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LA LUNE VUE DANS SON PLEIN

Tout près du bord oriental, on voit une tache grise, de forme ovale, isolée au milieu de la teinte lumineuse du bord : c*est la Mer des Crises. Entre cette tache et le centre du disque, un large espace sombre, découpé par une sorte de promontoire aigu, a reçu le nom de Mer de la Tranquillité. Elle projette vers Test deux appendices, dont le plus oriental et le plus grand forme la Mer de la Fécondité y tandis que l'autre, plus petit et plus rapproché du centre, est la Mer de Nectar.

Si maintenant de la mer de la Tranquillité on remonte vers le nord^ on trouve la Mer de la Sérénité^ traversée dans toute sa longueur par une raie plus brillante à peu près rectiligne, et qui donne à la tache entière la forme de la lettre grecque majuscule phi *. La Mer des Vapeurs est un prolongement, vers le centre, de celle de la Sérénité.

Enfin la Mer des Pluies^ de forme ronde, la plus vaste de toutes celles qu'on vient de passer en revue, termine au nord la série des taches grisâtres auxquelles on est convenu de conserver le nom impropre de mers. Il faut ensuite redescendre vers l'ouest pour trouver \ Océan des Tem-^ péteSy dont les contours plus vagues vont se perdre, vers le sud, dans la Mer des Humeurs et dans la Mer des Nuées^ k peu de distance d'un point lumineux d'où partent, dans toutes les directions, des sillons blanchâtres d'une grande longueur.

Ce dernier point, qu'on peut considérer comme le centre des régions montagneuses qui environnent le pôle austral, n'est autre chose que Tycho, une des plus importantes élévations de l'hémisphère visible de la Lune.

Prenons maintenant, pour observer les détails du disque lunaire, une lunette d'un pouvoir grossissant un peu plus considérable. Nous serons étonnés de la multitude prodigieuse de petites taches de forme annulaire, ronde ou

ovale, qui eu parsèment toute la surface. Pendant la pleine Lune, les contours de ces points lumineux sont peu arrêtés, mais il est aisé de voir que cela vient de la position de l'hémisphère visible, dont toutes les parties reçoivent en plein les rayons du Soleil, et qui pour nous se trouvent ainsi en pleine lumière.

Qu'on choisisse au contraire, pour Tinstant de l'observation, l'époque du premier ou du dernier quartier. La surface de la partie éclairée de la Lune paraîtra criblée alors d'autant de cavités entourées d'un rempart circulaire projetant son ombre à l'opposé du Soleil, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la cavité même. Bien plus, sur toute la ligne de séparation de la lumière et de l'ombre, l'intérieur des cavités annulaires semble tout à fait noir, tandis que les points lumineux détachés de la portion éclairée de la Lune montrent çà et là autant de sommités que n'ont point encore abandonnées les rayons solaires.

Telles sont les montagnes de la Lune. Les figures ci-après (58 et 59) peuvent donner une idée de l'aspect des aspérités dont notre -satellite est sillonné.

Je ne m'arrêterai point à décrire en détail cette multitude de points saillants, d'aspérités isolées qu'on observe dans toutes les régions de la Lune, mais qui, je le répète, sont principalement accumulées dans les parties australes. Des cartes très-détaillées et très-exactes, donnant la topographie de notre satellite avec une précision que sont loin de posséder les cartes de plusieurs régions de la Terre, ont été exécutées par divers astronomes, et seront consultées avec fruit par ceux qui voudront faire à ce sujet des études spéciales'.

1 . Voyez surtout la Mappa Selenographica^ publiée en quatre planches, par Béer et Msdler et réduite en une seule feuille par le dernier de cea savants.

Les chaînes de montagnes sont relativement peu nombreuses à la surface de l'hémisphère visible de la Lune. La plupart se trouvent dans la partie septentrionale du disque. Les Alpes, le Caucase, les Apennins sont les plus remarquables. Cette dernière chaîne sépare les Mers de la Sérénité et des Vapeurs, de la Mer des Pluies qu'elle entoure d'une enceinte de forme semi-circiilaire. Elle est facile à voir dans le dessin que nous avons donné plus haut de la pleine Lune. Citons encore les Karpathes et les monts Ourals qui séparent l'Océan des Tempêtes de la Mer des Pluies et de celle des Nuées; les monts Dœrfel et Leibnitz, au pôle austral; les Pyrénées, qui séparent les plaines de la Fécondité et du Nectar ; vers l'est, les monts Altaï, voisins de cette dernière mer, présentant un développement de 100 lieues du nord au sud; et enfin les Cordillères et les monts d'Alembert, sur le bord occidental de la Lune. Les Apennins, les plus considérables de ces chaînes de montagnes, n'offrent cependant qu'un développement de cent cinquante lieues de longueur.

