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planètes principales sous la forme de disques nettemeut terminés y les lunettes les plus puissantes ne font jamais voir une étoile que comme un point lumineux, sans dimensions. La distance qui nous sépare de ces astres est si grande, qu'il n'y a pas lieu de nous étonner d'un tel résultat.
Wollaston affirme que le diamètre apparent de la plus brillante étoile du ciel, de Sirius, ne vaut pas la cinquantième partie d'une seconde d'arc. Mais hâtons-nous de dire que ce résultat laisse encore une belle marge aux dimensions réelles de cette étoile, puisqu'à la distance 011 elle se trouve de nous, un diamètre apparent aussi petit représenterait néanmoins un diamètre réel de 4 500 000 lieues : c'est encore plus de 1 2 fois le diamètre de notre Soleil.
Ajoutons enfin que l'absence de dimensions apparentes appréciables ne suffirait pas pour distinguer absolument les étoiles des planètes, puisqu'un certain nombre de cellesci, nous l'avons vu plus haut, n'apparaissent dans les télescopes que comme de simples points lumineux. Arrivons donc au caractère spécifique permanent, dont la constatation empêchera toujours de confondre une étoile avec l'un des astres connus ou inconnus qui font partie de notre groupe solaire. Ce caractère, le voici :
Les étoiles proprement dites conseiTent entre elles, à très-peu de chose près, leurs distances relatives. Elles forment donc, sur la voûte céleste, des groupes apparents d'une configuration presque invariable : il faut des siècles pour constater leur changement de forme autrement que par des mesures extrêmement délicates. Une planète au contraire se déplace rapidement en traversant ces groupes, au point que dans l'intervalle d'une nuit, de quelques nuits au plus, ce déplacement est très-sensible. De là,
raDcienne dénomination à! étoiles fixes ^ par opposition aux étoiles errantes ou planètes.
Il faut bien se garder toutefois de donner à cette dénomination de fixes une rigueur qu'elle n'a pas, et l'on verra bientôt que les étoiles se meuvent réellement avec une rapidité qui ne le cède en rien à celle qui anime les astres de notre système. L'immense éloiguement est seul cause de cette immobilité apparente, qui n'existe plus dès que des observations précises embrassent un intervalle de temps suffisant, quelques années par exemple.
Un fait qui frappe tout le monde, c'est la grande diversité d'éclat des étoiles qui parsèment le ciel. On y remarque tous les degrés d'intensité, depuis la lumière éblouissante de Sirius, jusqu'à la lumière à peine perceptible des dernières étoiles visibles à l'œil nu.
D'où vient cette différence d'éclat? C'est ce qu'on ne saurait dire d'aucune étoile en particulier; mais il est facile de comprendre qu'elle peut résulter de circonstances multiples, telles que. le plus ou moins grand éloiguement, les dimensions réelles et variées des astres, enfin l'éclat intrinsèque de la lumière propre à chacun d'eux.
Quoi qu'il en soit, les astronomes, sans se préoccuper d'abord des causes inconnues qui peuvent influer sur l'intensité de la lumière stellaire, ont partagé les étoiles en classes ou grandeurs. Quand on parle d'une étoile de première, de seconde, de cinquième grandeur, il est donc bien entendu que cette façon de parler est tout entière relative à l'intensité apparente, et qu'il n'en faut rien préjuger, ni sur les dimensions réelles de l'astre, ni sur sa distance, ni même sur son éclat intrinsèque ^ .
1. Ce que nous (lisons ici d'une étoile particulière n'est plus vrai rigoureusement quand on considère Tensemble des étoiles. Le calcul des proba-
D'fùlleurs, comme les étoiles rangées par ordre d'éclat formeraient une progression décroissant par degrés insensibles, les classes adoptées sont toutes de conventioD et dès lors arbitrtùres. Les six premières grandeurs comprennent toutes les étoiles visibles à l'œil nu. Mais l'emploi des télescopes les plus puissants permet aujourd'hui d'ape^ cevoir des étoiles d'un éclat beaucoup plus faible, et qui peut descendre jusqu'à la 16* et à la 17* grandeur. En vérité, la progression n'a pas de limite inférieure*, elle s'étend de plus en plus, à mesure que les progrès de l'art de l'opticien augmentent le pouvoir de pénétration des instruments.
Pour se faire une idée des intensités respectives de la lumière émise par les étoiles des six premiers ordres de grandeur, suivant l'échelle adoptée par les astrouornes, on n'a qu'à jeter les yeux sur le dessin suivant, où les étoiles sont figurées par des disques dont la surface est en raison de leur éclat :
Fig. 1 19. — Eclat relatif de» étoiles des m premières grandeurs.
