LIVRE DEUXIEME
LES NÉBULEUSES
Si Ton parcourt des yeux l'espace qui sépare, dans Andromède, le Carré de Pégase de Cassiopée, on ne tarde pas à apercevoir un peu au-dessous de la ligne qui joint ces deux constellations une masse lumineuse, un petit nuage blanchâtre de forme allongée, où la vue ne peut distinguer aucune étoile.
En s'aidant d'une lunette, même de grande puissance, la forme se précise, l'ovale paraît mieux limité, mais la lueur douce et pâle de ce petit nuage céleste reste toujours vaporeuse et ne laisse soupçonner aucune lumière stellaire.
C'est une nébuleuse, bien connue sous le nom de Nébuleuse d'Andromède*.
l. C'est en 1612 que Simon Marius, ou Mayer, a observé et décrit la nébuleuse d'Andromède, la première qui ait attiré l'attention sérieuse des astronomes. Quarante-quatre ans plus tard ^ Huygens découvrait la grande nébulosité qui entoure l'étoile sextuple Thêta d'Orion. Depuis cette époque, et surtout depuis la fin du dix-huitième siècle, les catalogues de nébuleuses se sont enrichis de nombreuses observations, et toute une branche de l'astronomie sidérale s'est développée et s'est couverte des fruits les plus précieux.
Les espaces célestes sont parsemés d'une multitude d'objets semblables, variés de dimensions, d'éclat et de forme. Tous ont reçu, à cause de l'apparence nuageuse qu'ils offrent au premier abord, le nom commun de nébuleuses.
Un très-petit nombre de nébuleuses sont visibles à l'œil nu, circonstance qui se trouve expliquée à la fois par la petitesse de leurs dimensions apparentes, la faiblesse de leur éclat et souvent le voisinage d'étoiles relativement brillantes. Dans le télescope, elles apparaissent par milliers : on en connaît aujourd'hui plus de cinq mille, et ce nombre augmente, à mesure qu'on explore les diverses régions du ciel avec des instruments plus puissants.
Mais que sont les nébuleuses? Sont-ce des a^loméralions de matière diffuse, des nuages célestes lumineux par eux-mêmes, ou des groupes d'étoiles condensées, que leur extrême éloignement rend invisibles séparément? Ces deux hypothèses sont-elles exclusives l'une de l'autre, ou bien sont-elles toutes deux admissibles? Les faits vont répondre à ces questions, si intéressantes au point de vue de la constitution de l'univers.
En étudiant les groupes naturels d'étoiles, tels que les Pléiades, nous avous constaté ce fait, que les vues un peu faibles n'y distinguent qu'une lueur confuse. Pour les personnes dont il s'agit, les Pléiades ont l'apparence d'une nébuleuse : eh bien, toute proportion gardée, ce fait se reproduit chez tout le monde, pour un assez grand nombre de nébuleuses. Là où les meilleurs yeux ne distinguent aucun point lumineux isolé, les lunettes font apercevoir une multitude d'étoiles distinctes.
De là, une première classe de nébuleuses, les amas stellaires. Les astronomes donnent ce nom à toutes les nébulosités que les instruments décomposent entièrement
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en étoiles, sans qu'il reste aucune trace vaporeuse sur le fond du ciel où elles se projettent.
Une seconde catégorie de nébuleuses comprend toutes celles qui se décomposent partiellement en points stellaires, mais où d'autres parties résistent encore à cette résolution.
Viennent enfin les nébuleuses dans lesquelles les plus puissants télescopes ne peuvent distinguer d'étoiles.
Mais cette classification est toute relative. Elle dépend toujt à la fois de la force optique des instruments, de la vue des observateurs et de la pureté du ciel, dans le lieu et au moment de l'observation.
Avant d'aborder la description détaillée des nébuleuses de ces divers ordres, disons un mot de la manière dont elles paraissent distribuées dans le ciel étoile.
