‹ Le cielChapitre 48 sur 91 · IV · texte numérisé non relu

IV

Révision générale da ciel étoile. — Zone circompolaire australe.

Étoiles invisibles sur Thorizon de Paris.

De rhémisphcre boréal de la Terre, où nous nous sommes placés jusqu'à présent pour observer la voûte étoilée , transportons-nous dans Thémisphère austral. Choisissons un lieu dont la distance à TÉquateur soit précisément la même que celle de notre premier poste, c'està-dire situé sur le parallèle qui passe par les antipodes de Paris. Supposons-nous placés en un point des côtes de Patagonie, par exemple, près de la pointe sud de TAmérique méridionale. Là, toutes les étoiles formant la lone circompolaire boréale, et qui sur le parallèle de Paris ne se couchent jamais, seront constamment invisibles. En regardant du côté de l'Equateur, c'est-à-dire vers le Nord, on verra défiler, d'un bout de l'année à l'autre, toutes les constellations de la zone équatoriale que nous venons de décrire. Mais les étoiles s'y trouveront disposées dansuu ordre tout à fait inverse, du moins relativement à l'horizon ; de sorte que les deux étoiles du grand quadrilatère d'Orion, je suppose, qui à Paris en forment la base inférieure, apparaîtront à la partie supérieure; Sirius, qui se montre dans l'hémisphère nord, à gauche et au-dessous

d'Orion, s'y trouvera à droite et plus élevé sur Thorizon. Ce changement d'aspect s'explique aisément par le changement complet de position de l'observateur.

Mais si nous jetons les yeux du côté du Sud, nous allons pouvoir contempler toute une série d'étoiles inconnues à la zone terrestre qui s'étend du parallèle de Paris jusqu'au pôle septentrional. Ce sont les constellations qui environnent le pôle austral du ciel, et qui ne se couchent jamais sur notre nouvel horizon. Si donc nous passons maintenant en revue cette nouvelle zone d'étoiles, nous aurons terminé la description de la voûte céleste tout entière.

Nous sommes dans la nuit du 20 décembre, ou du solstice d'hiver; c'est le commencement de la saison chaude pour l'hémisphère austral. Il est minuit, et l'atmosphère entièrement pure nous permet de contempler le ciel dans toute sa splendeur, La planche XXX représente l'aspect de la voûte étoilée à cette heure et à cette époque.

La Voie Lactée, ramifiée en diverses branches, s'élève légèrement inclinée sur l'horizon à gauche, c'est-à-dire du côté de l'Orient. Mais ce qui frappe tout d'abord dans le tableau de la partie du ciel que nous examinons, c'est la multitude de brillantes étoiles qui suivent le cours de la Voie Lactée jusqu'au zénith, et, passant par-dessus notre tôte, vont derrière nous rejoindre Sirius, Procyon, Aldebaran, jusque près de l'horizon du Nord.

Commençons par les constellations qui composent cette zone éclatante.

A peu près à la hauteur du pôle, ou si l'on veut, à égale distance de l'horizon et du zénith, quatre étoiles dont une est de première et deux de seconde grandeur, Tonnent un losange allongé et couché parallèlement à Thorizon. Ce sont les principales étoiles de la Croix du Sud.

Au-dessous de la plus brillante de la Croix, et ente deux branches de la Voie Lactée, deux étoiles de premier ordre distinguent la grande constellalion du Centaure, où l'œil aperçoit encore cinq étoiles de seconde grandeur. Le Centaure s'étend à l'orient et au nord de la Croix qu'il enveloppe presque entièrement.

Nous aurons plus loin l'occasion de reparler de la plus brillante étoile de cette constellation, qui n'est pas seulement remarquable par son éclat; nous verrons qu'elle

Fig. 1J8. — Etoiles invisibles sur l'horiion de Pari». — Zone circompolairc auslnlc. Lroiidu Sud, Navire, Ceolaure.

forme un système de deux soleils, se mouvant l'un autour de l'autre; c'est aussi la plus rapprochée de nous parmi les étoiles dont on a pu mesurer la distance à la Terre.