Mais, je le répète, il ne faut pas croire que les étoiles rangées dans une même classe soient toutes pour cela de même intensité. C'est ainsi que la lumière de Sirius est évaluée comme égale à quatre fois celle de l'étoile Alpba de la constellation du Centaure; et cependant, l'une el
biUtés permet, dans ce cas, de déduire de l'éclat des étoiles d'une cerUine grandeur des conséquences sur leur distance moyenne. Nous reviendrons plus loin snr ce point.
Tautre sont mises par les astronomes au nombre des étoiles de première grandeur.
Voici les noms des vingt étoiles les plus brillantes des deux hémisphères, qu'on a coutume de considérer comme formant la première classe : elles sont ici rangées par ordre d'éclat.
1 Sirius. 11 Âchernar.
2 Êla d'Argot 12 Aldebaran.
3 Ganopus. 13 Bèta du Centaure.
4 Alpha du Centaure. 14 Alpha de la Croix.
5 Arcturus. 15 Antarèa.
6 RigeL 16 Ataïr.
7 La Chèvre. 17 L'Épi de la Vierge.
8 Vëga. 18 Fomalhaut.
9 Procyon. 19 Bêta de la Croix.
10 Béteigeu8e^ 20 Pollux.
Enfin, Regnlus du Lion est aussi rangée par quelques astronomes dans la première grandeur, tandis que d'autres n'admettent dans cette classe que les dix-sept premières étoiles. Ces divergences n'ont pas d'importance.
A mesure qu'on descend l'échelle des" intensités ou des grandeurs, le nombre des étoiles contenues dans chaque classe va en croissant rapidement. C'est ainsi qu'on évalue à 65 le nombre d'étoiles de tout le ciel comprises dans la seconde grandeur; à 200 environ, celles de troisième; à 425, le nombre des étoiles de quatrième grandeur; à 1100, celles de cinquième, et à 3200, celles de sixième grandeur.
En faisant la somme de tous ces nombres on trouve un peu plus de 5000 étoiles pour les six premières grandeurs qui comprennent, à peu de chose près, toutes celles qu'on peut apercevoir à l'œil nu.
1 . On yerra plus loin que Téclat de cette étoile a subi d'étonnantes transformadont.
2. L'éclat de cette étoile est variable; eUe est descendue récemment à la sixième grandeur.
La petitesse de ce nombre étonne presque toujours les personnes qui n'ont point cherché à se rendre un compte exact de la quantité d'étoiles qui brillent sur la voûte céleste pendant les plus belles nuits. A l'aspect de cette multitude de points étincelants qui parsèment le ciel, qui ne se sent disposé à croire qu'ils sont innombrables et se comptent, sinon par millions, du moins par centaines de mille? C'est là cependant une véritable illusion. Tous les observateurs qui se sont donné la peine de faireun dénombrement exact des étoiles perceptibles à l'œil nu, ont compté au maximum, et en moyenne, 3000 étoiles dans toute la partie de la voûte étoilée qu'on peut apercevoir au même instant. Or, cette portion n'est jamais que la moitié du ciel entier.
Argelander a publié un catalogue exact des étoiles visibles sur l'horizon de Berlin, pendant le cours d'une année. Ce catalogue comprend 3256 étoiles*. D'après Humboldt, il y en a 4146 visibles sur l'horizon de Paris, dans tout le cours de rannée,'et, comme ce nombre va croissant à mesure qu'on s'approche de Téquateur, c'est-à-dire à mesure que le double mouvement de la Terre permet de découvrir, en une année, une portion plus étendue du ciel, on trouve déjà 4638 étoiles visibles à l'œil nu, sur l'horizon d'Alexandrie (Basse-Egypte).
1. M. Heis (de Munster) assure que sa vue est si pënetranfe, qu'il aperçoit à l'œil nu 2000 étoiles de plus que celles consignées par Argelander dans sa Nouvelle Uranométrie. D'autre part, il est bien des vues qui distinguent au plus les étoiles de cinquième grandeur, et ne voient aucune de celles de sixième.
Le degré de visibilité des étoiles à l'œil nu dépend aussi beaucoup de l'état de l'atmosphère, de sa pureté plus ou moins grande et de l'altitude des lieux. Les Parisiens et en général les habitants des grandes villes, pour s'assurer de ces différences, n'ont qu'à comparer le ciel étinoelant des campagnes avec celui qu'ils entrevoient à travers l'épaisse brume qui surplombe leur cité.
Je le répète, au maximum, c'est un nombre compris entre 5000 e1 6000 étoiles environ pour le ciel entier. Encore s'agit-il des vues les plus perçantes, les plus habituées aux observations astronomiques et effectuant une telle révision par les nuits les plus pures. Quand l'atmosphère est éclairée par la Lune ou par la lueur crépusculaire, ou comme il arrive dans les grands centres de population, par l'illumination des maisons et des rues, les dernières grandeurs s'effacent et le nombre des étoiles visibles est beaucoup plus limité. Ajoutons enfin que plus la scintillation est vive, plus il est facile de distinguer les très-faibles étoiles.
