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Cotmot, III

NEBULEUSES DE FORME RËaULIÈRE. 471

Nébuleuses circulaires, elliptiques, annulaires, spirales. — Nébuleuse annulaire de la Lyre ; nébuleuses spirales des Chiens de chasse, de la Vierge, du Lion.

Des nébuleuses résolues ou entièrement décomposées en étoiles par les télescopes , passons à la description de celles qui conservent leur apparence vaporeuse , ou dont quelques portions résistent encore à une pareille décomposition. Ce sont de beaucoup les plus nombreuses.

Leurs formes , leurs dimensions apparentes , l'intensité de leurs lumières sont extrêmement variées. Sans doute , les distances très-différentes où nous sommes de ces agglomérations de corps célestes sont pour beaucoup dans cette variété d'aspects; mais il est probable aussi que leur structure particulière ^ leurs dimensions réelles et celles des étoiles dont elles sont formées n'influent pas moins sur leurs caractères spéciGques. Dans l'état d'ignorance où l'on est encore sur tous ces points^ toute classification est purement arbitraire et ne peut avoir d'autre but que de mettre un peu d'ordre dans l'inventaire de tant de richesses.

C'est la forme apparente des nébuleuses qui va nous

47S LE MONDE SIDËRAL.

guider dans la description que nous allons en faire m^ntenant.

Commençons par les nébuleuses de forme régulière.

La forme ronde globulaire ou sphérique est très-firéquente. Sans doute, les nébuleuses qui affectent cette apparence ne sont autre chose que des amas stellaires;

Fi g. 145. — Nébuleuses de formes circulaire et ovale, d'après J. Hencb^L

un immense éloîgnement, ou encore l'estrême petitesse des étoiles qui les composent ne permet pas de distinguer séparément les points lumineux qui se pressent et dont l'ensemble, même dans les télescopes les plus puissants, .ne laisse apercevoir qu'une lueur confuse, phosphorescente.

. Ce qui prouve bien la grande probabilité de cette hypothèse^ c'est que tout perfectionnement dans la puissance des instruments d'optique amène la résolution de nébuleuses jusque-là irréductibles, et fait en même temps découvrir, à des profondeurs plus grandes de l'espace, des nébuleuses nouvelles.

La figure 1 45 montre quelques exemples de nébuleuses circulaires et ovales choisies au milieu d'une collection nombreuse de semblables objets. On y voit la forme, d'abord parfaitement ronde, passer par des gradations insensibles aux formes elliptiques les plus allongées, presque jusqu'à la ligne droite. On peut remarquer en outre, vers le centre de quelques-unes de ces nébuleuses , une condensation marquée de la lumière, qui indique une analogie de composition avec les amas stellaires de forme sphérique. Dans quelques nébuleuses globulaires, l'éclat lumineux ne va pas en croissant d'une manière continue de la circonférence au centre; la gradation se fait pM couches concentriques analogues à celles que nous avons déjà signalées dans l'Amas du Toucan. Cette circonstance donne une ressemblance de plus entre les amas globulaires décomposés en étoiles et les nébuleuses de même forme non encore résolues.

La forme ovale appartient probablement à des amas très-aplatis, qui se présentent à nous vus par la trcmche, et dont le degré d'aplatissement peut être attribué soit à leur forme réelle, soit à une inclinaison plus ou moins prononcée vers la région du ciel où nous sommes.

Parmi les nébuleuses de forme ronde ou ovale, il en est un très-petit nombre qui offrent une structure toute particulière et fort curieuse. Je veux parler des nébuleuses annulaires ou perforées.