Au-dessous du Centaure et vers l'horizon, apparaissent un assez grand nombre d'étoiles de troisième et de quatrième grandeur, qui forment la constellation du Loup. Un rameau détaché de la Voie Lactée traverse le Loup et va se perdre dans le Scorpion, dont quelques étoiles seulement s'élèvent à cette heure au-dessus de l'horizon.

L'Autel et le Triangle austral, qui longent la Voie Lactée en remontant vers le pôle, et où nous n'avons rien à signaler de remarquable, vont nous ramener au-dessus de la Croix, dans la magnifique constellation du Navire ou d'ARGo. Là, une multitude de brillantes étoiles rangées autour du pôle en zone circulaire donnent à cetle région du ciel une splendeur incomparable. Canopus^ considérée jadis comme la pins éclatante de toute la voûte céleste après Sirius, est, à celte heure, voisine du zénith

et presque dans le méridien ; tandis qu'au-dessus d'Alpha de la Croix, Éta du Navire étonne le regard par sa magnificence inusitée. C'est cette étoile singulière qui, variant de grandeur à diverses reprises, depuis près de deux cents ans, a fini par atteindre et dépasser Canopus, et par la reléguer an troisième rang dans l'échelle des étoiles de premier ordre.

Du Navire nous passons, sans rencontrer aucune constellation remarquable, par le Poisson Volant, la Dorade,

dOS LE MONDE SIDËRAL.

le Réticule, et nous arrivons à I'Ëridan, dont nous avons observé déjà la partie visible dans le ciel de Paris. C'est à l'extrémité de cette constellation la plus voisine du pôle que brille Achernar, belle étoile de première grandeur. A droite d' Achernar, trois étoiles, l'une de second, les deux autres de troisième ordre, forment le Phénix, audessous duquel en revenant à l'horizon et au méridien on trouve le Toucan et la Grue, I'Indies et le Paon.

Deux étoiles de seconde grandeur et quelques-unes de

Kig. 130. — Eloilcs invisibles sur l'horiton de Pari». — Zone circompolaire austnle. Eridan, Phfnix, Grue, Paon, Indien.

troisième distinguent ces constellations, dont on peut reconnaître exactement la position dans les figures Iâ8 et 130.

Dans cette énumération des constellations circumpolaires du pôle sudj nous n'avons rien dit des étoiles situées près de ce pôle môme. La raison en est simple.. Aucune d'elles ne mérite une mention, et, sauf l'étoile Bèta de la constellation de I'Hydhe, n'approche de la troisième grandeur.

Il n'y a donc pas, dans le ciel austral, d'étoile analogue à la Polaire du ciel boréal. Mais nous avons vu plus haut que cette pauvreté des régions polaires est singulièrement compensée par le nombre et l'éclat des étoiles qui entourent toute la zone dont nous venons de faire la description.

Ajoutons qu'en dehors de la Voie Lactée et dans le voisinage des parties les moins brillantes de la zone, apparaissent deux objets qui donnent à la voûte étoilée un aspect tout particulier : ce sont deux nuées blanchâtres d'inégale grandeur et qui semblent, au premier abord, des portions détachées de la Voie Lactée même ; ce sont le Grand-Nuage et le Petit-Nuage, que les astronomes désignent encore sous le nom commun de Nuées de Magellan. Plus loin, nous décrirons en détail ces curieux phénomènes de la voûte céleste.

En tournant la planche XXX, de manière à placer à l'horizon successivement chacun de ses côtés, on aura l'aspect du ciel, à des heures et à des époques différentes de l'année, pour tous les points du parallèle terrestre qui a même latitude que les antipodes de Paris. Il sufflra, pour avoir ces positions diverses, de se reporter à ce que nous avons dit pour la planche XXV, en ayant soin toutefois d'intervertir les deux côtés de droite et de gauche.

