyen. Non, je ne me suis pas sauvé du combat car

. . . s'il fallait encor que l'on en vînt aux coups, Je combattrais pour Albe en soupirant pour vous.

Mais, au contraire,

C'est la paix qui chez vous me donne un libre accès.

Laissez-moi vous raconter ce qui s'est passé.

"Personne ne doutait que le combat ne dût avoir lieu; nous étions tous sous les armes. Déjà les deux armées

Se menaçaient des yeux, et marchant fièrement,

n'attendaient que le commandement pour frapper; quand le dictateur d'Albe, s'avançant, demanda

au roi de Rome qu'on voulût lui accorder un moment de silence.

Et l'ayant obtenu: 'Que faisons-nous Romains?

dit-il. Comment n'avons-nous pas réfléchi plus tôt à l'horreur d'une telle bataille.

Nous sommes vos voisins, nos filles sont vos femmes, Il est peu de nos fils qui ne soient vos neveux. Nous ne sommes qu'un sang et qu'un peuple en deux villes.

Nous nous faisons un mal horrible avec cette guerre civile, qui fera le triomphe de nos ennemis. Voilà assez longtemps qu'ils jouissent de nos disputes; tournons nos forces contre eux au lieu de les tourner contre nous-mêmes. Nous avons un différend à régler entre nous; s'il faut que la question soit résolue, que ce soit en versant le moins de sang possible.

Nommons des combattants pour la cause commune; Que le parti plus faible obéisse au plus fort;

mais que ce soit sans honte pour des guerriers si braves; il n'y aura ni sujets, ni esclaves, ni tribut, la seule condition sera de

. . . suivre en tous lieux les drapeaux du vainqueur.' Il semble qu'à ces mots notre discorde expire:

chacun, levant les yeux, aperçoit dans l'armée ennemie un beau-frère, un cousin, un ami, chacun

s'étonne d'avoir pu de gaieté de cœur marcher à un tel combat.

" La proposition est acceptée, et il est décidé que trois guerriers combattront pour chaque armée. La paix est jurée, et pour mieux choisir les champions, votre chef est allé au sénat et le nôtre s'est retiré dans sa tente. En attendant, chacun est libre et est allé revoir ses vieux amis. Dans deux heures, au plus, nous connaîtrons notre sort.

" Pour moi, mon amour m'a conduit ici, et je viens d'obtenir de votre père

Le bonheur sans pareil de vous donner la main.

Me ferez-vous la grâce de l'accepter?"

C'est le plus cher vœu de Camille, qui répond sans peine:

Le devoir d'une fille est dans l'obéissance.

" Allons donc ensemble, dit Curiace, porter votre consentement à votre père; puis nous verrons vos frères qui en sauront peut-être encore plus que moi sur les événements."

IL Le Choix des Combattants

Tandis que chacun se laisse aller à la joie de la paix et du revoir, les chefs ont fait leur choix. Celui de Rome est connu d'abord et il est tombé sur les trois Horaces. Il est reçu avec les senti-

ments les plus divers, de fierté, d'humilité, de joie et de douleur.

Curiace court féliciter son ami ; il est fier pour lui et sa famille, et prend part à la joie générale.

" Ce que je vais vous être et ce que je vous suis Me font y prendre part autant que je le puis.

Pourtant si vous combattez pour Rome, c'en est fait d'Albe et je puis déjà me considérer comme l'un de vos sujets."

Horace est très humble devant la grandeur de sa tâche :

" Loin de trembler pour Albe, il vous faut plaindre Rome,

dit-il à Curiace,

Voyant ceux qu'elle oublie et les trois qu'elle nomme.

Pourtant, quoique je sois sûr de mourir dans ce combat.

Je ne me compte point pour un de vos sujets.

Je combattrai de toutes mes forces et je ferai en sorte que Rome ne soit jamais soumise à personne."

Comme ils s'entretenaient encore, arrive Flavian, un soldat de l'armée d'Albe.

"Albe a-t-elle choisi ses guerriers?" demande Curiace.

Flavian. Je viens vous l'apprendre.

Curiace. Eh bien! qui sont les trois?

Flavian. Vos deux frères et vous.

Curiace. Qui?

Flavian. Vous et vos deux frères.

Ce choix vous déplaît-il?

Curiace. Non, mais il me surprend.

Je m'estimais trop peu pour un honneur si grand.

Flavian. Dirai-je au dictateur dont l'ordre ici m'envoie,

Que vous le recevez avec si peu de joie? Curiace. Dis-lui que l'amitié, l'alliance et l'amour,

Ne pourront empêcher que les trois Curiaces

Ne servent leur pays contre les trois Horaces.