Un mot maintenant du nombre des étoiles qu'on ne peut apercevoir sans le secours du télescope. Là, nous allons retrouver ces nombres prodigieux de points lumineux que notre imagination nous fait voir à tort, à la vue simple.
Selon rillustre directeur de l'observatoire de Bonn, Argelander, la septième grandeur comprend à peu près 13 000 étoiles, la huitième 40000, la neuvième enfin 1(2 000. Les évaluations de Struve portent à plus de 20 millions le nombre total des étoiles, visibles dans le ciel entier à l'aide du télescope de 20 pieds construit par William Herschel. Mais, sans aucun doute, ces nombres approximatifs sont bien au-dessous de leur valeur réelle * . On verra d'ailleurs que la richesse en étoiles des diverses
]. M. Chacornac considère cette évaluation comme bien inférieure à celle des étoiles comprises entre la première et la treizième grandeur : • Pour ma part, nous écrit-il, d'après les jauges de sir W. Herschel et celles des cartes écliptiques, j'évalue h 77 millions le nombre des étoiles comprises dans les treize premiers ordres de grandeur, si Ton prend la moyenne indiquée dans la préface lu catalogue des zones de Bessel réduites par Weiss. • Que serait-ce, si l'on pouvait joindre à ces énumérations, déjà si prodigieuses, toutes les étoiles qui forment les amas stellaires et les milliers de nébuleuses aujourd'hui connues!
380 LE MONDE SIDEHAL.
parties du ciel est fort inégale. La grande zone brillante connue sous le nom de Voie Lactée, à elle seule, eu contient, suivant Hcrsehel, dixhuit millions. Rien n'est plus curieux que d'examiner, d'abord à l'œil nu, puis à
pjg. lïo.— uncoin l'aide d'une lunette, un même champ de
de la canslellalion *
des Gémeaux, vu la surface du cicl. Là, OÙ l'œil distinguait à
peine quelques rares étoiles, le télescope
en montre successivement' des milliers. Les deux des-
f\g. 111. — Un coin de la conslellation de) Gémeaux, vu au télescope. •
sins qui suivent permettront, à ceux de mes lecteurs qui n'ont pas en leur possession de lunette un peu puissante.
] , Je dis successivement, parce que plua le grossissement des IuimUm est coDsidéroble, plus le champ de l'instrumeDt est limité.
de juger de la surprise qu'on éprouve à faire cette expérience. Ces dessins représentent le même coin de la constellation des Gémeaux. L'œil nu permet d'y compter six étoiles. Or le même espace céleste , vu à l'aide d'un télescope de 27 centimètres d'ouverture, ne renferme pas moins de 3205 étoiles, depuis la troisième, jusqu'à la treizième grandeur. C'est un véritable fourmillement de points lumineux \
Que serait-ce donc si, appliquant à la même région les instruments beaucoup plus puissants encore, dont la science peut actuellement disposer, Tceil y découvrait à des profondeurs pour ainsi dire infinies, toutes les étoiles des ordres inférieurs?
1. Ce dessin est la reproduclion, sar une petite échelle, d'une des cartes du bel Atlas écliptique publié par M. Ghacornac.
Révision générale du ciel étoile. — Constellations visibles sur l'homon
de Paris. — Zone circompolaire boréale.
Avant d'étudier en eux-mêmes les phénomènes que présente le ciel étoile, avant de pénétrer pour ainsi dire au cœur de l'univers visible, pour en saisir la structure merveilleuse et en embrasser par la pensée la prodigieuse étendue, il est bon de se familiariser avec les groupes d'étoiles, tels qu'ils se présentent à l'œil d'un habitant de la Terre. Les mouvements dont les étoiles prétendues fixes sont douées s'effectuant, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avec une extrême lenteur, il en résulte que les groupes artificiels ou constellations affectent pendant longtemps les mêmes figures. Cette constance de forme, jointe à la différence d'éclat des étoiles principales, nous permettra de nous débrouiller au milieu du chaos de tant de points lumineux disséminés çà et là sur la voûte céleste. Quand nous posséderons de la sorte la carte de notre ciel, nous pourrons suivre avec plus d'intérêt les particularités qui distinguent ses diverses régions, aussi variées en réalité qu'elles semblent uniformes au premier abord.