Cette distribution est très-inégale dans l'hémisphère céleste boréal, ainsi que dan^ les parties de l'hémisphère austral visibles dans les latitudes de la zone tempérée septentrionale. C'est dans une zone qui embrasse à peine la huitième partie de la voûte céleste que se trouve la plus grande accumulation de nébuleuses. Les constellations du Lion, de la Grande-Ourse, de la Girafe et du Dragon, celles du Bouvier, de la Chevelure de Bérénice, des Chiens de chasse, mais principalement de la Vierge, forment cette zone qui s'étend d'ailleurs jusqu'au milieu du Centaure pt qui est connue sous le nom de région nébuleuse de la f^ierge,
A peu près à l'opposé du ciel, une autre agglomération de nébuleuses embrasse Andromède, Pégase, les Poissons, et s'étend plus loin que la première dans la partie australe de la voûte céleste.
Circonstance remarquable : les régions voisines de la
Voie Lactée sont, les plus pauvres en nébuleuses, taudb que les deux régions les plus riches s'étendent aux deui pôles de cette grande ceinture, où les étoiles sont si nombreuses et si condensées.
Les nébuleuses sont plus uniformément réparties dans la zone céleste qui environne le pôle sud : elles y sont aussi moins nombreuses. En revanche, on y admire deux magnifiques agglomérations qui contiennent à elles seules près de 400 nébuleuses ou amas d'étoiles.
Ainas d'étoiles de forme globulaire ou sphérique. Nombre prodigieux d'étoiles de certains amas sphériques. — Amas d*Oméga du Centaure, du Toucan, du Verseau. — Formes bizarres de quelques amas.
Sur un nombre total d'environ 5000 nébuleuses recensées, on en compte aujourd'hui 400, à peu près la douzième partie, que le télescope est parvenu à décomposer entièrement en étoiles.
Parmi ces amas, un très-petit nombre, nous l'avons dit, sont assez lumineux et assez considérables pour être visibles à l'œil nu. Dans tous, les étoiles sont si rapprochées qu'il est impossible de n'y pas voir de véritables groupes stellaires, de réelles associations, des systèmes de soleils. Leur forme généralement arrondie leur donne un aspect cométaire, et les observateurs qui ne seraient point familiers avec la composition détaillée des diverses régions du ciel s'y tromperaient aisément. Mais la permanence de leur forme et surtout de leur position est un caractère qui suffît à les distinguer des comètes.
Il est aussi des amas, mais ce sont les moins nombreux, dont les contours sont très-irréguliers ; dans ceux-ci, le nombre des étoiles est ordinairement beaucoup moindre que dans les amas de forme globulaire, et leur distribu-
tion y est aussi fort différente. Qu'on jette les yeux sur les dessins (1, 2, 3) de la planche XXXII. On sera frappé de la condensation remarquable des points lumineux vers le centre. Cette condensation s'explique aisément, si Ton sup« pose que la forme réelle de l'agglomération est celle d'un globe à peu près sphérique. Alors, même dans l'hypothèse ou les étoiles seraient également espacées à l'intérieur de cette sphère, on comprend que le rayon visuel la traverse dans toute l'étendue de son diamètre en face du centre, tandis qu'en s'approchant des bords, il en parcourt des portions de plus en plus petites. La perspective seule suffit donc, en général, à rendre compte de l'agglomération apparente des points lumineux, au centre d'un amas de forme globulaire ou sphérique.
Mais l'accroissement d'éclat du bord au centre est souvent plus rapide que ne permet de l'admettre une égale distribution des étoiles à l'intérieur des amas stellaires. On en a conclu qu'outre la condensation apparente ou pu* rement optique, il existe une condensation réelle qui s*est sans doute produite à la longue, sous l'influence des forces centrales, résultantes des attractions isolées de tous les soleils qui composent de tels systèmes.
« Commentées systèmes isolés, dit Humboldt', peuventils se maintenir? Comment les soleils qui fourmillent à l'intérieur de ces mondes peuvent-ils accomplir leurs révolutions librement et sans chocs? » Ces questions qui se posent pour la plupart des nébuleuses, sont les plus dilB* ciles de tous les problèmes de mécanique céleste. Mais il ne faut pas oublier que ces agrégations stellaires sont situées à des distances si grandes, que les corps dont elles sont formées et qui nous semblent très-rapprochés les uns