‹ Le cidevant noble, comédie en trois actes, en prose, Par M. Mercier. Représentée, à Coblentz le 2 novembre 1791Chapitre 8 sur 36 · ERASTE · texte numérisé non relu

ERASTE

Eh bien! que fait son fusil et sa personne?

• Caroline.

Ah ! vous ne l’avez pas vu comme moi. ... ce

terrible homme les yeux éteincelans ; je ne

puis pas vous dire tout. ... Si vous l’aviez vu! . .

Nous devinons. . . il aura mis ta vertu à quelque forte épreuve , et c’est à raison de ta sagesse victorieuse qu’il t’aura renvoyée.

Caroline.

Je ne le dirois pas à d’autre qu à vous , mais la confiance que j’ai en votre discrétion et votre prudence. . . .

Tu cs donc à la ville depuis hier? . . .

Caroline.

Oui, monsieur; depuis ce tems-là j’ai eu assez de loisir pour entendre votre panégyrique , divisé en plusieurs points.

Comment parle-t-on de moi , qui ne fréquente plus personne ?

Caroline.

C’est à cause de cela, .... il faut que la bonne compagnie vous soupçonne d’avoir conçu du mépris pour elle; et cela ne se pardonne point. ... car, dans cette ville, on avoit des vues sur vous ,* à ce qu’il paroi t.

Je n’ai pu me familiariser avec le vuide de

toutes ces sociétés Chacun vouloit m’attirer

dans son parti , et je n’ai voulu en épouser aucun.

Caroline.

Eh bien ! il en résulte que vous avez -tout le monde pour ennemi -, de tout côté ori se ligue contre vous : on relève malignement ce que vous avez dit.

Ou plutôt , ce que je n’ai pas dit ; car je sni« l'homme de France qui parle le moins des autres...

Caroline.

Il faut que cela soit encore pis que de parler ; si vous gardez le silence , on ne le garde pas sur votre compte ; on recherche votre naissance, vos mœurs , d’où vous venez , ce que vous avez fait , ce que vous êtes , ce que vous faites et ce que vous ferez. . . .

Eh bien ! l’on dit. . . . {(arrêtant) au reste , je ne veux pas le savoir. . . , Qu’importe les idées d’autrui sur notre compte, . . . comme si cela pouvoit changer quelque chose à notre situation !

Caroline.

Tous ces propos viennent de ce que vous ne savez pas vivre en province , c’est-à-dire , vous ennuyer décemment. . . . puis vous ne jouez pas, et c’est par tout le plus grand des torts.

Je n’ai pas besoin de cotteries , j’aime. . . . mes jours sont remplis. . . puis, qu’irai-je faire? passer une soirée entière à filer ennuyeusement des cartes,

voir tous les yeux fixés et les esprits tendus sa* l’apparition d’une figure , perdre souvent les plus belles heures du jour , dans la plus belle saison de l’année. ... Il y a là de terribles douairières qui s’incorporent aux coussins d’un fauteuil , et qui ne s’en détachent jamais ; elles vous fixent malgré vous sur un siège bien avant jusques dans la nuit, et vous ne pouvez pas plus jouir de la douce clarté de la lune, que des rayons du soleil.

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