Choisissons, pour faire cette révision du ciel, une sla-
tion quelconque à la surface de la Terre, par exemple rhorizon de Paris. Comme notre globe en vertu du mouvement diurne exécute en vingt-quatre heures environ une rotation entière autour de son axe, il en résulte que la portion de la voûte céleste visible dans la station que nous avons choisie défile entièrement devant nos yeux pendant le même temps. Il nous suffirait dès lors de 24 heures pour effectuer notre revue, si Tillumination de l'atmosphère n'efilaçait les étoiles pendant le jour. Mais l'alternative du jour et de la nuit ne permet de voir qu'une portion des étoiles visibles en un lieu donné.
Heureusement, le mouvement de la Terre dans son orbite annuelle, résout cette difficulté. En vertu de ce mouvement, chaque nuit vient nous montrer de nouvelles étoiles, tandis que d'autres d'abord visibles disparaissent. Dans le cours d'une année, la Terre présente ainsi successivement l'un quelconque de ses hémisphères obscurs à toutes les parties du ciel, à toutes celles du moins qui peuvent correspondre à l'horizon de l'observateur.
Enfin, il ne faut pas perdre de vue que, même dans celle Tiypothèse, toute une partie de la voûte céleste restera encore invisible. Il va suffire, pour s'en convaincre, de se rappeler quel est l'effet du mouvement diurne de rotation sur l'aspect du ciel en un lieu donné de la Terre, à Paris, je suppose. Un point situé à une certaine hauteur au-dessus de cet horizon, et au nord dans la direction du méridien, reste immobile. C'est l'un des pôles. Puis, autour de ce point les étoiles semblent décrire du levant au couchant des cercles de plus en plus grands à mesure qu'elles sont plus éloignées du pôle. Tant que ces cercles ne vont pas atteindre l'horizon par leur arc inférieur, les étoiles ne se lèvent ni se couchent et restent constamment visibles : ce sont les étoiles circompolaires .
Au delà, * les cercles décrits plongent en partie au-dessous de l'horizon 9 grandissant jusqu'à un cercle limité qui est l'équateur. Puis, en s'éloignant encore, les étoiles décrivent des arcs de plus en plus courts, du côté du midi. Les dernières se lèvent à peiae pour bientôt se coucher et disparaître.
On conçoit donc qu'il reste toute une zone d'étoiles, lesquelles n'émergeant jamais au-dessus de l'horizon de Paris, sont à jamais invisibles pour tous les lieux de la Terre qui ont cette même latitude. Ce sont les étoiles qui environnent le pôle méridional du ciel et qu*un observateur. découvrirait peu à peu, à mesure qu'il descendrait en s' approchant des régions équatoriales de la Terre*.
Le ciel tout entier peut donc être considéré comme formé de trois zones, la première toujours visible pendant la nuit, quel que soit le jour de l'année, la seconde visible en partie seulement, la troisième toujours invisible.
Passons successivement en revue ces trois zones.
Occupons-nous d'abord de celle qui est toujours en vue, quand le ciel est clair bien entendu, pour tous les points de la Terre qui ont même latitude septentrionale que Paris. Des côtes de la Manche qui avoisinent Saint-
1 . En vertu des deux mouvements de la Terre et de sa forme sphérique, la portion de la sphère céleste visible en un lieu quelconque du globe varie avec la latitude de ce lieu.
A Tëquateur, c'est le ciel tout entier, hémisphère boréal et hémisphère austral, qui défile devant l'observateur pendant les nuits d'une année entière. Les deux pôles sont couchés à l'horizon, dont ils marquent les points nord et sud ; l'équateur céleste va de l'est à l'ouest en passant par le zénith.
A mesure qu'on s'avance de Téquateur vers l'un ou l'autre des pôles, la portion du ciel visible diminue, tout en dépassant la moitié. Enfin, aux pôles mêmes, on ne voit plus qu'une seule moitié du ciel, boréale ou australe, suivant les pôles. L'équateur céleste coïncide avec l'horizon lui-même et le pôle céleste est au zénith.
Maloy jusqu'au nord des îles du Japon, en passant par Strasbourg, Stuttgardt, Vienne, la Russie méridionale, le pays des Mongols et la Mantehourie , • puis de Terre- Neuve au nord-ouest des États-Unis, tous les habitants du parallèle terrestre dont je parle jouissent du même spectacle pendant toute Tannée : l'heure seule, ou plutôt l'instant seul diffère.