L'une d'elles, fort «intéressante, est située dans la cou-

klk LE MONDE SIDÉRAL.

stellation de la I^yre, non loin de la brillaote Véga, entre les deux étoiles Bèta et Gamma du même astérisme. Un anoeaii nébuleux, de forme ovale, entoure un espace plus sombre, dont la pâle lueur, uniformément répartie, ressemble à une « gaze légère » étendue sur Vanneau. Telle est l'apparence qu'a présentée d'abord cet objet singulier (fig. 146, i). Depuis, le télescope de lord Rosse a décomposé l'anneau en points lumineux. Des lignes paral-

Fig. ne. ~ Nébuleuses annulaires. — 1. De la Lyre, d'après Herschel. — I. L« m d'aprÈs lord Bosse. — 3. ISébulcuse annulaire du Cjgne. — *. D'Opbiucus. — i Scorpion. — 6. Près de i d'Andromidc.

lèles remplissent l'ouverture, et les bords extérieurs sont constellés de franges (fig. U6, 2).

Nous reproduisons ici, d'après les dessins de J. Herschel, deux autres nébuleuses annulaires, l'une ovale , l'antre ronde. La première (fig. 1 46, 3), qui a beaucoup d'analogie avec la nébuleuse de la Lyre, est située entre les constellations du Cygne et du Renard ; la seconde (fig. 1 46, 4), dans Ophiucus.

La forme ovale de l'anneau est déjà prononcée dans la

Débulcuse portant le n<* 5, qui présente en outre une singularité que nous retrouverons bientôt : deux étoiles se trouvent situées sur l'anneau, aux exti-émités de son plus petit diamètre. Mais, dans une nébuleuse annulaire voisine de la belle étoile triple Gamma d'Andromède (fig. 146, 6), l'anneau est excesuvement allongé, et deux étoiles y sont aussi symétriquement placées; seulement, cette fois, c'est à l'extrémité du plus grand diamètre de l'ellipse.

Cette régularité dans les formes d'un grand nombre de nébuleuses n'est sans doute qu'apparente. Elle disparait

Cig. 147. — Mébulcu'es i\e Sanae conique ou coméUire. — I. De l'Éridan (J. Herachel). 1, De Xi de te Licome (lonl Rosse). — 3. De 1t Grande Ourse (J. Hcrscbel).

en partie quand on les examine avec des instruments trèspuissants, c'est-à-dire lorsque, rapproebées ainsi de notre œil, elles lui laissent voir les délaits de leur structure. Alors les grandes masses de lumière n'étant plus prépondérantes, la forme primitive perd de sa symétrie, comme on le peut voir dans les deux dessins qui représentent la nébuleuse annulaire de la Lyre.

Aussi, je le répète, la classification que nous avons adoptée eatr-elle tout arbitraire : elle nous permettra donc de ranger encore parmi les nébuleuses régulières celles qui affectent la forme conique ou parabolique, assez semblable à celle de quelques comètes. Nous donnons ici (fig. i 47)

476 LE MONDE SIDERAL.

trois échantillons de ces nébuleuses, dont la forme a bewcoup d'analogie avec certains amas stellaires : par exemple, l'amas n** 6 de la planche XXXH présente la même disposition en éventail, la même concentration lumineuse au sommet.

Voici encore une nébuleuse (Gg. 148) qui se rapproche par sa forme évasée des nébuleuses cométaires, mais qui semble donner en même temps, par un contournemenl singulier, le premier élément de la nébuleuse spirale.

Fig. 14S. — Nébuleuse Ju Navire, d'après Hencb«I.

Dans toutes les nébuleuses que nous venons d'examiner, la régularité de forme se meinifesle par une symétrie telle, que chaque objet se trouve partagé en deux parties égales par un axe de figure. Mais il importe d'insister sur ce point, que la régularité disparaît souvent, quand un gïwsissement supérieur des instruments d'optique vient à montrer avec plus de netteté les diverses parties de la nébuleuse. On est tout étonné de la voir alors se transformer pour l'œil de la façon la plus complète.

Nulle part ce changement de forme qui n'a, on le comprend, rien de réel, ne s'est manifesté d'une manière aussi

NÉBULEUSES DE FORME RÉGULIÈRE. k77

brillante que dans la nébuleuse des Chiens de chasse. Qu'on jette d'abord les yeux sur la figure suivante :

Fig. 149. — Nébuleuse des Chiens da chasse, d'après J. Hcrachel.