Il est impossible de méconnaître le caractère éminemment volcanique des montagnes lunaires. Toute l'écorce de notre satellite est criblée, nous l'avons dit, de cratères qui accusent une série innombrable d'éruptions plutoniennes, les unes limitées dans un petit espace, les autres embrassant une étendue immense à la surface du sol. Nous donnons ici, d'après d'éminents observateurs, de curieux échantillons de ces aspérités cratériformes. La figure 58 représente les environs du groupe de Tycho, au sud-est de cette montagne, tels qu'ils ont été observés et dessinés par un astronome anglais, M. Nasmyth. L'enceinte de Copernic, l'une des plus grandes montagnes annulaires de la Lune, voisine des Carpathes, est représentée en détail dans la figure 59, dont nous devons communica-

tion à l'obligeance de l'amiral Smyth, et qui fait partie de son magnifique ouvrage du Spéculum Itartwellianum.

- Les monlagnas de U Lune. Vue Ats m d'iprès Namjlli.

Les environs de Tycho sont formés, on le voit, d'une quantité de cratères de dimensions variées, dont tes uns

sont creusés en formç de coupes ou d'entounoirs, tandis que les plus larges présentent de véritables cirques, à fond plat, au centre desquels s'élèvent des pics de forme pyrunidale. A l'extrémité' supérieure du dessin, et à gauche, un cratère se voit au centre d'un cirque dont il domine les remparts; tandis qu'au fond d'un cratère à

Fig S9. — Les montagnes de la Lune. Vue du cirque de Copernic, d^près l'amiral Smyth.

remparts très-élevés , situé vers la partie inférieure et à gauche du dessin, on aperçoit dans l'ombre l'ouverture d'un petit volcan intérieur. Çà et là, dans les vallées sinueuses que laissent entre eux les cirques, d'autres petites bouches volcaniques dépassent à peine le niveau de la plaine. Les bords accidentés de toutes ces ouver-

tures témoignent des convulsions du sol, des déchirements et des dislocations qu'il a subis à l'époque où ces éruptions ont eu Heu.

Le cirque de Copernic offre des traces nombreuses de débris rejetés hors du cratère, et dont quelques-uns out roulé à l'intérieur du cirque. Plusieurs autres montagnes lunaires présentent comme Copernic des traces évidentes

yig 60. — Le pic de TénérilTeel ses environs; déUÎU topographiques, d'apris PiazEÏ Smylh.

de stratifications, dues sans doute aux dépôts des éruptions successives.

Si les montagnes volcaniques de la Lune ont de grandes analogies avec les volcans de noire Terre, elles s'en distinguent aussi par des caractères bien tremchés. Qu'on mette en regard des dessins qui précèdent, la vue topographique (fig. 60) du pic de Ténériffe et de ses environs, et l'on se convaincra des différences aussi bien que des analogies. Tandis que, sur la Lune, les cratères ont des dimensions énormes — le diamètre de Ptolémée est de

i80 kilomètres; ceux de Copernic et de Tycho de 88 et de 80 kilomètres — les ouvertures des volcans terrestres sont d'une extrême petitesse relative. Le relief de l'île Bourbon (fîg. 61}, que nous reproduisons ici d'après les travaux d'un ingénieur distingué, M. L. Maillard, accuse de larges dépressions de forme à peu près circulaire, dans les points où existaient originairement des cônes d'érup-

Fig. ei. — Relier topographique de l'Ile Bourbon (la Réunion), d'après H. L. Maillard.

tiou. C'est peut-être à des affaissements de ce genre que sont dus les cirques de la Lune. Mais il est à remarquer que le profil extérieur de ces cavités volcaniques n'a point cette brusque direction verticale qui, sur notre satellite, distingue les remparts des cirques, remparts dont l'élévation est moindre à l'extérieur que du côté intérieur de l'enceinte, comme le témoignent les ombres portées de part et d'autre.

Le fond d'un cratère lunaire est généralement d'un niveau inférieiir à celui de la plaine qui l'entoure; le contraire existe toujours pour les volcans terrestres. Il est vrai que cette observation s'applique aux cirques de grande étendue, plutôt qu'aux cratères proprement dits.

Si, comme on le croit, la forme généralement arrondie des accidents lunaires, même de ce qu'on nomme des chaînes de montagnes, provient de l'action des couches internes contre la croûte solidifiée du sphéroïde, si les cirques ne sont que des cratères de soulèvement, ne seraitil pas permis d'attribuer à une sorte de retrait de la matière, à moitié liquide, la dépression intérieure du fond des cavités circulaires? C'est une hypothèse que je propose sous la réserve d'une discussion approfondie.

Un mot maintenant de la hauteur des montagnes de la Lune.

