COUP D'OEIL D'ENSEMBLE
Là se termine la description des phénomènes qui appartiennent an monde solaire.
Nous avons successivement passé en revue tous les astres qui le composent, depuis l'immense foyer, distributeur de la chaleur et de la lumière, jusqu'aux plus éloignés des corps planétaires que sa puissante attraction maintient dans des orbites immuables, jusqu'aux astres vagabonds dont quelques-uns peut-être ne visitent qu'une fois les régions du ciel où se meut tout le système.
Nous allons maintenant quitter ce monde dont nous faisons partie, monde si prodigieusement vaste, quand on en compare les dimensions aux plus gigantesques constructions de Thomme, que dis-je, au globe terrestre lui-même, dont la grosseur rend déjà l'homme si petit Nous nous élancerons dans l'espace, loin, bien loin au delà de Neptune, à de telles distances, que Terre, planètes. Soleil même, n'y apparaîtront plus tous ensemble que comme un point lumineux, comme une étoile unique. Lè« nous trouverons des myriades d'autres soleils, d'autres
DmEmoiis coirutu ou soleil, des plihètes et de leuiis sitelutes.
mondes, et nous essayerons d'en étudier la nature, les di^ tances et les mouvements.
Mais avant d'entreprendre cet immense voyage dans l'infini, résumons en quelques traits généraux la physionomie du monde solaire, qui nous servira incessamment de terme de comparaison pour tous les autres systèmes.
On a vu comment se groupent les différents corps célestes qui circulent autour du Soleil. En décrivant chacun d'eux, nous avons dit quelles sont leurs dimensions réelles, soit absolues, soit comparées à notre Terre. Nous donnons ici un tableau de toutes ces dimensions comparées (planche XXIV).
On peut juger d'un coup d'œil, par ce tableau, combien le volume du Soleil est prépondérant, vis-à-vis de toutes les planètes et de leurs satellites. Le calcul fait voir en effet que le globe solaire vaut à lui seul six cents fois les volumes réunis de tous ces corps. Sa masse est encore plus considérable ; et si le Soleil était placé dans l'un des plateaux d'une balance céleste, il faudrait mettre dans l'autre sept cent cinquante fois le poids de toutes les masses planétaires pour l'équilibrer.
Nous avons, dès le début, distingué toutes les planètes en trois groupes principaux : celui des planètes de dimensions moyennes, celui des astéroïdes ou planètes télescopiques, puis le groupe des grandes planètes. Ce qui rend cette division plus frappante, c'est que les corps célestes dont chaque groupe est formé, n'ont pas seulement entre eux des similitudes de grosseurs et de distances au Soleil, mais d'autres analogies physiques qui semblent en faire autant de familles naturelles, dont les membres ont peut-être une origine commune.
C'est ainsi que Mercure, Vénus, la Terre et Mars sont
animés de mouvements de rotation dont la durée est presque identique, et sauf Mercure ^ , la plus dense des planètes, ont une même densité pour la matière qui les compose. L'aplatissement de leurs globes est très-faible ou même imperceptible.
Quant aux inclinaisons des axes sur les plans des orbites, inclinaisons qui ont tant d'influence sur les saisons dans chaque planète, elles nécessitent qu'on divise les quatre planètes moyennes en deux sous-groupes, Mercure et Vénus d'un côté, Mars et la Terre, de l'autre.
On sait peu de chose de la constitution physique des petites planètes ; mais, outre leur accumulation en une zone assez étroite, et leur extrême petitesse, elles se ressemblent encore par la grande excentricité de leurs orbites et les inclinaisons généralement très-grandes des plans dans lesquels ces astres se meuvent autour du Soleil.
S'agit-il maintenant des quatre grosses planètes, Jupiter, Saturne, Uranùs et Neptune, on voit qu'une rotation beaucoup plus rapide s'accorde avec un aplatissement considérable pour les deux premiers corps, ces éléments restant inconnus pour les deux autres. Leur densité est le quart au plus de celle des planètes moyennes, et de l'une à l'autre varie peu.
A la vérité, les autres éléments n'oflrent plus les mêmes analogies. L'inclinaison de l'axe, presque nulle pour Jupiter, est déjà grande pour Saturne, et semble considérable dans Uranus qui, sous ce rapport, se rapprocherait dv Vénus et de Mercure.
Mais un autre point de ressemblance, c'est que toutes ces planètes ont des satellites en assez grand nombre, tandis
1 . D'après Encke, la densité de Mercure seftdt beaucoup moindre que celle adoptée jusqu'à présent; elle se rapprocherait de la densité de la Terre.
que, seule des autres planètes du système, la Terre est accompagnée d'une Lune unique.
On a beaucoup agité la question de l'habitabilité des planètes du monde solaire. On s'est demandé si la Terre seule est embellie à sa surface par les productions de la vie animale et végétale, si elle est seule habitée et gouvernée par des êtres intelligents et sensibles.
L'astronomie ne peut aborder qu'indirectement ces questions intéressantes, dont la solution restera longtemps sans doute dans le domaine des conjectures. Mais nous avons vu avec quel soin minutieux elle rassemble tous les éléments du problème, toutes les données que l'observation peut fournir sur les conditions physiques et météorologiques propres à chacun des corps du monde solaire.
Sans doute, en s'en tenant aux vagues analogies, il y a de fortes probabilités que la plupart des planètes et de leurs lunes sont habitées. Mais quel est le genre d'organisation des êtres végétaux et animaux qui les peuplent? C'est ce dont il est plus difficile encore de se faire une idée, dans l'état actuel de la science. Maintenant, n'est-il pas probable que les âges Ses planètes sont fort difiFérents, et que, même en supposant qu'elles ont dû ou doivent passer par les mêmes phases géologiques, ces phases sont loin d'être les mêmes aux mêmes époques ?