On y verra, au centre d'un anneau dédoublé sur la' moitié de son contour, une nébuleuse globulaire Irès-brillante, accompagnée d'une petite nébulosité de forme ronde située en dehors de l'anneau et à une certaine distance. C'est sous cette forme qu'elle a été vue en premier lieu et dessinée par J. Herschel.

Plus tard, observée par lord Rosse à l'aide de son magnifique télescope, la même nébuleuse s'est présentée sous une forme d'une étrangeté merveilleuse (fig. 150). Des spires brillantes, inégalement lumineuses et parsemées d'une multitude d'étoiles, partent du centre de la nébulosité, s'enveloppent les unes les autres en divergeant de plus en plus, et finissent enfin par se perdre dans une direction commune. Les filaments extérieurs de cette prodigieuse spirale d'étoiles vont rejoindre la petite nébuleuse globulaire extérieure, qui d'abord paraissait isolée de l'anneau.

Enfin, d'après les observations plus récentes de M. Chacornac, cette dernière nébuleuse elle-même affecte la

LE MONDE SIDERAL.

forme d'une spirale dont les contours se rattachent avec les spires de la nébuleuse principale.

L'imagination reste confondue en présence d'un spec-

tacle aussi grandiose. Elle se perd à dénombrer les myriades de soleils dont les lumières individuelles agglomérées produisent ces franges nébuleuses d'intensités si

diverses. A calculer les dimensions totales de Timmense système par les distances probables des atomes de cette poussière de mondes, on reste effrayé de la profondeur des abîmes célestes où le regard humain est parvenu à plonger. Quelles forces singulières ont pu produire de semblables tourbillons de soleils? La forme spirale était-elle à Torigine celle des masses gazeuses dont la condensation a donné naissance à chacun des individus de cotte association gigantesque, ou bien, est-ce à la longue, par le mouvement progressif des étoiles composantes, que peu à peu un tel arrangement s'est manifesté ? Ce sont là autant de questions que l'esprit se pose, mais dont la solution demandera peut-être bien des siècles.

Arrivera— t-on à reconnaître dans ces groupes des variations de forme, distinctes de celles qui ont pour cause la puissance des divers instruments,' la différence de vue des observateurs? En un mot, pourra-t-on constater les mouvements des parties constituantes des nébuleuses? C'est ce que l'avenir dira.

La forme spiraloïde n'est pas particulière à la nébuleuse des Chiens de chasse. On peut voir qu'elle est tout aussi nettement prononcée dans la nébuleuse de la Vierge, que représente la figure 151 : Les branches lumineuses de cette spirale, au nombre de quatre, sont nettement séparées par des intervalles noirs, et en outre divisées par des spires plus sombres qui indiquent des files d'étoiles moins condensées. Toutes d'ailleurs partent d'un nœud central où la lumière beaucoup plus vive indique une concentration prépondérante.

Le nombre des nébuleuses où la forme spiraloïde est plus ou moins accusée était d'abord assez restreint. Mais à mesure que le ciel est exploré par de plus puissants instruments, ce nombre s'accroît. Dans l'important Mé-

moire publié par lord Rosse, en 1861 ', nous avons noté quarante nébuleuses spirales, et une trentaine encore où cette forme est soupçonnée.

Nous reproduisons ici deux échantillons de ces ùnguliers objets (fig. 152 et 153), et entr'autres une nébuleuse du ciel boréal située sur les confins de la Grande Ourse et du

Tig. 151. — Nébuleuse spirale de II Vierge, d'après lord Rose,

Bouvier. Le centre est comme une large nébuleuse globulaire, à condensation très-marquée, de laquelle partent des branches déliées eu forme de spires. Eu plusieurs points de ces branches on peut remarquer d'autres centres de condensation. J. Herschel l'avait classée parmi les uébuleuses de forme arrondie, globulaire, saus doute, parce

I. On ihe construction of spécula ofsà-feet aperture; and a tekctioa from ihâ lAservalions of nelnilx made wUh Ifum.

NÉBULEUSES DE FORME BÉGULIERE. 4SI ^ue la nébulosité ceotrale était la seule que son télescope

Fig. lit. — Nébuleuse spirale, d'après lord Rosse.

