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Annuaire du bureau des Longitudes pour 1842, p

4S0 LE MONDE SIDERAL.

nouvelles formes, dctenuinées par l'action de forces nouvelles. Des astres, devenus obscurs, peuvent redevenir subitement lumineux par le jeu renouvelé des mêmes actions qui y avaient primitivement développé la lumière. »

Il est peut-être plus difficile encore d'imaginer que les variatious soient dues à des mouvements de rotation. Il faudrait en effet supposer des faces d'un éclat prodigieusement inégal; et, même dans ce cas, on ne comprendrait guère une apparition subite et atteignant d'un seul coup l'intensité maximum. Les changements de couleur seraient pa^ reillement inexplicables.

Enfin, quelques astronomes attribuent ces apparitions et disparitions d'étoiles au mouvement de masses nébuleuses, non lumineuses par elles-mêmes; ces sortes de nuages cosmiques interposés entre l'étoile et notre monde solaire produiraient une éclipse de l'astre, et cette éclipse cesserait quand les nuages auraient entièrement défilé. Telle serait l'expUcation des étoiles disparues comme des étoiles nouvelles et des étoiles temporaires.

Entre toutes ces hypothèses, quclleest la plus vraisemblable?

Il est difficile de le dire.

La vérité est que les phénomènes qui les ont su^^rées sont des faits, des faits authentiques, et que l'imaginatioD se perd à eu chercher les causes.

Terminons cette étude par la description du plus étonnant de tous les phénomènes de ce genre, je veux parler des variations de l'étoile Êta, de la constellation du Navire, de cette étoile singulière qu'on

ne saurait classer encore ni parmi les étoiles temporaires, ni parmi les étoiles périodiques.

Vers la fin du dix-septième siècle, Èta d'Argo n'était quune étoile de quatrième grandeur, mais moins d'un siècle après, en 1751, elle atteignait la seconde. Soixante ans plus tard^ elle était redescendue à sa première intensité, pour croître de nouveau jusqu'à Tannée 1826. Depuis cette époque, elle a passé par les phases les plus étonnantes, oscillant entre la première et la seconde grandeur, tantôt égale à Alpha de la Croix^ puis à Alpha du Centaure, dépassant Canopus et approchant enfin de Sirius. La rapidité de ces changements, leurs périodes inégales, la longue durée de cet état de variabilité, l'impossibilité d'y trouver une loi plus ou moins régulière, taut contribue à faire de cette belle étoile un des plus curieux objets du cieP.

Qu'on songe maintenant à la réalité des phénomènes qui donnent naissance à de telles métamorphoses. Qu'on réflé-. chLsse aux vicissitudes subies par les planètes qui peuvent se mouvoir autour d'un soleil si étrange, en raison des variations d'intensité de sa lumière et de sa chaleur, aux révolutions effrayantes qui en sont la conséquence nécessaire. Peut-être notre Soleil a-t-il été ou sera-t-il un Jour le théâtre d'événements analogues, lesquels ne sont sans doute après tout que les manifestations de la force éternellement active qui régit tous les mondes.

1 . Un astronome contemporain, M. F. Abbott, qui a suivi les variations d'Êta du Navire jusqu'à ces derniers temps, nous apprend qu'après avoir, en 1843, atteint l'éclat de Sirius, elle a diminué progressivement en passant par tous les ordres de grandeurs intermédiaires entre la première et la sixième : en 1863, elle n'était plus visible à l'œil nu.

Agglomérations naturelles d'étoiles. — Groupes visibles à l'œil nu. — Les Pléiades. — Les Hyades. — Prœsepe. — Groupe de Persée.

Les étoiles visibles à l'œil nu sont-elles disséminées au hasard sur la voûte céleste? N'y a-t-il entre les plus voisines en apparence, aucune connexion réelle ou physique qui permette de les ranger en groupes naturels?

Ces questions sont déjà en partie résolues par ce qu'on sait des systèmes d'étoiles doubles et multiples. Bientôt, en explorant les régions du ciel visibles dans les télescopes, nous aurons à passer en revue une multitude d'associations stellaireSy dans lesquelles les soleils se trouvent si pressés, si nombreux, et forment des figures si régulières, qu'il est impossible de nier leur dépendance réciproque.

Mais, bien avant la découverte de ces îles, de ces archipels de monde, semés avec une profusion si étonnante dans l'infini, la vue simple distinguait un certain nombre de groupes dont les étoiles composantes sont assez rapprochées, pour qu'on ne puisse élever de doute sérieux sur le lien qui les unit.

Tel est, par exemple, le groupe des Pléiades. Tels sont encore les groupes connus sous les noms d'Hyades, de Prœsepe ou de la Crèche, de la Chevelure de Bérénice,

de Persée. Tous sont visibles à l'œil nu, et les bonnes vues distinguent avec facilité les principales étoiles des Hyades, des Pléiades et de la Chevelure de Bérénice.