Toutes les constellations comprises dans cette zone d'étoiles circompolaires sont représentées dans la planche XXV (v. le frontispice). Essayons de les reconnaître. Il est minuit, je suppose. Nous sommes à la fin de l'automne, vers le 20 décembre, pendant la nuit du solstice d'hiver. Orientons-nous, et cela fait, tournons nos regards vers le côté nord du ciel. Concevons par la pensée un cercle qui, rasant l'horizon au nord même, vienne se terminer un peu au delà du zénith ', le centre de ce cercle idéal se trouvera à peu près à égale distance du zénith et de l'horizon : c'est le pôle céleste septentrional. Très-voisine de ce point, se trouve une étoile assez brillante de seconde grandeur : on la nomme la Polaire. Comme il est très-important de savoir retrouver cette étoile, dont la position reste à fort peu de chose près invariable dans tout le cours des nuits d'une année, je vais indiquer bientôt le moyen facile de la reconnaître.
Examinons vers la droite, sur la planche XXV et dans la figure 122, un groupe de sept étoiles de seconde grandeur. Il appartient à une constellation du ciel boréal connue depuis longtemps sous le nom de la Grande-Ourse. Arrêtons-nous un instant en ce point du ciel, d'où nous partirons tout à l'heure pour opérer tous les alignements utiles à notre revue du ciel étoile. Les sept
1. Le zénith est, comme on sait, le point da ciel sitaé verticalement aa-dessue de la tète d'un observateur.
étoiles que nous avons sous les yeux peuvent se décomposer en deux groupes, dont le premier, à La partie supérieure, figure un quadrilatère qu'on nomme corps de rOurse, tandis que les trois étoiles inférieures forment la queue. Les deux étoiles extrêmes du quadrilatère se nomment les gardes '.
Six des sept étoiles principales de cette constellatioD
Fig. I!!. — Le ciel de Itiorlion de l'aris. — Conslellatioas circompoUirea boriales-
sout à peu près égales en éclat, et de seconde grandeur. Mais il est aisé de reconnaître à l'œil nu que l'étoile du corps de l'Ourse la plus voisine de la queue est ioférieure aux autres : elle n'est plus guère aujourd'hui ea effet que de quatrième grandeur, bien qu'au dix-septième siècle elle ne se distinguât point sous ce rapport de ses voisines.
L'étoile du milieu du timon est accompagnée, vers la
1 . La GraDde-Ourse es nomme aussi valgairameat le Chariot de David. Alors les étoUes da quadrilatère an sont les quatre rouet, tandis que lei trois autres forment le limon.
gauche, d'une toute petite étoile nommée Alcor^ assez facile à distinguer pour les vues moyennes^
L'œil nu peut apercevoir jusqu'à cent trente-huit étoiles dans la Grande-Ourse, parmi lesquelles, indépendamment des sept principales, vous remarquerez huit étoiles de troisième grandeur, six de quatrième ; les autres forment les deux derniers ordres d'éclat perceptibles à la vue simple. De la Grande-Ourse, revenons maintenant à Tétoile Polaire.
Prolongeons, pour cela, la ligne droite qui joint les Gardes, en nous approchant du centre de la portion du ciel qui est en vue. A une distance d'environ cinq fois l'intervalle qni sépare ces deux étoiles, nous retrouvons la Polaire.
Nous savons que la Polaire joue actuellement un grand rôle dans le ciel boréal, puisque, très-voisine du pôle, cette étoile est pour ainsi dire Tun des pivots de Taxe idéal autour duquel la Terre exécute sa rotation diurne. Il en résulte qu'elle semble immobile, en conservant la même hauteur au-dessus d'un horizon quelconque, tandis que les autres étoiles décrivent autour d'elle des cercles d'inégale grandeur. Ainsi, la Grande-Ourse située d'abord à l'orient du pôle, à l'heure de minuit que nous avons choisie pour le début de notre inspection, va remonter vers le zénith à mesure que la nuit s'écoule. Vers six heures du matin, elle sera au-dessus de la Polaire, tandis qu'à six heures du soir, elle occupait une position diamétralement opposée , au-dessous du pôle et près de rhorizon.
Comme toutes les étoiles participent à ce mouvement
1. Humboldt affirme n'avoir pu distinguer que rarement Alcor, à Tœil nu, sous le ciel d'Europe. Pour mon compte, je h vois sans difficulté et à toute époque sous le ciel peu favorable de Paris.
d'ensemble, il est clair que leurs positions relatives ne sont pas changées, de sorte que les figures des groupes restent toujours les mêmes. Je fais une fois pour toutes cette remarque importante et je continue.
A l'ouest de la Polaire, à la même hauteur au-dessus de l'horizon que la Grande-Ourse, et à peu près à la même distance du pôle, se trouve un groupe de six étoiles dont deux sont de la seconde grandeur, trois de la troisième et une de la quatrième : c'est la constellation de Cassiopée*, qui renferme soixante-sept étoiles visibles à l'œil nu. Les six dont nous venons de parler forment une sorte de chaise renversée dont la figure, une fois bien comprise, rend cette constellation aisée à reconnaître.