rig. 1S3. — Nébuleiue iptnlc de la coastellition de Céphée, d'après lord Roise.

loi eAt fait f^^ercevoir. Ud certain nombre d'étoiles sont çà

et là disséminées sur l'espace qu'elle occupe. Dans 1« deux nébuleuses de la figure 154, qui appartiennent la

Fig. 154. — NébuleaMi ipinaes, d'iprès lord Ooise. — I . Du Lion. — 1. De Pégwr.

première au Lion, la seconde à Pégase, la Forme spiraloîde est moins prononcée. Les spires se rapprochent de la fonne elliptique et s'enveloppent les unes les autres.

Grandes masses nébuleuses n'affectant aucune fornie symétrique. — Diversité d'aspect des nébuleuses suivant les instruments. — Nébuleuses d'Andromède, du Lion, du Renard, de TÉcu de Sobieski, du Taureau. — Grandes nébuleuses irrégulières d'Orion et du Navire.

Toutes les nébuleuses que nous venons de décrire se distinguent par une régularité, une symétrie de forme qui, jointe à une condensation de la lumière soit en un point central, soit le long de courbes convei^entes, indique un lien unissant toutes les étoiles du groupe. Il est impossible de n'y pas voir autant de systèmes stellûres. Si un grand nombre d'entre elles ne se décomposent pas encore en étoiles, cela tient sans doute à l'immensité de leurs distances^ ou, ce qui revient au même, à l'insuffisance des télescopes actuels.

Outre ces agrégations régulières, les espaces célestes contiennent encore de grandes masses nébuleuses qui affectent les formes les plus divei*ses, les plus éloignées de toute apparence symétrique. Mais telle est la variété, telle est la richesse du monde sidéral, qu'on peut passer des nébuleuses de forme sphériquc aux nébuleuses les plus accidentées et les plus irrégulières, par toutes les gradations imaginables.

Examinons cette lueur de forme ovale allongée (fig. 155).

k84 LE MONDE SIDÉRAL.

La condensation de lumière qu'un remarque à son centre la fait ressembler, selon l'expression du premier observateur, Simon Marins, o à la flamme d'une chandelle vne à travers une feuille de corne transparente. » C'est la Débuleuse d'Andromède, que j'ai déjà citée plus haut.

La forme symétrique de son ensemble, qui la mettait certainement au nombre des nébuleuses régulières, a disparu dans la puissante lunette de Cambridge (fig. 156). Les masses nébuleuses qui la composent se trouvent sépa-

Fjg. V>ô. — Nébuleuse d'ADdromède.

rées par deux longues "fissures, et en partie décomposées en étoiles. Bond en a compté plus de 1 500. La forme générale primitive se reconnaît encore au centre de la nébuleuse, mais elle est singulièrement altérée, et au lieu d'oo point central de condensation lumineuse, on en remarque plusieurs, situés excentriquement.

Une autre nébuleuse de forme elliptique située dans la constellation du Lion, et que le dessin u" 7 (fig. 145) représente telle que la vit d'abord J. Herschel, est apparoc sous la forme suivante (fig. 157) dans le télescope de lord

NÉBULEUSES DE FORMES IRBÉGULIÈRES. 485 Rosse : le noyau central est composé d'enveloppes qui affectent une forme annulaire spirale, et les exti-émités de l'ovale sont rayées de stries lumineuses rangées de chaque côté de l'axe, comme les arêtes dans la colonne vertébrale des poissons. Enfin, un autre exemple remarquable de ces transfor-

Fig. ia6. — NéluleuM J'Andromtde, d'après G. F. Bond.

mations optiques, purement apparentes puisqu'elles ne dépendent que de la puissance des instruments, nous est fourni par une nébuleuse située dans la constellation boréEile du Renard. J. Herschel, à qui Ton doit le premier dessin de cette nébuleuse (fig. 158), lui donna le surnom de Dumb-bell, à cause de sa ressemblance avec un instrument de gymnastique usité en Angleterre. Deux masses

lumineuses symétriquement placées et reliées ensemlde par

Fig. Val. — Nébuleuse annulaire elliptique du Lion, d'iprès lord Roax.