Maintenant que le ciel nous est connu dans ses apparences, pénétrons plus avant dans ses profondeurs, étudions en détail ces milliers de feux,, de soleils et de groupes de soleils, que le télescope multiplie avec une si étonnante profusion.

410 LE MONDE SIDERAL.

Distances à la Terre de quelques étoiles. — Temps que la lumière met à franchir l'espace qui nous sépare des étoiles les plus voisines. — Première idée des dimensions de l'univers visible.

Les étoiles sont des soleils.

Chacun de ces points lumineux, que la vue simple nous fait voir par milliers sur la voûte du ciel, que le télescope nous montre par millions dans les profondeurs de l'espace, brille de sa propre lumière. Chaque étoile est uq foyer autour duquel, sans aucun doute, s'échauflFent et s'éclairent d'autres corps obscurs analogues aux planètes de notre monde solaire et formant avec le soleil central un svstème semblable au nôtre.

Cette conception grandiose, qui fait de l'univers visible une agglomération indéfinie de soleils, n'est plus une hypothèse gratuite, une simple conjecture ; c'est une des vérités les plus incontestées de l'astronomie. Les données certaines que la science possède aujourd'hui sur l'immense distance des étoiles, même les plus voisines du Soleil, mettent hors de doute ce fait fondamental, à savoir que chaque étoile est une source de lumière et ne peut emprunter l'éclat dont elle brille au Soleil même.

Consignons ici les principaux résultats propres à mettre cette vérité dans toute son évidence. Plus loin, nous

essayerons de donner une idée des méthodes qui ont servi à les obtenir.

Tant que nous sommes restés dans la sphère d'activité de notre monde, il a été possible d'évaluer les distances, en prenant pour mètre, pour unité de mesure, les dimensions mêmes de notre globe. C'est ainsi que, de la Terre au Soleil, on a trouvé pour moyenne distance environ douze mille diamètres terrestres ou trente-huit millions de lieues. Il était tout naturel d'évaluer de la même façon les distances déjà si grandes cependant, qui séparent le Soleil des planètes situées aux confins du système. Mais lorsque, dépassant les bornes de notre monde solaire, on voulut mesurer, évaluer les distances des étoiles, même les plus voisines, on ne tarda pas à reconnaître que Tunité précédemment choisie s'évanouissait comme un point mathématique devant l'immensité de l'espace qui nous sépare de ces Mtres.

Que dis-je, le rayon lui-même de l'orbite terrestre, celte ligne de trente-huit millions de lieues qu'un boulet de canon ne franchirait qu'en douze années, parut d'abord insuffisant et l'est encore pour le plus grand nombre des distances stellaires. Cependant, les perfectionnements apportés successivement aux méthodes de mesure et aux instruments, ont mis quelques-uns des astronomes les plus habiles à même d'évaluer approximativement les distances d'un certain nombre d'étoiles, et de dire combien ces distances comprennent de fois le rayon moyen de l'orbite de la Terre.

Le premier résultat obtenu s'applique à une étoile presque invisible à l'œil nu, située dans la constellation du Cygne et marquée du n* 61 dans les catalogues célestes*.

1. C'est k l'illostre astronome Bessel que revient la gloire de cette première et importante détermination. Les anlres noms qu'on distingue danj

La première distance dans Tordre des découvertes, ceUe de la 61" du Cygne, occupe le second rang dans Féchelle des grandeurs. Elle est près de trois fois aussi considérable que celle d'une des plus brillantes étoiles du ciel, d'Alpha du Centaure, la plus rapprochée de toutes celles dont on a pu mesurer Téloignement.