Nous venons de quitter deux amis d'enfance; ils s'aiment, ils s'admirent; ils ont grandi ensemble nourris des plus beaux sentiments de grandeur d'âme et de patriotisme. Arrivés à l'âge d'homme, ils deviennent guerriers; leurs affections s'étendent à d'autres membres de la famille; Horace a épousé la sœur de Curiace qui lui-même est fiancé à Camille, sœur d'Horace. Ils se félicitent de la paix inespérée qui leur permet de jouir les uns des autres. Tout à coup, le malheur fond sur eux sous la forme du plus grand honneur qui puisse leur être fait. Ils sont choisis pour défendre leur ville natale.

Et nous retrouvons deux ennemis. L'un Horace, âme de fer, patriote, à l'exclusion de tout autre sentiment. L'autre Curiace, encore humain, décidé à tout sacrifier pour défendre sa patrie, mais mesurant toute rétendue de son sacrifice. Il exprime, du reste, sa douleur avec énergie:

Le sort, et les démons, et les dieux, et les hommes Ce quïls ont de cruel, et d'horrible, et d'affreux. L'est bien moins que l'honneur qu'on nous fait à tous deux.

" Défendre sa patrie en combattant un ennemi-, répond Horace, c'est la simple vertu qui s'exet-ce tous les jours, mais vouloir pour son pays immoler ce qu'on aime; combattre un défenseur qui est le frère de sa femme et le fiancé de sa sœur:

Une telle vertu n'appartenait qu'à nous."

"Votre courage est presque barbare, répond Curiace; nos noms, il est vrai, passeront à la postérité après un tel combat, mais pour moi

L'obscurité vaut mieux que tant de renommée.

Je n'ai pas à prouver mon courage; puisque Albe m'a choisi, c'est que je l'ai mérité, et je ferai pour elle autant que vous pour Rome. Mais, je regrette le bonheur que je vais perdre, je ne m'en cache pas,

Et si Rome demande une vertu plus haute

Je rends grâces aux dieux de n'être pas Romain

Pour conserver encore quelque chose d'humain."

" Pour moi, dit Horace, je trouve que vous avez tort de regarder en arrière et de considérer votre

bonheur perdu. Je ne pense plus qu'à servir mon pays.

Rome a choisi mon bras, je n'examine rien.

Il est, du reste, inutile de nous perdre en de vains discours.

Albe vous a nommé, je ne vous connais plus." " Je vous connais encore, et c'est ce qui me tue,

répond bravement Curiace; j'admire votre haute vertu, mais je n'ai aucun désir de l'imiter."

" Non, la vertu doit venir naturellement, elle ne peut être forcée; puisque vous ne pensez qu'à vous plaindre, voici ma sœur Camille: dites-lui votre douleur; mais surtout faites-lui bien comprendre que si vous me tue^ dans le combat, elle n'aura pas à vous accuser de ma mort qui sera le tribut que nous devons à nos patries. Si, au contraire, c'est moi qui vous tue, qu'elle ne m'en veuille pas, et se souvienne que, comme nous aurons fait notre devoir, elle devra faire le sien en cachant jusqu'à ses larmes. Je ne vous laisse qu'un instant ensemble; je vais raffermir le courage de Sabine, puis je viendrai vous chercher pour aller au combat."

" Quoi, Curiace, s'écrie Camille éplorée, tu n'as pas assez des honneurs que tu as déjà reçus d'Albe, et tu vas, pour te faire une renommée, briser les liens les plus sacrés de la famille. Je sais que c'est impossible, et que tu vas refuser l'honneur qu'on t'offre, si ce n'est déjà fait."

Ce langage de Camille réveille en Curiace tout son courage martial ; il a honte de son moment de faiblesse.

" Non, dit-il^ Albe, après l'honneur que j'ai reçu de toi, Tu ne succomberas ni vaincras que par moi : Allez, ne m'aimez plus, ne versez plus de larmes.

Mais voilà Sabine, hélas! je croyais avoir triomphé

de la douleur de Camille, mais si celle de ma sœur s'y mêle, pourrai-je y résister?"

" Ne croyez pas que je vienne vous ébranler, Curiace, mon frère, dit Sabine: couvrez-vous de gloire et battez- vous contre mon mari. Mais je ne trouve pas que le choix de vos pays excuse un combat si horrible; je ne pourrai y survivre.

Qu'un de vous deux me tue et que l'autre me venge; Alors votre combat n'aura plus rien d'étrange!"

Horace lui-même commence à faiblir en entendant ces paroles:

Que t'ai-je fait, Sabine? et quelle est mon offense, Qui t'oblige à chercher une telle vengeance?

Mais nous allons savoir où Horace puise ce courage surhumain: son père, le vieil Horace, vient à son secours: "Qu'est ceci, mes enfants? Vous écoutez les plaintes de vos femmes et de vos sœurs? C'est le moyen devons affaiblir; fuyez-les, car elles finiraient par triompher de vous.

J'en aurai soin. Allez, vos frères vous attendent; Ne pensez qu'aux devoirs que vos pays demandent.

Pour vous encourager ma voix manque de termes;

Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux.

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