un col assez court, le tout entouré d'une légère enveloppe nébuleuse de forme ovale, lui donnaient une apparence de régularité trèsmarquée. Cet aspect se modifia dans le télescope de trois pieds d'ouverture de lord Rosse, et les masses nébuleuses y montrèreot une tendance prononcée à la résolution stellaire. Plus tard, dans le télescope de six pieds, les étoiles app»-

''^^■'''■"T.^rj.îltlSr"*'""^' Furent nombreuses, mm se détachant encore sur

un fond nébuleux. L'aspect général reprit sa symétrie

NEBULEUSES DE FORMES IRRÉGULIËRES. 487

piîmitivc, moins régulière , mais néanmoins frappante encore (Gg. 159).

Les nébuleuses irrégulières se présentent parfois sous des formes véritablement bizarres. Tantôt ce sont de longues traînées vaporeuses, qui, çà et là, détachent leurs rameaux ; tantôt ces nuées se contournent et prennent les

Fig. 1&9. — Dumb-bcl] , nébuleuic du Renan], d'après lonl Rosse.

aspects les plus fantastiques. Telle est la nébuleuse de l'Écu de Sobieski. Une partie elliptique terminée par deux appendices dont l'un est presque rectiligne lui donnent la forme de la lettre grecque majuscule Oméga (n). Au milieu de l'un des coudes (fig. 160), on remarque deux centres lumineux pareils à des amas globulaires sphériques.

NÉBULEUSES DE LA DORADE ET D'ÉTA DU NAVIRE D'après le» dessins de sir J. Hencbel.

dont les masses informes ressemblent à des nuages tourmentés et déchiquetés par la tempête. Mais, là encore, nous retrouverons à travers les lueurs de ces a^lomérations lointaines, des indices de résolution en étoiles qui prouvent que ce sont aussi des amas, ou plutôt d'im-

Fig. 161. — Nébuleuaedu Taureau (CroA (utiula),d'apris lord Romo.

menses associations d'amas stellaires, de véritables firmaments, des archipels de mondes.

Le langage humain n'a pas d'expressions capables de rendre les sentiments d'admiration, de stupéfaction profonde où se trouve plongée la pensée, lorsque grâce à la merveilleuse puissance des instruments, la vue pénètre dans les couches lointaines du ciel où brillent ces myriades de soleils.

C'est dans le voisinage de la Voie Lactée, au sein des constellations les plus brillantes du ciel étoile, que se trouvent les plus grandes nébuleuses de formes irrégulières.

Donnons quelques détails sur deux des plus intéressantes.

L'une, située dans Orion, enveloppe la magnifique étoile septuple Thêta , que nous avons décrite en parlant des systèmes de soleils multiples. L'autre entoure une étoile également remarquable, Èta du Navire, si curieuse par ses brusques et capricieuses variations d'éclat. Les dessins que nous donnons ici de ces deux grandes nébuleuses (pi. XXXIII et XXXrV) d'après deux illustres observateurs, J. Herschel et G. P. Bond, nous dispensent d'une description qui serait nécessairement vague et incomplète.

Depuis Huygens qui découvrit la nébuleuse d'Orion eu 1656, ce magnifique objet a été observé avec un soin de plus en plus minutieux , et les diverses régions plus ou moins lumineuses qui le composent, ont été décrites dans tous leurs détails. Peu à peu, les étoiles qui en parsèment l'étendue ont été reconnues plus nombreuses, et les astronomes sont arrivés à cette conviction qu'elle est entièrement résoluble en amas stellaires. J. Herschel compare la portion la plus brillante à la tète d'un animal monstrueux, dont la gueule reste béante et dont le nez se prolonge sous la forme d'une trompe. C'est au bord de l'ouverture qui figure la bouche que se trouvent placées, dans un espace vide de nébulosité, les quatre plus brillantes des composantes de Thêta. Au-dessous du trapèze formé par ces quatre étoiles est la région lumineuse d'apparence pommelée que lord Rosse et Bond ont en partie décomposée. Cette région est remarquable , non-seulement par l'éclat de sa lumière , mais encore par les nombreux centres où cette lumière est condensée, et dont chacun semble former

un amas stellaire. La forme rectangulaire de l'ensemble est aussi digne d'attention. Les masses nébuleuses qui rentourenjt, dont la lueur est beaucoup plus faible que celle de la région centrale, vont se perdre en divergeant tout autour : d'après Bond, elles affectent une forme spirale assez accusée, ainsi qu'en témoigne d'ailleurs le dessin exécuté par cet astronome.