Entre la Grande-Ourse et Cassiopée se trouve la Petite- Ourse, dont la Polaire est l'étoile la plus brillante. Sur es vingt-sept étoiles visibles à l'œil nu qui la composent, il y en a sept qui forment une figure ayant avec les sept étoiles de la Grande-Ourse une grande ressemblance, mais placée en sens inverse; les quatre étoiles intermédiaires se voient assez difficilement.
Au-dessous de la Petite-Ourse, on peut voir une série d'étoiles formant une ligne sinueuse, qui se prolonge jusque près des Gardes de la Grande-Ourse, et se tennine à l'extrémité intérieure par un groupe de quatre étoiles rangées en trapèze. C'est le Dragon qui, sur cent trente étoiles visibles à l'œil nu, en contient une seulement de deuxième grandeur et neuf de troisième.
Céphée, la Girafe et le Lynx sont trois autres constellations voisines du pôle. La première, entre la Petîte-
1 . En tirant une ligne de Tëtoile du milieu de la Grande-Ourse (la moins brillante des sept) à la Polaire, et en la prolongeant d'une distance presifoe ëgale, on tombe sur Tëtoile Bêta de Cassiopée.
Ourse et Cassiopée ; la deuxième, opposée au Dragon ; la troisième, du même côté que la seconde. Elles n'offrent ni les unes ni les autres rien de bien remarquable, surtout la Girafe et le Lyiïx, dont toutes les étoiles sont au plus de quatrième grandeur.
Parmi toutes les étoiles qui, sur l'horizon de Paris, ne se couchent jamais, la plus brillante est une étoile de première grandeur connue sous le nom de la Chèvre, et qui fait partie de la constellation du Cocher.
Vers le 20 décembre, à minuit, la Chèvre est à fort peu près au zénith, ainsi qu'on peut le voir dans la planche XXV. On peut trouver cette étoile remarquable, en prolongeant la ligne qui joint les deux étoiles du quadrilatère de la Grande-Ourse, les plus voisines du pôle. Le Cocher, qui renferme soixante-neuf étoiles visibles à l'œil nu, contient outre la Chèvre, une étoile de deuxième grandeur et trois autres comprises entre la troisième et la quatrième.
Au nombre des constellations visibles au moins en partie pendant toute l'année, et dont les étoiles environnant le pôle ont reçu pour cette raison le nom à^ étoiles circompolaires y il faut ranger Persée, qu'on aperçoit dans le voisinage du Cocher. Elle occupe à l'époque et à rheure que nous avons choisies, une position un peu occidentale, relativement à cette dernière constellation, au-dessus de Cassiopée. Sur quatre-vingt-une étoiles visibles à l'œil nu, une est de seconde grandeur, six sont d'un éclat supérieur à la quatrième. Parmi ces dernières, se trouve Algol^ célèbre par les variations de sa lumière, qui la font passer alternativement et dans une très-courte période de la seconde à la quatrième grandeur. Nous parlerons plus loin avec détail de cette singulière étoile.
Avant de continuer notre description de la voûte étoilée
et des groupes que Tusage y a formés, ajoutons quelques explications sur Taspect de la zone circompolaire boréale.
J'ai supposé, pour la décrire, que nous étions au 20 décembre, à minuit. Mais il est facile de trouver, à l'aide de la planche XXV, son aspect et sa position pour une heure quelconque de la nuit, ou pour une autre époque de Tannée. C'est en vingt-quatre heures sidérales, on le sait, que s'effectue la rotation entière du mouvement diurne. En six heures, un quart du mouvement total est donc accompli. Que résulte-t-il de là? Qu'une constellation telle que Cassiopée, par exemple, qui à minuit est à gauche du pôle, était au-dessus à six heures du soir et se retrouvera au-dessous, vers l'horizon, à six heures du matin.
Dès lors, si l'on fait tourner la planche, de façon à mettre en bas, à l'horizon, chacun de ses quatre côtés, on aura les positions successives des étoiles de la zone circompolaire pour les heures suivantes :
côté horizontal inférieur à minuit ;
T-. on AA^^ u 7^^ vertical de droite à 6 heures du soir
Le 20 décembre :<*,,!.,, . . v -j- .
côté horizontal supérieur à midi ';
côté vertical de gauche & 6 heures du mat.
Ajoutons que, par une rotation lente de la figure, rien n'empêche de suivre progressivement la rotation de la voûte étoilée à toutes les heures de la nuit, intermédiaires entre celles que nous venons d'indiquer.