Alpha du Centaure est à plus de deux cent mille fois la distance moyenne du Soleil à la Terre, à plus de huit mille milliards de lieues de nous. Cette effroyable distance, l'imagination la plus puissante cherche en vain à se la figurer; en vain l'esprit voudrait entasser ligne sur ligne, nombre sur nombre, il n'arriverait jamais à combler l'immensité de cet abîme. Cherchons des imageâ, des comparaisons ; n'espérons pas une précision que les chiffres expriment sans doute dans une certaine mesure, mais que nos sens ne peuvent saisir.

Tout le monde sait avec quelle foudroyante rapidité se meut la lumière : les vibrations ou ondes lumineuses st» propagent en parcourant dans une seconde trois cent huit mille kilomètres, sept fois et demie le tour de la Terre. Eh bien, un calcul très-simple prouve qu'un rayon lumineux, parti d'Alpha du Centaure, n'arrive à notre œil qu'au bout de trois ans et sept mois.

Lorsque, sur le sol même de notre Terre, sur ce grain de sable du monde que régit notre Soleil, nous essayons de nous figurer les plus grandes distances, cent lieues, mille lieues je suppose, c'est à peine si nous pouvons nous faire une idée sensible des lignes qui mesurent de telles longueurs. Nous ne nous les représentons bien qu'en associant au sens de la vue la perception du temps : nous nous demandons, par exemple, combien un piéton

les recherches da même genre sont Peters, les deux Strave, Henderso&t Mftclear, Schlûter et Wichmann.

marchant sans cesse mettrait d'heures, de jours pour la franchir. Qu'est-ce donc que cet intervalle de 77 000 lieues* que la lumière traverse en une seconde? Cette distance de 77000 lieues est déjà comme un abîme pour notre imagmation.

Mais enfin, à supposer que nous l'embrassions d'un coup d'œil, cette distance déjà si considérable, associonsla à la courte durée d'une seconde. Songeons qu'une seule journée de vingt-quatre heures contient 86 400 durées semblables, et arrêtons-nous à contempler l'extrême éloignement où parvient le rayon lumineux après un jour de voyage : il se sera enfoncé dans l'espace à une profondeur sept fois aussi grande que la distance de Neptune. Eh bien, d'après les résultats qu'on vient de lire plus haut, il n'aurait pas accompli la millième partie de sa route entière; il lui faudrait continuer à se mouvoir pendant treize cents jours avec cette vitesse indicible, voler, voler toujours pendant trois années entières avant d'atteindre l'étoile la plus voisine de nous, ce brillant soleil du ciel austral. Alpha du Centaure.

1. Ce nombre de 308 000 kilomètres, qai mesure la vitesse de la lumière , parait devoir être modifié. De remarquables expériences, basées sur une méthode aussi précise qu'ingénieuse, ont conduit M. Léon Foucault à un nombre un peu plus petit : la vitesse de la lumière serait, selon lui, de 298 000 kilomètres par seconde. Celte modification en entraîne une correspondante pour le nombre qui mesure la dislance de la Terre au Soleil, réduite alors à 34 000 000 de lieues environ. En attendant qu'une discussion complète des éléments de la question ait fait introduire définitivement dans la science ces nombres, plus approchés sans doute que les anciens, nous avons conservé ces derniers dans cette seconde édition du Ciel. L'inconvénient, s'il y en avait un, serait d'autant moindre, que les modifications dont il s'agit conservent intacts les rapports des distances qui existent entre les divers astres du monde solaire, comme aussi ceux qui donnent les distances des étoiles exprimées au moyen du rayon de l'orbite terrestre. Les temps que la lumière met à venir de ces astres jusqu'à nous n'en sont ni plus ni moins considérables.

Telle est donc en tous sens la dimension de Tespace vide d'étoiles qui entoure notre monde solaire.

Et cependant, il ne s'agit ici que des étoiles les plus rapprochées de nous. De Véga de la Lyre, de rétincelant Sirius, la lumière met plus de vingt ans à nous parvenir; de la Polaire il lui faut un demi-siècle. Enfin, peut traverser l'espace qui sépare la Chèvre du monde où nous vivons, ou si l'on veut, pour franchir 170400 milliards de lieues, c'est 72 ans qu'il faut à ce courrier si étonnamment rapide : la vie tout entière d'un homme.