Est-il vrai que des changements de forme se soient produits dans l'intervalle des observations les plus modernes, ou bien faut-il considérer les variations apparentes comme dues à des circonstances toutes relatives aux conditions où se trouvaient les observateurs^? C'est ce que l'avenir décidera.

Selon J. Herschel, la grande nébuleuse d'Orion occupe sur le ciel un espace dont les dimensions apparentes ont la même étendue que le disque lunaire. 11 semble porté à croire qu'elle se rattache à la Voie Lactée, qu'elle est peutêtre le prolongement du rameau qui part de Persée, en se dirigeant vers les Pléiades et Aldebaran.

La nébuleuse qui enveloppe Éta du Navire (pi. XXXIIl) ne présente, comme celle d'Orion, aucune symétrie dans sa forme ni dans ses contours; mais elle s'en distingue en ce que, jusqu'à présent, aucune de ses parties n'a donné

1 . « II est presque impossible de concilier les deux dessins de Bond et d'Herschel, sans admettre la supposition d'un changement considérable qu'aurait subi la région la plus lumineuse dans Tintervalle écoulé entre les époques des deux observations. >

(liapounov, Observations de la grande nébuletise d'Orion^ faites à Cazan.)

« Les observations concernant la distribution et Téclat de la matière nébuleuse n'accusent presqtie aucun changement de forme, mais bien des fluctuations dans l'éclat des différentes parties. L'impression générale que j'ai reçue de ces observations est que la partie centrale de la nébuleuse se trouve dans un état d'agitation continuelle, comme la surface d'une mer. >

(0. Struve, Observations de Poulkova, Mémoires de F Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, 1862.)

d'indices de résolution en étoiles. Elle est située dans la Voie Lactée même, au sein d'une région si riche en étoiles, qu'on en a compté plus de dou2^ cents sur la surface occupée par la nébuleuse. Les étoiles, d'ailleurs, ne semblent pas faire partie de la nébulosité, sur le fond brillant de laquelle il est plus probable qu'elles se projettent simplement.

Vers le centre de la nébuleuse, et tout près de l'étoile Êta, on remarque un vide de forme allongée et arrondie qui laisse apercevoir le fond noir du ciel.

ETOILES NEBULEUSES.

Hypothèse de la matière nébuleuse difiuse. — Nébuleuses planétaires; variations d'aspect, selon les instruments. — Étoiles nébuleuses.

Toutes les nébuleuses semées dans les profondeurs du ciel doivent-elles être considérées comme autant d'agglomérations d'étoiles, ne différant des amas globulaires que par la forme générale, le groupement des composantes? On bien doit-on penser que dans le nombre de ces nuages célestes, il en est qui sont composés d'une matière diffuse, vaporeuse, ou du moins formée par Taccumulation de corpuscules brillants, d^une grande ténuité relative, et n'ayant d'ailleurs aucune analogie avec les véritables corps célestes, avec les soleils?

L'hypothèse d'une matière nébuleuse, douée d'une lumière propre et répandue par masses immenses au sein de l'étendue, a été proposée, dès l'origine, par les astronomes dont les instruments ne pai*venaient point à décomposer ces sortes de nuages cosmiques. Les grandes nébuleuses surtout, comme celle qui environne Thêta d'Orion, à forme irrégulière et tourmentée, avaient beaucoup contribué à l'admission de cette hypothèse. Les nébu-

leiises globulaires, peu à peu résolues ^ firent d'abord penser que les amas stellaires affectaient tous la forme arrondie sphérique, avec condensation lumineuse au centre, et c'est ce qui explique pourquoi l'idée de nébulosité réelle fut principalement réservée aux nébuleuses îrrégulières.

