SCÈNE IV. — VALÈRE t MARIANE, DOMXfc
VALÈRE. -
On vient de débiter , madame, une nouvelle
ÀCT8 H, SCÈNE IV. ( 41
Qm je ne mois pas , et qui sans doute est belle
MARIANE
Qtioît
VALÈRE
Qne vous épousez Tartuffe. ,.<
MARIANE
Il est certain Que mon père s'est mis en tête ce dessein.
■ VALÈRE
Votre père , madame....
MARUNB.
A changé de visée :
La chose vient par lui de m'être proposée.
VALÈRE
Quoi! sérieusement?
MARIANE
Oui , sérieusement :
Il s'est ponr cet hymen déclaré hautement.
VALÈRE. k
Et quel est le dessein où votre âme s'arrête # 4
Madame?
MARIANE
Je ne sais.
VALÈRE
La réponse est honnête* Yons ne savez?
MARIANE
Non.
VALÈRE
Non?
MARIANE
Que me conseillez-vous?
VALÈRE
Je vous conseille , moi, de prendre cet époux.
„. MARUNE.
Vous me le conseillez ?
VALÈRE
: J8 * LE TARtUÉFE.'
MARIANE
Tout de bon t
▼ALÈRE.
Sans doute* Le choix est glorieux, et vaut Bien qu'on l'écoute.
MARIANE
Hé bien! C*est un conseil, monsieur, que je reçois.
valère.
Vous n'aurez pas grand'peine à le suivre, je crois*
MARIANE
Pas plus qu'à le donner n'en a souffert votre âme.
VÀLÉfcE.
Moi, je voua l'ai donné pour vous plaire, madame»
MARIANE
Et moi, je le suivrai pour vous faire plaisir.
DORINE , se retirant dans le fond du théâtre. Voyons ce qui pourra de ceci réussir.
VALÈRE
CTest donc ainsi qu'on aime! Et c'étoit tromperie Quand vous,...
MARUNE.
Ne parlons point de cela, je vous prie; Vous m'avez dit tout franc que je doià accepter Celui que pour époux on me veut présenter :
Et je déclare, moi, que je prétends le faire, Puisque vous m'en donnez le conseil salutaire, "" '
Valêrê.
Ne vous excusez point sur mes intentions.
Vous aviez pris déjà vos résolutions; \
Et vous vous saisissez d'un prétexte frivole Peur vous autoriser à manquer de parole.
MARIANE
Il est vrai, c'est bien dit.
VALÈRE
Sans doute; et votre cœur ; N'a jamais eu pour moi de véritable ardeur. '
' MARIANE
Hélas! permis à vous d'avoir cette pensée.
ACES H, SCÊNB'lV. j$
▼ALÉKB.
Oui , oui , permis à moi : mais mon âme offensée
Vous préviendra peut-être en' un pareil dessein,: '■•*:!£
Et je sais où porter et mes vœu et ma main.
MARIANE
Ah ! je n'en doute point; et les ardeurs qu'excita ' l u-'l Le mérite....
t VÀLÊRE.
, Mon Dieu! laissons là le mérite; ■ îi {} J'en ai fort peu, sans doute, et vous en faites foi» Mais j'espère aux bontés qu'une autre aura pour moi, : Et j'en sais de qui l'Ame, à ma retraite ouverte, Consentira sans honte à réparer ma perte.
màriane. -'-
La perte n'est pas grande; et de ce changement Vous .vous consolerez assez facilement.
VALÈRE
J'y ferai mon. possible, et vous le pouvez croire; • • *
Un cœur qui nous oublie engage notre gloire;
Il faut à l'oublier mettre aussi tous nos soins : ; -•'-
Si l'on n'en vient à bout, on le doit feindre au moins;
Et cette lâcheté jamais ne se pardonne ,
De montrer de l'amour pour qui nous abandonne.
MARIANE. MA
Ce sentiment, sans doute, est noble et relevé.
YALÂRE.
Fort bien ; et d'un chacun il doit être approuvé. Hé ! quoi! vous voudriez qu'à jamais dans mon âme Je gardasse pour vous les ardeurs. de ma flamme, Et tons visse, à mes yeux, passer en d'autres bras, Sans mettre ailleurs un cœur dont vous ne voulez pas?
MARIANE. ..■"•'. Tt
Au contraire; pour moi, c'est ce que je souhaite; El je. voudrais déjà que la chose fût faite.
VALÈRE. ■••'-
Vous le voudriez?
MARIATÎE.
VALÈRE.'
C'est assez m'inéulter, Utdame j et , de ce pas , je vais vous contenter.
(Il fait un pas pour t'en aller.) MARIANS. -
Fort bien.
VALÈRE, menant.
Souvenez-vous au moins que c'est vous-même Qui contraignez mon cœur à cet effort extrême.
Oui.
VALÈRE, revenant encore.
Et que le dessein que mon âme conçoit ITest rien qu'à votre exemple.
MARIANE
A mon exemple, soit VALÈRE , en sortant.
Suffit : vous allez être à point nommé servie.