Voici d'abord (fig. 137) les Pléiades, situées dans la constellation du Taureau, que nous avons si- aisément distinguées au nord-ouest d'Orion et d'Aldebaran.

Sur quatre-vingts étoiles environ qui forment ce groupe, six sont visibles sans le secours des lunettes. Jadis, on en

Fig. 137- — Les Pléiades, d'après l'Atlas céleste de Hanling.

comptait sept, ce qui semble prouver que l'une d'elles est variable et a diminué d'éclat, ou bien a disparu.

La plus brillante, Alcyone, est de troisième grandeur: Electre et Atlas sont de quatrième; Mérope, Maïa et Taygète de cinquième. Trois autres encore ont reçu des noms particuliers, bien qu'elles soient au-dessous de la limite de visibilité simple : ce sont Pleione, Ccleno et Asterope, de sixième à huitième grandeur. Toutes les autres ne sont visibles qu'à l'aide de lunettes d'une certaine puissance; mais avec une simple longue-vue, il est déjà possible d'en distinguer uo grand nombre.

Dans nos campagnes, les Pléiades* sont connues sous le nom de la Poussinière, sans doute parce qu' Alcyone apparut dans le groupe comme uue poule entourée de ses poussins.

Les Hyades, qui sont Toisines des Pléiades, forment un groupe d'étoiles moins nombreuses et moins pressées que celles-ci. La lumière éclatante d'Aldebarau qui est, on le sait, de première grandeur, les rend plus difficiles à distinguer à l'œil nu.

Pig. 138. — Les Hyades, da.Di \A constellalion du Tuirou, d'apri* Rardiog.

Elles apparaissent dans la saison des pluies. De là leur nom d'Hyades, d'un mot grec -qui signifie pleuvoir.

La liaison des étoiles qui composent ce groupe n'est pas aussi frappante que pour les Pléiades. Néanmoins, il parait difficile d'admettre qu'elles soient tout à fait indépen-

I. Les poètes ancîeDS les nomment aussi HespérideB ou Atluitidra. Quant au nom de Pléiades, on s'accorde à lui donner pour ^tymolope l* mot grec nliiv, qui signiGe navigmr, parce que, selon de Lalande, au printemps et vers l'époque où elles se levaient avec le Soleil oommeaçaienl les grandes navigations dans la Méditerranée. D'autres disent que ces étoilr« étaient redoutées des marins k cause des pluies et des orages qui semblaient s'élever avec elles et qa'îls attribuaient à leur inflnence.

daotes. En examinant la position de ces deux groupes dans le voisinage de la Voie lactée, en observant qu'ils sont situés tous deux dans le prolongement d'un rameau de la grande zone, on arrive à les considérer comme deux amas d'étoiles appartenant à l'immense strate stetlaire qui nous entoure, et dans le sein de laquelle on verra que le Soleil est lui-même plongé.

Dans la Chevelure de Bérénice, la plupart des étoiles du groupe sont visibles à l'œil nu et se distinguent par-

Fig. 139. — PrtEiepe ou ta Crèche, groupe d'éioiles du Cancer.

faitemcnt dans le ciel, un peu & l'est du Lion. Aucune étoile très-brillante, il est vrai, ne gène la vue, en effaçant leor éclat par son voisinage.

Les deux groupes suivants, l'un situé dans le Cancer et connu sous le nom de Prœsepe ou de la Crèche, l'autre dans Persée, sont visibles à la vue simple; mais il est impossible d'en distinguer les composantes sans le secours des lunettes. Toutefois un instrument d'une médiocre puissance les décompose aisément, et ils prennentalors l'aspect qu'on leur voit dans les deux figures 139 et 140.

Les groupes que nous venons de décrire forment une transition entre les étoiles disséminées d'ans la voûte céleste et les amas plus condensés que leur aspect confus a fait désigner sous le nom général de nébuleuses.

Sans doute, si nous pouvions nous déplacer dans l'espace et contempler d'un point suflisamment éloigné l'ensemble des étoiles qui nous semblent isolées, nous les verrions se rassembler, se condenser en un ou plusieurs groupes dis-

Fig. UO. — Croupe d'éloiles de la coDStelUtion de Pené<.

tincts analogues à ceux des Pléiades; taudis qu'eu pénétrant au milieu d'un de ces amas si serrés, nous verrions les étoiles dont il est formé s'écarter et se disséminer sur la voûte céleste, de manière à lui donner l'aspect général que nous lui connaissons.

Plus tard, nous 'reviendrons sur cette considération d'ensemble de l'univers visible, et nous verrons quelle idée on doit se former de sa structure générale.

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