Cependant, les observations modernes, effectuées avec des instruments d'une puissance inusitée, vinrent peu à peu démontrer l'identité de composition d'un grand nombre de ces dernières nébuleuses avec les amas stellaires. Des milliers de petites étoiles apparurent, là où l'on n'avait pu voir auparavant qu'une lueur phosphorescente, laiteuse, et^ selon l'expression des astronomes, d'un aspect indéfinissable et caractéristique. La nébuleuse d'Andromède, celle d'Orion, dont les observateurs disaient qu'elles ne font naître aucune sensation d'étoiles et qu'on n'y remarque point ces élancements stellaires, indices d'une décomposition probable, ont été récemment résolues, du moins en partie. Ainsi, l'hypothèse d'une matière diffuse et nébuleuse semble reculer au fur et à mesure des progrès de l'observation.

Est-ce à dire qu'elle doive être tout à fait abandonnée? C'est là une question bien difficile à résoudre. L'existence d'une matière de ce genre n'a rien d'incompatible avec ce qu'on sait de la constitution physique des corps célestes. Les comètes, avec leurs noyaux vaporeux qui manifestent divers degrés de condensation, avec leurs auréoles et leurs queues si diffuses que les étoiles s'aperçoivent au travers, avec leurs faibles masses, prouvent bien que cette existence est possible et réelle. L'a^lomération , de quelque nature qu'elle soit, qui produit la lueur zodiacale, vient encore à l'appui de l'hypothèse d'une matière nébuleuse.

Mais il semble de plus en plus certain que cette hypo-

thèse doit être restreinte à la dernière classe de nébuleuses que nous ayons à décrire, j'entends aux nébuleuses planétaires et aux étoiles nébuleuses.

Le nom de nébuleuses planétaires a été donné à des nébuleuses dont la forme est celle d'un disque uniformément lumineux et qui les fait ressembler à un corps sphérique faiblement éclairé par une lumière étrangère, en un mot, à une planète. On peut voir dans la figure 162 un certain nombre de ces nébuleuses de forme circulaire.

Ce qui différencie ces nébuleuses des amas globulaires ou nébuleuses sphérlques, c'est l'égalité de l'éclat sur toute

la surface, c'est l'absence de toute condensation lumineuse au centre, de toute dégradation d'éclat du centre à la périphérie. Ce n'est que sur les bords mêmes du disque nébuleux, qu'on aperçoit une légère diminution dans l'intensité dont nous parlons.

On en a conclu que ce ne sont point des amas d'étoiles defomae sphériqueou ellipsoïdale, puisque, — nous l'avons vu -— même dans la supposition d'une égale distribution dans l'espace des composantes du groupe , la perspective seule donnerait une condensation apparente vers le centre de l'image. Sont-ce du véritables amas de forme aplatie et qui se présentent à notre rayon visuel perpendiculaire-

496 LE MONDE SIDËRAL.

ment à leur surface -circuleàre? Ou encore, comme le dit J. Herschel, les étoiles de ces nébuleuses sont-elles rangées en forme-d'écaille sphérique creuse? Cela semble peu probable.

Restait alors l'hypothèse d'une masse vaporeuse , brillant d'une lumière propre. Eh bien, là encore, l'observation est venue renverser en partie cette conjecture. La nébuleuse planétaire de la Grande Ourse, dont la lumière est si uniformément répartie dans le dessin de J. Herschel (fîg. 162, 1), a été aperçue sous un tout autre aspect dans

le grand télescope de lord Rosse. Le disque s'est changé en une double couronne lumineuse enveloppée d'une bordure frangée; au centre de la nébulosité apparaissent deux points qui ont toute l'apparence d'étoiles (fig. 163).

Un autre exemple de ces changements nous est fourni par la nébuleuse planétaire voisine de Kappa d'Andromède, qui, parfaitement ronde dons le dessin d'Herschel (6g. 162, 2), appariât sous la forme d'un anneau lumineux dans celui de lord Rosse (fîg. 163).

