SCÈNE VII
LE BARON, LE BAILLI, suite du Bailli, Le Baron.
JVEonsieur le bailli, vous favorisez toujours les paysans , qui au fond sont de malignes bêtes: je vous en avertis ; puis , vous êtes d’une négligence extrême pour la perception des droits seigneuriaux.
Le Bailli.
Le meilleur juge ne sauroit prononcer au gré des deux parties.
Laissez-les faire. . . . cette canaille insolente et Tebelle finira par vouloir faire les gens libres , vous verrez venir eela , et votre indulgence criminelle en sera cause. . . Il se passe des choses horribles sur mes terres. . . des braconniers'! . . sans ces coquins, là l’on ne verroit que des nuées de perdrix , des troupeaux de lièvres , et je les tuerois ,. moi , à coups de crosse , tout comme fait un prince dans son parc. . . et pourquoi pas ?
Le Bailli, à part.
II voudroit que son gibier fût gardé comme celui
Digitizc
des menus plaisirs du roi. [haut.) Je tache d’être juste , monseigneur ; mais qui ne seroit que juste , scroit extrême et dur.
Le Baron.
Il le faut pour tous ces mains-mortables , pour tous ces vilains corvéables par nature, et je prétends , M. le bailli , que tout roturier f à compter de ce jour, me salue le premier lorsque je le rencontre ; que l’on me rende les honneurs qui me sont dûs : non que je me soucie au fond du coup de chapeau , mais pour ployer cette roture rébelle à une subordination nécessaire.
Le Bailli.
La civilité , en ce cas , monseigneur , obtient toujours beaucoup plus que la force. . . Personne ne vous refusera le salut quand vous le voudrez.
Vous prenez habituellement la défense des roturiers ,■ de tous ces manans. . . 5 N’oubliez jamais que c’est moi qui vous ai donné le pouvoir de
rendre la justice gardez-vous sur-tout d’en
abuser. . . que l’or ne vous corrompe point.
Le Bailli.
L’or , monseigneur , et qui voulez - vous qui m’en donne ?
Le Baron.
Vous ignorer peut-être encore la distance qui nous sépare?
Le Bailli.
Monseigneur !
Le Baron.
Savez-vous que je suis ici l'image du roi ; que je le représente ?... qu’il n’est après tout que le .plus heureux de la grande famille des nobles , et par le sort enfin qui l’a fait trôner.
Le Bailli.
Monseigneur!
Le Baron.
N' avez-vous pas vu votre pasteur m’offrir l’eaubénite et l’encens ?
Le Bailli.
Oui , monseigneur , tout l’univers l’a vu.
Le Baron.
Donnez donc, dès aujourd’hui , à tous mes vassaux l’exemple de la soumission et du respect.
Le Bailli, s inclinant profondément.
Monseigneur ! ( il s'écarte. )
Le Baron.
Revenez vous avez fait sans doute le
procès
procès à ce misérable qui a tué mes lièvres ?. . . Le Bailli.
J’ai fait ma charge. . . On vous l’amène. . . le voici. . . . prononcez.