‹ Le cidevant noble, comédie en trois actes, en prose, Par M. Mercier. Représentée, à Coblentz le 2 novembre 1791Chapitre 5 sur 36 · SP · texte numérisé non relu

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Le Baron

Le dédain des livres et de cette roture qui les compose , l’amour de la chasse , voilà l’appanage essentiel du véritable gentil-homme. . . . Eh! que ne fais-tu comme nous ; que ne viens-tu dans l’abbaye voisine , l’on y fait bonne chère : la table est dressée dès huit heures du matin , et jamais desservie. . . . C’est à qui préviendra l’ennui. . . . point de bibliothèque poudreuse dans la maison.

E R A s T E , sur le même ton.

On dit que le cuisinier y est l’homme le plus important et le plus occupé ? . . . . „

Sans doute , et bien leur en prend Que

feras-tu ici avec tes habitifdes solitaires ?... Enfermé comme un hypocondre ; va plutôt faire ta cour à des femmes. . . . Toutes celles de la ville soupirent , en ce moment, après toi. A ton âge , j’étois téméraire , impétueux ; je ne m’amusois pas aux formalités des soupirs ; je brusquois, je triomphois. ... Si tu avois l’ambition d’aller essayer le pouvoir de ta figure et de ta bonne mine. . . ,

Je m’instruis des devoirs de mon état, . . . Un officier doit se rendre utile à sa patrie.

(ia)

Le Baron.

Mais , n’ctes-vous pas un aîné de famille , monsieur ?

Oui.

Le Baron.

Et moi aussi , parbleu ! ainsi donc mon cadet a. servi , il étoit fait pour cela ; mais un aîné ne doit pas servir , qu’au préalable on ne lui donne un régiment

Le Marquis, avec emphase.

Il y a long-tems que monsieur de Tempesac seroit général, s’il s’étoit donné la peine de servir.

La fierté de l’antique noblesse est l’attribut de tous les aînés de notre maison ; ce n’est pas à eux de supplier la cour ; et ma fille , malgré son sexe, sent toutes les prérogatives de son extraction. . . .

Le Marquis.

Oh ! c’est une admirable créature ! . . . . Il est

impossible quelle déroge. . . .

Le Baron.

Qu elle déroge ! tubleu 1 à six ans , elle donna

un soufflet au fils d’un président qui en avoit huit, et qui a"voit osé l’embrasser à la fin d’un menuet , après quoi , elle lui présenta noblement sa main à baiser.

Le Marquis.

Voilà une action qui attestoit sa dignité héréditaire ; et qu’on révoque en doute la force du sang!

Oui ; c’est mon sang qui agissoit en elle ; car sa mère (je puis me vanter de deux quartiers dç noblesse quelle avoit de moins).... Aussi, les fautes de mes enfans ne procèdent , à coup sûr f que de leur mère.

E R A s T E , à part.

Quel rodomont bavard ! Quel être ennuyeux !... Faut-il que je sois obligé d’écouter de telles absurdités ! i

Le Baron.

Je dis un peu cela pour toi , parce que dernièrement tu as fait , dit-on , quelques compliraens à la fille de la présidente.

Moi ! . . . . Qui vous a dit cela ?

Si tu épouses la fille de la présidente , nous te ferons mettre l’épée à la main.

. • ■ Eraste, avec fermeté.

Je ne refuse pas de me battre quand on me provoque ; mais je puis vous protester que je n’ai jamais eu le dessein d’épouser la fille du président.

Le Baron.

A la bonne heure ! .... Je te crois trop d’honneur pour te mésallier , pour songer à la robe. . .

Je vous ferai observer néanmoins que cet état ne déroge pas ; il faut autant de courage , de fermeté de désintéressement pour porter , avec honneur , le glaive de Thémis que celui de Mars.

Le Baron.

La belle phrase! .... Maudits livres! voilà ce qu’ils inspirent ! , . . . Que c’est à bon droit que je les hais !

Au reste , je ne sors presque plus et je ne m’en

repens pas. >

Le Baron.

Je viens aussi très -rarement à la ville Un

homme comme moi n’est pas fait pour visiter ces gens-là Croiriez-vous que du vivant de ma

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