‹ Le Cid-HoraceChapitre 181 sur 224 · SCÈNE I. — CLÊÂNTE, TARTUFFE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — CLÊÂNTE, TARTUFFE

GLÉANTB.

Oui, tout le monde en parle, et vous m'en pottve* croire*

L'éclat que fait ce bruit n'est point à votre gloire;

Et je vous ai trouvé, monsieur , fort à propos

Pour vous en dire net ma pensée en dei» mot».

Je n'examine point à fond ce qu'on expose ;

Je passe là-dessus, et prends au pis la chose.

Supposons que Damis n'en ait pas bien usé ,

Et que ce soit à tort qu'on vous ait accusé;

N'est-il pas d'un chrétien de pardonner l'offense ,

Et d'éteindre en son cœur tout désir de vengeance? . •

Et devez-vous souffrir , pour votre démêlé ,

Que du logis d'un père tin fils soit exilé?

Je vous le dis encore, et parle avec franchise,

Il n'est petit ni grand qui ne s'en scandalise;

Et, si vous m'en croyez, vous pacifierez tout,

Et ne pousserez point les affaires à bout.

Sacrifkz à Dieu toute votre colère ,

Et remettez le fils en grâce avec le père.

Hélas ! je le voudrais , quant à moi , de bon cœui Je ne garde pour lui, monsieur, aucune aigreur» Je lui pardonne tout; de rien je ne le blâme, Et voudrois lé servir du meilleur de mon âme : Mais l'intérêt du ciel n'y saurait consentir; Et, s'il rentre céans, c'est à moi d'en sortir. Après son action, qui n'eut jamais d'égale , Le commerce entre nous porterait du scandale : Dieu sait ce que d'abord tout le inonde en croirait! A pure politique on me l'imputerait ; Et l'on dirait partout que, me sentant coupable. Je feins pour qui m'accuse un zèle charitable ; Que mon cœur l'appréhende; et veut le ménager

54 LE TARTUFFB.

Pour le pouroir, sous main, au silence engager.

CLÉANTB.

Vous nous payez ici d'excuses colorées, Et tontes vos raisons, monsieur, sont trop tirées. Des intérêts du ciel pourquoi vous chargez-vousî Pour punir le coupable a-t-il besoin de nous? Laissez-lui, laissez-lui le soin de ses vengeances. Ne songez qu'au pardon qu'il prescrit des offenses; Et ne regardez point aux jogemens humains, Quand vous suivez du ciel les ordres souverains. Quoi I le foible intérêt de ce qu'on pourra croire D'une bonne- action empêchera la gloire!

Non, non, faisons toujours ce que le ciel prescrit. Et d'aucun autre soin ne nous brouillons l'esprit*

TARTUFFB.

Je vous ai déjà dit que mon cœur lui pardonne. Et c'est faire, monsieur, ce que le ciel ordonne; Mais, après le scandale et l'affront d'aujourd'hui, Le ciel n'ordonne pas que je vive avec lui.

CLÉANTB.

Et vous ordonne-t-il, monsieur, d'ouvrir l'oreille A ce qu'un pur caprice à son père conseille, Et d'accepter le don qui vous est fait d'un bien Où le droit vous oblige à ne prétendre rien?

Ceux qui me connoltront n auront pas la pensée

Que ce soit un effet d'une âme intéressée.

Tous les biens de ce monde ont pour moi peu d'appâts»

De leur éclat trompeur je ne m 'éblouis pas :

Et si je me résous à recevoir du père

Cette donation qu'il a voulu me faire,

Ce n'est, à dire vrai, que parce que je crains

Que tout ce bien ne tombe en de méchantes mains;

Qu'il ne trouve des gens qui , l'ayant en partage,

En fassent dans le monde un criminel usage,

Et ne s'en servent pas, ainsi que j'ai dessein,

Pour la gloire du ciel et le bien du prochain.

CLÉANTE

Hé! monsieur, n'ayez point ces délicates craintes,

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