Voulez-vous vous faire, à un autre point de vue, une idée de ces distances? Supposez- vous placé à l'une des extrémités de la ligne qui joint notre Soleil à l'étoile Alpha du Centaure. De ce point, le rayon tout entier de l'orbite terrestre serait caché par un fil d'un millimètre de diamètre, reculé à ime distance de deux cents mètres de votre œil; autrement dit, une ligne de trente-huit millions de lieues, vue de face à cette distance, n'apparait plus que comme un point imperceptible.

Voici du reste le tableau des principales distances mesurées, exprimées à la fois en rayons de l'orbite terrestre et en milliards de lieues. Nous faisons suivre ces deux nombres du temps que la lumière met à parcourir les distances qu'ils expriment.

Rayons de Milliards ^.

l'orbite terrestre. de lieues.

Alpha du Centaure 211330 8 073 3.6

61« du Cygne 550 920 21045 9.4

Yégade la Lyre 1330 700 50 830 21.0

SiriuB 1 375 000 52 200 22. 0

Iota de la Grande-Ourse. . 1 550 800 59 000 25. 0

Arcturus dn Bouvier. ... 1 622800 61 600 26.0

Étoile polaire 3 078 600 117 600 50.0

Chèvre 4 484 000 170 400 72.0

Un certain nombre d'autres distances sont aussi con-

nues, mais avec une moindre précision; presque toutes d'ailleurs sont plus considérables encore. Aucune n'est au-dessous de la distance d'Alpha du Centaure.

Ainsi, qu'on imagine une sphère ayant pour centre le Soleil et pour rayon deux cent mille fois la moyenne distance du Soleil à la Terre : aucune des innombrables étoiles que nous voyons resplendir dans nos nuits n'y sera contenue. Et cependant le volume de cette sphère idéale n'est pas inférieur à 275 milliards de fois le volume tout entier de notre sphère planétaire, de celle qui s'étend du Soleil jusqu'à Neptune. Les comètes ont beau jeu pour accomplir dans ce cirque leurs évolutions les plus excentriques et pour y décrire leurs ellipses si voisines de la parabole.

Si maintenant on recule par la pensée notre Soleil jusqu'aux limites inférieures des distances stellaires, si l'on suppose qu'il s'enfonce dans l'espace jusqu'à la distance de l'étoile la plus voisine, et qu'on calcule, d'après les lois de l'optique, quelle sera l'extinction de sa lumière, on arrive à cette conséquence, qu'il aura tout au plus Tappai^ence d'une étoile de deuxième grandeur. Telle est la Polaire, telles sont les étoiles principales de la constellation de la Grande-Ourse.

Comprend-on maintenant qu'il soit de toute impossibilité que les étoiles brillent seulement d'une lumière réfléchie. A la distance où les plus rapprochées sont du Soleil, elles reçoivent du foyer de notre monde une lumière dont l'intensité, on vient de le voir, ne dépasse pas celle d'une étoile de seconde grandeur. Si chaque étoile était un corps obscur, la clarté qu'elle recevrait de notre Soleil serait tout au plus égale à celle d'une de nos nuits les plus noires, alors qu'une seule étoile perce au travers des couches épaisses de nuages. Et c'est cette faible lueur

qui, traversant de nouveau Timmense ubîme, reviendrait à nous étincelante et vive comme nous la voyons !

On peut donc affirmer, comme de la plus incontestable évidence, cette vérité astronomique que nous énoncions au début de ce chapitre :

Les étoiles sont des soleils. Chacune d'elles est un fover de lumière et de chaleur, et probablement le centre d'un système qui comprend comme le nôtre des planètes, leurs satellites et des comètes. Chaque étoile est un monde.

