CONSTITUTION PHYSIQUE
Les taches lunaires vues à Tœil nu. — Les mers ou plaines; les montagnes. — Caractère volcanique des montagnes de la Lune. — Cirques, cratères, pics et pitons. — Hauteurs des montagnes. — Bandes brillantes et rainures.
Le monde que nous allons explorer, au sein duquel nous péaéti*erons pour ainsi dire, grâce à sa faible distance et à la puissance des instruments d'optique, semblable à la Terre par quelques caractères généraux, en diffère profondément par tous les autres. S'il était donné à un habitant de la Terre d'être transporté subitement à la surface de la Lune, il serait frappé du plus étrange spectacle : la configuration du sol, tout recouvert d'aspérités, de cavités circulaires, de pics élevés, l'aspect du ciel, où les étoiles brillent en plein jour, l'âpreté des lumières et des ombres, l'éternel silence qui règne dans ces régions désolées, la rigueur des températures, tantôt glacées, tantôt torrides, les singulières conditions de l'existence des êtres organisés, si toutefois la vie y est possible, tout se réunirait pour confondre en lui les notions qui lui sont le plus familières.
Cependant, quels que soient les contrastes qui séparent l e monde lunaire de notre globe, on verra que cette variété
qui se manifeste avec une richesse merveilleuse, ici comme dans toutes les œuvres de la nature, est Teffet d'un petit nombre de causes, ou plutôt le résultat de simples modifications d'éléments qui sont au fond les mêmes pour tous les corps célestes. La simplicité des lois qui régissent les phénomènes asti*onomiques fait resplendir Tunité de plan du monde solaire d'un éclat incomparable.
La vue de la pleine Lune, à l'œil nu, par un ciel trèspur, permet déjà de distinguer les principales taches sombres ou brillantes, dont la permanence, nous l'avons dit plus haut, prouve que c'est toujours la même face, le même hémisphère qu'elle tourne vers nous. De l'est à l'ouest, en remontant vers le nord, se succèdent plusieurs larges espaces grisâtres dont l'aspect imiforme contraste avec la moitié méridionale du disque, presque tout entière constellée d'une multitude de points brillants. Les bords nord-est et nord-ouest terminent le disque par des teintes plates, blanches et très-lumineuses, tandis que les régions centrales participent au ton général de la partie australe.
On avait donné jadis le nom de mers aux grandes taches sombres qui parsèment la moitié septentrionale de la Lune et qui envahissent une partie de la moitié australe à l'occident et à l'orient. Cette dénomination a persisté jusqu'à nous, mais on verra bientôt qu'il ne faut point y attacher <le sens précis. Les mers lunaires sont maintenant regai*dées comme des plaines, tandis que Içs parties les plus brillantes sont principalement des régions montagneuses. Je vais décrire sommairement les unes et les autres, en priant le lecteur de suivre ma description sur la planche VIII qui représente la pleine Lune, vue à l'œil nu ou à l'aide d'une lunette d'un faible pouvoir grossisscmt. Je commence par les mers.