D'un jour à l'autre, cet aspect changera^ chaque étoile
1. A cette heure, tout le monde sait que les étoiles restent invisibles i cause de Fillumination de Tatmosphère. Les constellations et les étoiles n'en occupent pas moins, dans le ciel, la position indiquée dans le tableta ci-dessus. A l'aide d'un télescope ou d'une lunette astronomique d'ane certaine puissance, on peut voir en plein jour les étoiles des premiers onlres de grandeur, que la vue simple ne peut percevoir.
venant occuper de plus en plus tôt la même position que les nuifs précédentes. Cette avance est de six heures tous les trois mois. Par conséquent , si Ton reprend dans le même ordre les quatre positions du tableau précédent, elles correspondront aux époques et aux heures suivantes (le Tannée :
Le 22 mars.
Le 20 juin.
Le 22 septembre.
Côte horizontal inférieur.
6 h. du soir.
Midi.
6 h. du matin.
— vertical de droite. . .
Midi.
6 h. du mat.
Minuit.
— horizontal supérieur
6 h. du mat.
Minuit.
6 h, du soir.
— vertical de gauche. .
Minuit.
6 h. du soir.
Midi.
Révision du ciel étoile. — Constellations visibles au sud de l*horixon
de Paris. — Étoiles de la zone équatoriale.
Revenons maintenant à notre dénombrement des étoiles visibles à minuit, le 20 décembre.
Jetez les yeux sur la planche XXVL Elle représente la voûte étoilée vue du côté du Sud, telle qu'elle vous apparcutra, si vous tournez le dos à la zone circompolaire que nous venons de passer en revue.
Cette zone immense embrasse à très-peu près la moitié de Tare d'horizon qui va de TEst à l'Ouest en passant par le point sud, et s*étend en hauteur jusque vers le zénith. Elle comprend ]es plus belles constellations, les étoiles les plus brillantes du ciel, et se trouve partagée en deux obliquement par la Voie Lactée.
Orion occupe à peu près le milieu du tableau. Cette magnifique constellation forme un grand quadrilatère, plus haut que large^ au centre duquel on aperçoit trois étoiles de seconde grandeur rangées en ligne droite et bien connues sous le nom populaire du Râteau ou des Trois-Roisj ou encore du Bâton de Jacob.
Deux des étoiles du grand quadrilatère sont de première grandeur. On les nomme Beteigeuze et Bigel.
■ ce ^
Beteigeiize est remarquable par la teinte rougeâtre de sa lumière. Sur cent quinze étoiles visibles à l'œil nu, outre les deux plus brillantes ^ Orion renferme encore quatre étoiles de deuxième -grandeur, et cinq entre la seconde et la quatrième.
En prolongeant vers le Nord-Ouest la ligne des trois étoiles du Baudrier d' Orion — c'est encore un nom donné au Râteau — l'œil passe près d'ime étoile rouge de première grandeur : c'est Aldebaran, la plus belle de la constella-
tion du Taureau. Aldebaran est au milieu d'un groupe de petites étoiles qu'on nomme les Hyades. Un peu plus loin dans la même direction, vous trouverez les Pléiades, si faciles à reconn^trc au milieu du ciel par l'enlassement des six étoiles visibles à l'œil nu qui composent ce groupe intéressant. Le Taureau ne contient pas moins de cent vingt et une étoiles au-dessus de la deuxième grandeur.
Si maintenant vous prolongez vers le Sud-Est d'Orion
la ligne qui nous a donné Aldebaran au Nord-Ouest, vous allez rencontrer sur le bord de la Voie Lactée la constellation du Grand Chien, qui renferme Sirius^ la plus brillante étoile des deux hémisphères, la plus remarquable par la vivacité de sa scintillation et par son éclatante blancheur.
Vers rOuest, et à peu près à la même hauteur que Beteigeuze, brille Procyon^ de l'autre côté de la Voie Lactée. C'est une étoile de première grandeur, la plus brillante de la constellation du Petit Chien. Beteigeuze, Sinus et Procyon forment un triangle dont les trois côtés sont presque de même longueur apparente (fig. 123). Cette circonstance permet encore de retrouver aisément ces étoiles.
Au-dessus de Procyon et en remontant vers le zénith, Castor et Pollux nous indiquent les Gémeaux qui renferment, outre ces deux étoiles de première et de seconde grandeur, 51 étoiles visibles à l'œil nu. Vers l'Occident et à côté des Pléiades, vous voyez la constellation du Béuer, et un peu au-dessous, celles de la Baleine et de rÉBiDAN, qui ne renferment pas, dans la zone actuellement visible, d'étoiles de première grandeur.
Mais à mesure que nous énumérons et contemplons cette partie si brillante du ciel, les étoiles défilent: les unes se couchent et disparaissent à l'Occident, tandis que les autres s'élèvent à l'Orient, en nous permettant d'apercevoir des constellations nouvelles.
Avant de les passer en revue, disons que l'horizon du Sud représenté par la planche XXVI offre le même aspect aux époques et aux heures suivantes :
A minuit le 20 décembre.