Les distances de quelques étoiles étant approximativement connues, est-il possible d'en déduire leurs dimensioDS réelles, ainsi qu'on a pu le faire pour les planètes et le Soleil? Non, et la raison en est simple : le diamètre apparent des plus brillantes étoiles est si petit qu'il échappe h toute mesure. Les fils* les plus tins placés au foyer d'un instrument d'optique cachent en entier le disque de ces astres. Lorsque, par suite du mouvement de la Lune à travers les constellations, le limbe de notre satellite passe devant une étoile, l'occultation se fait instantanément. L'extinction de la lumière, au lieu d'être graduelle, est subite et entière. Ce fait n'a rien d'extraordinaire, quand on songe que le diamètre du Soleil, reculé à la distance de l'étoile la plus rapprochée de nous, ne mesurerait pas un centième <ie seconde d'arc , quantité angulaire si petite qu'elle est entièrement inappréciable.

Mais si l'on suppose que l'intensité intrinsèque de la lumière soit la même, pour Sirius par exemple, que pour le Soleil de notre système, on peut arriver à des vues assez nettes, bien que conjecturales, sur les dimensions de ce magnifique Soleil. Dans cette hypothèse, le diamètre de Sirius vaudrait 15 fois celui de notre Soleil, de sorte que, même en donnant à sa lumière un éclat intrinsèque triple

de celui de la lumière solaire, on aurait encore des dimensions cinq fois plus grandes. Même alors , le volume de Sinus vaudrait cent vingt-cinq fois le volume du Soleil.

Sans doute, ces nombres sont au-dessous de la réalité ; sans doute, dans la multitude des mondes si éloignés et probablement si différents du nôtre, les dimensions les plus variées distinguent à la fois et le corps central et la sphère où s'étend son action directe.

Ce qu'on vient de lire sur les distances stellaires n'est qu'une première ébauche des dimensions de l'univers visible. Nous reviendrons sur ce sujet intéressant, quand nous décrirons la structure de ce vMte ensemble, telle que les travaux les plus modernes de l'astronomie sidérale permettent d'en esquisser l'ébauche. Nous considérerons alors non plus les étoiles isolées, mais les groupes, les systèmes de soleils, et les séries de groupes formant des associations de plus en plus nombreuses et de plus en plus étendues.

Les étoiles ne sont pas immobiles dans l'espace. — Mesure de leurs xdouvements propres; vitesses de quelques-unes d'entre elles. — Translation du système solaire.

On a cru pendant longtemps que les étoiles conservaient invariablement leurs positions relatives, qu'elles étaient, ainsi que le Soleil, immobiles dans l'espace. De là, cette ancienne dénomination à' étoiles fixes , par opposition aux étoiles errantes ou planètes. Les observations astronomiques modernes rendues beaucoup plus précises par le perfectionnement des instruments de mesure, démontrent décidément la fausseté de cette idée de l'immobilité des soleils.

Le mouvement est la loi commune de tous les astres.

Dans notre monde solaire, les planètes et leurs satellites sont animés à la fois, nous l'avons vu, et d'un mouvemeot de rotation sur leur centre et d'un mouvement de révolution autour du foyer commun. Quant au Soleil, on sait déjà qu'il tourne sur lui-même en vingt-cinq jours environ. Enfin les comètes sont pareillement animées dr mouvements rapides qui les entraînent à de grandes distances hors des limites du monde planétaire.

Eh bien, le Soleil lui-même se meut dans l'espace.

entraînant avec lui son nombreux cortège, sans que les distances et les positions relatives de tant d'astres différents en soient aucunement altérées. Membre d'un système plus vaste, d'ailleurs encore inconnu, il décrit dans des milliers, dans des millions de siècles peut-être, une orbite immense.

Il en est de même de tous les autres soleils. Les mouvements d'un grand nombre d'entre eux ont été constatés, et déjà Ton peut dire le sens et la vitesse de ces mouvements.

