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LIVRE PREMIER

Imaginons une sphère ayant le Soleil à son centre ^ et dont la surface idéale s'étende à une distance de trente fois le rayon moyen de Forbite de la Terre ; cette sphère comprendra dans sa vaste enceinte tous les corps célestes, les comètes exceptées, qui eflTectuent périodiquement leurs révolutions autour du Soleil, et dont nous venons de décrire les mouvements et la constitution physique.

Existe-t-il d'autres planètes plus éloignées encore que Neptune? Les comètes à longues périodes qui, après avoir brillé une fois dans nos régions, vont s'enfoncer dans l'espace à des profondeurs dépassant plusieurs milliers de fois la distance du Soleil à la Terre, appartiennent-elles réellement à notre monde? C'est ce qu'on ne saurait nier ni affirmer, ce qu'on ne vérifiera peut-être qu'après des

siècles. Il est donc permis de regarder la sphère imaginaire dont nous venons de parler, comme donnant une mesure approximative des dimensions du système solaire.

Toutefois, allons plus loin. Triplons en pensée le rayon de cette sphère ; donnons-lui pour rayon cent rayons de l'orbite terrestre, à peu près trois mille quatre cents millions de lieues I Espace énorme dont l'imagination ne se fait que difficilement une idée un peu précise, et qu'un rayon de lumière mettrait plus de onze jours à traverser d'outre en outre, malgré sa foudroyante vitesse de 77 mille lieues par seconde.

Cependant nous verrons bientôt que cette immense étendue n'est qu'un point, quand on la compare aux dimensions de la portion de l'univers que notre vue peut atteindre. Les plus rapprochés de nous des innombrables systèmes dont cette portion se compose, s'éloignent des confins du système solaire à une distance deux mille fois aussi grande que le rayon de la sphère qui vient de nous servir à en mesurer les limites.

On ne pouvait donc guère espérer qu'il fût jamais possible, même à l'aide des plus puissants télescopes, de découvrir les particularités physiques de corps célestes aussi prodigieusement distants. Mais grâce à d'ingénieuses méthodes et à des procédés d'une extrême délicatesse, les dernières investigations de la science ont fourni aux observateurs la plus riche série d'intéressants phénomènes. La constitution même de l'univers visible s'est ainsi pou à peu révélée : la distribution des astres, leurs groupes, leurs mouvements, l'intensité et la couleur de leur lunaière et mille autres faits curieux sont autant de points dont la constatation décisive est venue donner à l'astronomie sidérale le plus haut intérêt.

C'est donc le ciel tout entier, dans ses détails comme dans son ensemble, que nous allons maintenant pai*courir. La connaissance que nous avons acquise du système dont la Terre fait partie nous sera d'un grand secours pour cette étude, en nous donnant à chaque instant des termes de comparaison pour juger par analogie des autres systèmes.

Scintillation des étoiles. — Apparente fixité de leurs distances relatives. — Nombre des étoiles visibles à l'œil nu. — Évaluation approchée da nombre des étoiles visibles dans les instruments.

Nul spectacle, disais-je au début de cet ouvrage, n'est à la fois aussi touchant et aussi grandiose que celui du ciel par une belle nuit. Si Ton a soin de choisir pour observatoire une station bien à découvert, comme Test ime plaine unie, le sommet d'une colline ou encore l'horizon de la mer ; et si l'atmosphère un peu humide possède toute sa transparence et sa pureté, on voit des milliers de points lumineux étinceler de toutes parts, accomplissant lentement et avec ensemble leur marche silencieuse. Le contraste de l'obscurité qui règne à la surface de la Terre avec cette voûte resplendissante donne une profondeur indéfinie à l'océan céleste qui surplombe nos têtes. Mais laissons là la magnificence du spectacle, pour l'étudier lui-même dans ses plus minutieux détails.

Commençons par nous occuper des apparences.

Un prepiier caractère commun à toutes les étoiles, c'est un changement d'éclat, incessant et très-rapide, qui a reçu le nom de scintillation. Ce phénomène est accompagné de variations de couleurs également brusques

qui ont la même cause que les disparitions et réapparitions successives. Toutes les étoiles scintillent, quel que soit leur éclat , du moins dans nos régions tempérées. Mais l'intensité de ce mouvement lumineux n'est pas la même pour toutes, et d'ailleurs elle varie à la fois avec le degré de pureté du ciel, avec l'élévation des étoiles audessus de l'horizon, et avec la basse température des nuits.

Selon Arago, la scintillation est due à la différence de vitesse des rayons de diverses couleurs traversant les couches atmosphériques , inégalement* chaudes , inégalement denses, inégalement humides. Aussi dans les régions tropicales, où les couches atmosphériques sont plus homogènes, n'observe-t-on plus de scintillation, pour les étoiles dont la hauteur au-dessus de l'horizon dépasse 1 5^, ou le sixième de la distance de l'horizon au zénith. « Cette circonstance, dit Humboldt, donne à la voûte céleste de ces contrées un caractère particulier de calme et de douceur * . »

Quant aux planètes, elles scintillent peu ou point ; il est rare qu'on observe des traces de ce phénomène dans Saturne et dans Jupiter, mais il est plus sensible pour Mars, Vénus et Mercure. Cette différence suffit, dans nos climats* pour donner un premier moyen de distinguer une planète d'une étoile, lorsqu'on n'est pas très-familier avec la configuration des groupes célestes.

Un autre caractère spécifique des étoiles, c'est que leurs diamètres sont sans dimensions appréciables. A l'œil nu, cette distinction serait insuffisante, puisque, la Lune et le Soleil exceptés, les planètes les plus considérables n'ont pas non plus de diamètres sensibles. Mais, tandis que le grossissement des instruments d'optique nous montre les

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