A 6 heures du soir. ... le 22 mars.
^ raidi le 20 juin.
A 6 heures du matin . . le 22 septembre.
Du 20 décembre, date du solstice d'hiver, au 22 mars,
c'est-à-dire à l'équinoxe du printemps, la Terre se déplace peu à peu dans son orbite, de sorte que la partie du ciel opposée au Soleil change progressivement. Par ce mouvement, nous voyons aux mêmes heures de la nuit des constellations de plus en plus orientales.
C'est ainsi que le 22 mars à minuit, le tableau de la TOiite étoilée du cyté du Sud a presque complètement changé, et au lieu d'Orion qui vient alors de se coucher, c'est le Lion qui en occupe le centre. Le ciel offre alors au
Sud de l'horizon de Paris, l'aspect de la planche XXVH. La Voie Lactée s'est inclinée à l'Occident et rase l'horizon en remontant du côté du Nord.
Les principales étoiles du Lion forment une espèce de trapèze surmonté du côté du couchant par un demi-cercle en forme de faucille. C'est à l'extrémité inférieure du manche de l'instrument que brille Régulas, étoile de première grandeur, qu'on nomme aussi le Cœur du Lion. Denebola est l'étoile située à l'autre extrémité du trapèze.
Sur 75 étoiles visibles à Tœil nu dans cette constellation sans compter Régulus, il y en a trois de seconde grandeur et cinq de troisième.
Trois étoiles de premier ordre brillent encore en ce moment avec Régulus dans la zone céleste qui est sous nos yeux. C'est vers le Sud-Ouest, Procyon qui n'est pas encore couché ; puis à la même hauteur que cette étoile, et plus à l'Est que le Lion, VÉpi de la Vierge, qui ne tardera pas à passer au méridien; enfin Arciiirus^ la plus brillante de la constellation du Bouvier. L'Épi, Archirus et Denebola forment les sommets d'un triangle dont les côtés sont presque égaux, et dont la base, à peu près parallèle à l'horizon est la ligne qui joint les deux dernières étoiles (fig. 124).
La Vierge et le Bouvier sont, avec le Lion, les plus importantes constellations actuellement en vue. La première contient 100, et la seconde 85 étoiles visibles à l'œil nu, parmi lesquelles seize dépassent en éclat les étoiles de quatrième grandeur.
Entre le Lion et le Bouvier, on remarque un amas de petites étoiles très-rapprochées : c'est la Chevelure de Bérénice. A l'Est d'Arcturus, six étoiles rangées en demicercle et dont la plus brillante se nomme la Perle ^ forment la Couronne Boréale, au-dessous de laquelle se trouvent la Tête du Serpent et Ophiucus. De chaque côté de TÉpi et un peu au-dessous près de l'horizon, on distingue la Balance, le Corbeau et la Coupe. Les deux premières constellations renferment seules quelques étoiles de seconde grandeur. Enfin, sur l'horizon apparaissent, dans les brumes, un petit nombre d'étoiles du Scorpion et du Centaure? constellations que nous retrouverons plus au complet dans la zone céleste qui environne le pôle austral.
Pour terminer l'examen des constellations visibles le
22 mars à minuit, signalons les Chiens de châsse^ audessus de la Chevelure de Bérénice, le Petit Lion au-dessus du Lion, le Cancer ou TÉcre visse à Toccident de Régulus; et enfin, tout près de Tliprizon et de la Voie Lactée, THydre où brille le Cœur^ étoile variable de second ordre, et la Licorne au-dessous de Procyon.
La zone que nous venons de décrire occupe, sur l'horizon, à la latitude de Paris, la même position aux époques et aux heures suivantes :
Le 22 mars à minuit;
Le 20 juin à 6 heures du soir';
Le 22 septembre. . à midi;
Le 20 décembre. . . à 6 heures du matin.
Le 20 juin, à minuit, c'est une autre partie de la zone équatoriale qui va défiler sous nos yeux. Tournons-nous toujours vers le Sud : l'aspect du ciel sera celui que représente la planche XXVIII.
La Couronne Boréale et le Bouvier, le Serpent, la Balance et la Vierge qui, le 22 mars, occupaient la partie orientale de la voûte étoilée, sont maintenant à l'occident. Arcturus est situé verticalement au-dessus de l'Épi. La Voie Lactée, divisée en deux grandes branches, s'élève obliquement de l'horizon méridien ou du Sud vers le Nord-Est.
Trois étoiles de première grandeur brillent à des hauteurs inégales, dans trois constellations différentes. Ce sont, en allant de l'Occident à l'Orient, Antares ou le Cœur du Scorpion, qui s'élève à peine au-dessus de l'horizon