Essayons de comprendre, à l'aide d'une* comparaison familière, comment il a été possible de s'assurer de l'exactitude de tels faits.

Supposons-nous immobiles au centre d'une vaste plaine que sillonnent en divers sens des routes parcourues par des piétons, des voitures et des trains de chemin de fer. Si ces mobiles sont rapprochés, ils paraîtront se mouvoir avec une assez grande rapidité relative. Mais plus ils s'éloigneront, plus leur vitesse apparente diminuera, jusqu'à ce que, se perdant à l'horizon, ils finissent par se mouvoir avec une extrême lenteur qui approchera beaucoup de l'immobilité. En ce moment, examinons-les avec une lunette dont la puissance optique les rapprochera de notre œil ; au même instant leur vitesse apparente reprendra la valeur qu'elle avait perdue, pour s'évanouir de nouveau à mesure que l'éloignement deviendra plus considérable.

C'est ainsi que les mouvements propres des étoiles, d'abord complètement insensibles, ont fini par se révéler aux astronomes munis d'instruments puissants, pourvus eux-mêmes d'appareils de mesure d'une délicatesse infinie. Ils ont ainsi constaté que plusieurs étoiles se déplaçaient, avec des vitesses inégales e^ dans des directions diffé-

rentes. Mais, qu'on ne se fasse pas illusion sur la grandeur de ces déplacements; qu'on n'aille pas croire qu'ils sont sensibles pendant la durée d'une observation. Non, ce sont des observations nombreuses, ce sont des années qu'il a fallu pour constater de tels mouvements.

Citons quelques exemples.

La plus brillante étoile du Bouvier, Arcturus, met un siècle entier pour parcourir seulement la huitième partie du diamètre de la Lune. Alpha du Centaure^ dans le même intervalle de temps, se déplace d'une quantité égale au cinquième de ce diamètre. Beaucoup d'autres se meuvent avec plus de lenteur encore.

Les mouvements les plus rapides sont ceux de la 61' du Cygne, dont nous avons vu qu'on a mesuré la distance à la Terre, et de deux étoiles du ciel austral, l'une de la constellation de l'Indien, l'autre du Navire. Toutefois ces trois astres, pour se déplacer sur la voûte étoilée de tout le diamètre lunaire, mettent encore chacun plus de trois siècles.

Il ne s'agit ici que de la vitesse apparente. Pour en conclure la vitesse réelle, il faut connaître les distances des étoiles dont le mouvement propre est mesuré; or cet élément est connu, du moins pour quelques-unes d'entre elles.

On a trouvé ainsi qu'Arcturus se meut dans Te^pace absolu avec une vitesse qui n'est pas moindre de 79 200 lieues par heure, 22 lieues par seconde. Voici un tableau de quelques vitesses déterminées^ :

Arcturas 22 lieues par seconde.

61» du Cygne 16 —

1. Ces vitesses sont peut-être encore plus considérables, puisque les lignes parcourues peuvent fort bien n'être pas vues de face. Ce ne sont donc ici que les projections des vitesses.

MOUVEMENTS DES ETOILES. 42i

La Chèvre 12 lieues par seconde.

Sirias 6 —

Alpha' du Centaure. ... 5 —

Véga 5 —

La Polaire 0,5 —

Ainsi ces étoiles qu'on croyait immobiles sont en perpétuel mouvement. Que dis-je, la vitesse de quelques-uns de ces mondes lointains dépasse de beaucoup celle des corps planétaii'es, laquelle varie, nous l'avons vu, entre une lieue et 12 lieues par seconde. La Terre qui roule sur son orbite avec une rapidité si prodigieuse se meut trois fois plus lentement qu'Arcturus.

