‹ Le cidevant noble, comédie en trois actes, en prose, Par M. Mercier. Représentée, à Coblentz le 2 novembre 1791Chapitre 14 sur 36 · LE BARON , LE MARQUIS , CONSTANCE · texte numérisé non relu

LE BARON , LE MARQUIS , CONSTANCE

Le B a r O n , en entrant , à un valet.

A.LLONS, prends mon fusil. . . ma foi , c’est bien tirer. . . nous avons fait la plus belle chasse ! . . . plu* un chasseur est chargé , plus il revient leste

et gaillard. . , quarante- quatre pièccj pour mon compte ! . . ,

Et moi , s’il vous plaît , trente-deux.

Le Baron.

Sans ces coquins de braconicrs , j’aurois le gibier d’ un prince. , .' j’en coucherai en joue quelqu’un au premier jour. . . dieu me damne.

Le M a r q.u i s.

Et moi . je voudrois , pour ma part , en envoyer sept ou huit aux galères, au nom de la justice.'

Le Baron.

Mais tous ces paysans qui sont oisifs après les corvées , dcvroient bien nous servir d’autant de gardes de chasse. . . , Qu'cn pensez-vous ? . .

Le Ma.r q.u i s., .

Sans doute. . . oh! cela viendra; la noblesse. . , ahl çà, c’est arrangé tomme nous l’avons dit. , . ma terre. , .

Votre terre ! bon !

Puis , donation absolue , entière aux descen-

dans. . . déshéritant tous collatéraux. . . aussi j attends que. , . ah ! beau-père !

LeBaron, à voix basse.

Je vais lui annoncer son mariage. . . (à sa fille ,

en s'asseyant) allons, je suis fatigué ; qu’on me tire mes bottines. ( Constance tire les bottines de son père.) Il y a des gens qui se mêlent des affaires de famille •ans qu’on les en prie ; mais le maître absolu commande , et tous les beaux projets s’en vont en fumée : parce que ton oncle est arrivé ; ah ! ah ! te voilà , tu te crois forte avec lui, marche droit plus que jamais , je te le conseille ; il a des idées roturières , .ton oncle ; il me fait pitié tant il est étranger à l’art héraldique, {comme elle s'éloigne) viens ici. . . ne m’entends-tu pas ?

.. Le M a R q, u i s , à part.

Il faut que j’intercède pour elle, [haut] Allons , papa , de la douceur, pour cette aimable enfant. Vous ne voulez pas non plus en faire une religieuse ; ce seroit bien dommage ! [à part) quelle taille f ‘ '

Le Baron.

Oh ! parbleu ! à la moindre désobéissance. . . . les nobles ont-ils des filles , eh bien ! ne voilà-t-il pas que des vilains osent insolemment lever les yeux jusqu'à elles : tu devroi* me rendre grâce do

rietre p*s sous la grille , à l’abri de ces regards profanes et téméraires. . . je pense bien que tu en est choquée la première , mais les cloitres d’ailleurs sont bien imaginés comme un rempart

Le Marquis.

J’espère que mademoiselle n’aura point cette vocation. . . Interrompre un si bel arbre généalogique ! tant de grâces , de beauté !...

Le Baron.

Un mari ne doit être vu , pour la première fois, par celle quil épouse , qu’au moment où le père , secondé d’un prêtre , la conduit à l’autel pour la remettre entre les mains de l'homme noble qu’il aura choisi.

Constance, à part . Je suis perdue ! . . voilà ce que je redoutois.

Le Marquis.

Ah ! mademoiselle est trop bien née pour ne pas sentir les distances , et ce que vous ferez pour transmettre intacte toute la pureté de son sang , de 'ce sang illustre qui remonte jusqu’à Charlemagne... et qui même avant. . . .

Réponds dignement aux soins que j’ai pris de

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te conserver pour quelqu’un qui compte des ayeux, lesquels ont vu naître la monarchie, et prends garde sur-tout de te croire soutenue par l'arrivée de ton oncle. « . il me déplaît. , ,

Constance.

Vous savez , mon père , que jamais ma timirle voix n’a osé contredire aucuns de vos ordres; je me réjouis de l’arrivée de mon cher oncle ; mais je n’ai jamais reconnu d’autre autorité que la vôtre ; et j’y suis entièrement et éternellement soumise.

Le Marquis.

Oh! papa! on ne sauroit mieux répondre, convenez-en ; vous voyez qu’elle est très -bien disposée à ne jamais avoir d’autre volonté que la : votre. [A part.) Je ne me sens pas d’aise ; les palpitations de son sein. . . . ’

Le Baron, à sa Jille.

Allons ; levez les yeux : regardez monsieur le marquis , rcgardez-lc ; vous m’entendez ?

Constance, interdite.

L’amour, mon père , est nécessaire en mariage

autant que l’obéissance dans l’état de fille. . .

.Le Baron.

Mauvaise réponse : l’amour est une passion , et

une fille honnête ne doit point avoir de passion..»

l’amour viendra , il vient assez.

De grâce , ne la grondez pas , cher papa ; elle fera tout ce que vous ordannerez ; il faut pardonner à la prenière surprise. ... la pudeur. . . elle soupire. ... ah !

Le Baron, duh ton goguenard.

Ma fille, qu’un mari de soixante ans ne te fasse point peur ; il tire avec une adresse et il chasse avec une ardeur î . 1 ’

Le Marquis.

Oui , mademoiselle, j’en vaux bien un jeune; j’aspire à vous posséder dans ma terre : on a bien raison de dire que les ser.timens élevés n’appartiennent qu’à la noblesse. Vous avez le cœur un peu haut , mademoiselle , c’est ce que j’aime. . . . insensiblement , les personnes qui doivent fondre, dans un même lien ; , le sang de leurs maisons , ne peuvent s’éviter. Vous ne répondez pas. .. ah! j’adore jusqu'à votre silence : permettez que je l’interprête. . . Je veux laisser à un autre moment.. ( embrassant le baron. j Adieu , cher baron , adieu ! (à demi-voix.) la construction engageant» de sa taille! elle ne manquera pas d’être mère , je vous

le proteste , et je crains bien que ce ne soit pour tous les ans. . ; ,

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