‹ Le cidevant noble, comédie en trois actes, en prose, Par M. Mercier. Représentée, à Coblentz le 2 novembre 1791Chapitre 18 sur 36 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LE BARON, LE BAILLI, suite du Bailli, Le Baron.

JVEonsieur le bailli, vous favorisez toujours les paysans , qui au fond sont de malignes bêtes: je vous en avertis ; puis , vous êtes d’une négligence extrême pour la perception des droits seigneuriaux.

Le Bailli.

Le meilleur juge ne sauroit prononcer au gré des deux parties.

Laissez-les faire. . . . cette canaille insolente et Tebelle finira par vouloir faire les gens libres , vous verrez venir eela , et votre indulgence criminelle en sera cause. . . Il se passe des choses horribles sur mes terres. . . des braconniers'! . . sans ces coquins, là l’on ne verroit que des nuées de perdrix , des troupeaux de lièvres , et je les tuerois ,. moi , à coups de crosse , tout comme fait un prince dans son parc. . . et pourquoi pas ?

Le Bailli, à part.

II voudroit que son gibier fût gardé comme celui

Digitizc

des menus plaisirs du roi. [haut.) Je tache d’être juste , monseigneur ; mais qui ne seroit que juste , scroit extrême et dur.

Le Baron.

Il le faut pour tous ces mains-mortables , pour tous ces vilains corvéables par nature, et je prétends , M. le bailli , que tout roturier f à compter de ce jour, me salue le premier lorsque je le rencontre ; que l’on me rende les honneurs qui me sont dûs : non que je me soucie au fond du coup de chapeau , mais pour ployer cette roture rébelle à une subordination nécessaire.

Le Bailli.

La civilité , en ce cas , monseigneur , obtient toujours beaucoup plus que la force. . . Personne ne vous refusera le salut quand vous le voudrez.

Vous prenez habituellement la défense des roturiers ,■ de tous ces manans. . . 5 N’oubliez jamais que c’est moi qui vous ai donné le pouvoir de

rendre la justice gardez-vous sur-tout d’en

abuser. . . que l’or ne vous corrompe point.

Le Bailli.

L’or , monseigneur , et qui voulez - vous qui m’en donne ?

Le Baron.

Vous ignorer peut-être encore la distance qui nous sépare?

Le Bailli.

Monseigneur !

Le Baron.

Savez-vous que je suis ici l'image du roi ; que je le représente ?... qu’il n’est après tout que le .plus heureux de la grande famille des nobles , et par le sort enfin qui l’a fait trôner.

Le Bailli.

Monseigneur!

Le Baron.

N' avez-vous pas vu votre pasteur m’offrir l’eaubénite et l’encens ?

Le Bailli.

Oui , monseigneur , tout l’univers l’a vu.

Le Baron.

Donnez donc, dès aujourd’hui , à tous mes vassaux l’exemple de la soumission et du respect.

Le Bailli, s inclinant profondément.

Monseigneur ! ( il s'écarte. )

Le Baron.

Revenez vous avez fait sans doute le

procès

procès à ce misérable qui a tué mes lièvres ?. . . Le Bailli.

J’ai fait ma charge. . . On vous l’amène. . . le voici. . . . prononcez.

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