Comment a-t-on pu parvenir à la connaissance de cet autre fait que le monde solaire tout entier se meut luimême dans l'espace? Une autre comparaison familière nous aidera à le comprendre. Plaçons-nous de nouveau au centre d'une plaine étendue, bordée à l'horizon et de tous côtés de rangées d'arbres diversement groupés. Tant que nous sommes immobiles, nous voyons ces objets conserver les mêmes positions, les mêmes distances relatives. Mais déplaçons-nous dans une direction constante : que va— t— il arriver? Qu'à mesure que nous marchons, les arbres placés au devant de nous peu à peu sembleront s'écarter, se séparer de plus en plus. Derrière nous au contraire, on les verra se rapprocher, se resserrer progressivement, tandis que sur les côtés ils sembleront fuir en sens inverse de notre marche : c'est là, on le comprend bien, un pur effet de perspective. Mais tous ces mouvements apparents en sens divers ont entre eux et avec la direction de notre marche une intime corrélation dont Tétude, si nous n'avions pas la conscience de notre mouvement, servirait précisément à le reconnaître.

Laplaioe, c'est l'immense étendue du ciel; les arbres à l'horizon ce sont les étoiles et leurs groupes, et le voyageur qui s'avance dans une direction constante, c'est le Soleil et son système.

Il y a toutefois, entre cette hypothèse et la réalité, des différences qui compliquent le problème. Les étoiles oat un mouvement propre, un déplacement réel, nous venons de le voir. D'autres mouvements apparents sont dus au mouvement de circulation de la Terre et à la combinaison de ce mouvement avec la vitesse de la lumière. Il a fallu démêler ces mouvements compliqués, faire la part de la réalité et de l'apparence. Qu'on joigne à ces difficultés, celles qui proviennent de la délicatesse des mesures, de la variation des iustruments, et l'on se fera une idée de ce qu'il a fallu de sagacité, de patience, tranchons le mot, de génie, pour arriver à de si magnifiques conclusions'.

Vers quel lieu du ciel nous dirigeonsnous? D'après les calculs les plus récents, le Soleil s'avance actuellement vers uu point situé dans la constellation d'Hercule*, avec une vitesse telle, qu'en une année il parcourt plus d'une fois et demie le rayon de l'orbite terrestre, ou soixante-deux

1 . Inscrivons ici les noms des astronomes qui ont abordé, discuta, r^sola ce beau problëus : W. Herschel, Argelander, 0. Siruve, Hfdler, Peton.

9. Sur la ligne droile qui joint les deox étoiles k et )it de c«lte constoUation, à un quart de la distance qui sépare la pramiëre de la seconde.

millions de lieues. C'est à peu de chose près une vitesse de deux lieues par seconde. Mais le mouvement du Soleil a lieu sans aucun doute autour d'un centre encore inconnu. Y a-t-il quelque vraisemblance dans l'opinion qui fait du groupe des Pléiades le centre de ce mouvement? Arrivera-t-on plus tard à des connaissances précises sur ce point? C'est à quoi il me semble bien difficile de répoudre. Si les étoiles se meuvent inégalement et dans divers sens, si le Soleil progresse vers un certain point du ciel, qu'en doit-il résulter à la longue pour l'aspect de la voûte étoilée? Une déformation continue qui finira par donner aux constellations d'autres apparences que celles qu'on leur connaît aujourd'hui. « La Croix du Sud, dit Humboldt, ne conservera pas toujours sa forme caractéristique, car ses quatre étoiles marchent en sens différents et avec des vitesses inégales. On ne saurait calculer aujourd'hui combien de myriades d'années doivent s'écouler jusqu'à son entière dislocation '. » Nous pouvons donc être tranquilles et étudier le ciel tel qu'il est, sans craindre une confusion prochaine : laissons à nos arrière-neveux de Tan 9000 le soin de reconnaître la position que possédera alors l'étoile des Chiens de chasse connue sous le n** 1 830 de Groombridge, laquelle aura été se placer au milieu de la Chevelure de Bérénice.

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