Les plus élevées de toutes sont dans le voisinage du pôle austral : c'est là qu'on ti'ouve le mont Dœrfel, dont le sommet atteint 7600 mètres d'altitude, les monts Casatus et Curtius, de 6956 et 6769 mètres, et la montagne annulaire de Newton, de 7264 mètres de profondeur. «L'excavation de cette dernière est telle, dit Humboldt, que jamais le fond n'en est éclairé ni par la Terre, ni par le Soleil. »

Dans les régions boréales, on trouve aussi des hauteiu*s considérables : Calippus, dans le Caucase, Huyghens, dans les Apennins, atteignent respectivement 6216 et 5530 mètres de hauteur. Les pics et les pitons n'offrent pas de moindres élévations que les montagnes annulaiix's. Le piton du cratère de Tycho mesure 5000 mètres, et celui d'Ératosthène, à l'extrémité de la chaîne des Apennins, s'élève de 4800 mètres au-dessus du fond du Cirque.

En résumé, sur 1095 hauteui^ mesurées par Béer et

Maedler, 39 sont supérieures à la cime de notre Mont-Blanc, et 6 ont plus de 6000 mètres.

Ainsi les hauteurs verticales des aspérités lunaires ne sont pas moins étonnantes que leurs dimensions en diamètre. J'ai déjà cité les immenses cirques de Ptolémée, de Copernic et de Tycho, mais parmi les cratères proprement dits, il n'est pas rare d'en trouver qui offrent des diamètres de 4 à 5 lieues. Le cirque de Sickhart est un des plus considérables de Thémisphère visible de la Lune : son diamètre ne mesure pas moins de 64 lieues; et la hauteur de Tune des montagnes qui le bordent est 3200 mètres. Circonstance singulière! un observateur placé au centre de l'immense plaine circulaire qui forme Sickhart ne pourrait apercevoir le sommet des hautes aspérités qui l'environnent de tous côtés. La distance serait assez grande pour que les bords du cratère plongent au-dessous de l'horizon visible. Quelle différence avec les cratères de nos volcans << qui, à la distance de la Lune, seraient à peine visibles au télescope. » (Humboldt.)

Pour compléter cette description, à la fois géologique, géographique et topographique de la Lune, il reste à parler de deux phénomènes singuliers, dont l'explication a beaucoup exercé Timagination des astronomes. Je veux parler des bandes lumineuses et des rainures.

Qu'on veuille bien se reporter au dessin de la planche VIII, (page 170), on verra partir de deux points principaux, Tycho et Copernic, une série de rayons lumineux qui, traversant les montagnes et les taches voisines, s'étendent à une grande distance des centres étoiles. Plus de cent bandes lumineuses divergent ainsi de Tycho. Aristarque, Kepler, les Carpathes, offrent des systèmes analogues qui semblent se rejoindre et se relier les uns aux autres. Ces singulières apparences, dont on n'a pu donner encore une ex -

plication bien satisfaisante, ne sont visibles qu'aux environs de la pleine Lune. Elles disparaissent pendant les autres phases, ce qui semble démontrer qu'elles ne sont point formées d'aspérités, puisqu'alors elles projetteraient des ombres et seraient au contraire, nettement visibles. Doivent-elles leur origine aux éruptions des volcans qui occupeut leur centre? S'il en est ainsi, ne pourrait-on y voir autant de fentes remplies après coup de matières blanchâtres et cristallines et formant ainsi à la surface même du sol autant de filons légèrement lumineux? Selon les vues d'un observateur éminent, M. Chacornac, les cirques ou cratères à centres rayonnants, ont une origine relativement récente. Lors de l'éruption qui a produit ces cirques, les masses gazeuses, en s'échappant par les cavités volcaniques nouvelles, et en se précipitant dans le vide, ont balayé sur leur passage les matières pulvérulentes et blanchâtres qui recouvraient les sommités des cratères voisins, d'origine antérieure; de là, ces longues bandes blanches qui rayonnent de Tycho, dans la direction des méridiens ayant ce volcan pour pôle commun. Cette explication des bandes lumineuses singulières qui partent de Tycho, de Proclus, d'A rist arque , de Copernic et d'Euler, jettera peut-être un grand jour sur la constitution physique de notre satellite.

Les rainures diffèrent des bandes lumineuses en ce qu'elles sont évidemment formées de deux talus parallèles, très-roi des et sans remparts, laissant entre eux une sorte dé fossé rectiligne. Blanches dans la pleine Lune, elles apparaissent dans les autres phases comme des lignes noires, l'un des deux bords projetant son ombre sur le fond de la rainure.

On crut d'abord y voir d'anciens lits de rivières desséchées; mais la forme de ces sillons, souvent plus larges au

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