Terminons le tableau, si merveilleusement riche en formes variées, des nébuleuses, par la mention de celles

qui ont reçu le nom d'étoiles nébuleuses. Ce ne sont autre chose que des nébulosités, tantôt circulaires, tantôt ovales, tantôt annulaires, mais toujours régulières, dans l'intérieur desquelles apparaissent une ou plusieurs étoiles se détachant distinctement de la nébulosité, et d'ailleurs symétriquement placées.

Si la nébuleuse est circulaire, l'étoile occupe le centre; dans le cas d'une forme elliptique, deux étoiles sont comme aux deux foyers de la courbe. On en peut voir

Fig. 164. — ÉtoilM nébuleuses, d'après J. Hcrscliel. 1. Du Cygne. — 1. De Persée. 3. Du Cenlaure. — 4. Du Sagitlaire. — 5. ilu Cocher. — 6- D'Amlromède.

une (fig. 164, 5), où trois étoiles sont régulièrement disposées aux sommets d'un triangle équilatéral, tandis qu'une autre nébuleuse très-allongée a deux étoiles placées extérieurement aux deux bouts du plus grand diamètre. Là, comme dans les nébuleuses planétaires, des télescopes d'une très-grande puissance nous font voir, au lieu d'un disque faiblement mais également éclairé, des formes bien plus irrégulières, et où la lumière se distribue d'une façon beaucoup plus inégale.

Telles sont les étoiles nébuleuses représeutées dans la figure 165, d'après les dessins originaux de lord Bosse. On s'est aussi demandé s'il ne faut pas voir dans les étoiles nébuleuses des soleils enveloppés d'une atmosphère de dimension considérable, rendue visible à ces énormes distances par l'illumination des foyers stellaires.

Cette opinion n'est certes pas dénuée de vraisemblance, bien qu'on puisse aussi, ce nous sem- , ble, considérer les étoiles nébu-

Fig. 165. — Etoiles nébuleuses, d s-

pris loid Rosse. - 1. Des Gé- leuses commc des amas d'une

' ~ ' " ' ■ multitude de très-petites étoiles,

ayant à leur centre un soleil simple, double ou même

multiple, dont l'éclat prépondérant suffirait à expliquer sa

visibilité particulière.

Si, du reste, on adopta d'abord avec un peu de précipitation l'hypothèse de la matière nébuleuse diffuse, il faut se garder de tomber dans un excès opposé, en considérant à priori toutes les nébuleuses connues, comme formées uniquement d'agglomérations d'étoiles.

Groupes de nébuleuses; probabilité d'une relation réelle entre les composantes. — Nébuleuse multiple de la Grande Nuée de Magellan.

Nous venons de voir les nébuleuses accompagnées de systèmes d'étoiles doubles ou multiples, placées d'une manière tellement symétrique au sein de la nébulosité , qu'il est impossible de douter de l'existence d'une connexion réelle entre les étoiles et les nébuleuses. Évidemmênty ce sont là des groupes physiques d'une constitution toute spéciale.

Il existe aussi des groupes de nébuleuses analogues aux groupes d'étoiles, c'est-à-dire dont les composantes sont liées, sems aucun doute, autrement que par le hasard de la perspective. On retrouve dans ces intéressantes associations les mêmes variétés d'aspect et de forme que dans les nébuleuses simples.

Les unes paraissent formées de deux amas globulaires, dans lesquels la condensation centrale indique, non-^seulement une figure sphérique, mais probcd)lement aussi l'existence de véritables centres d'attraction; on en peut voir des exemples dans la figure 166. Tantôt les composantes paraissent entièrement séparées et distinctes, tantôt elles semblent empiéter l'une sur l'autre, soit qu'il n'y ait

SOO LE MONDE SIDEBAL.

là qu'une apparence optique, soit que la pénétration ait une réalité physique.

Quelquefois, l'une des composantes est ronde ou globu-

F^g. Ifiâ. — Nébuleuses doubles el multiples, d'après i. Herschel. — ]. De U Vingt. — 3. ne Bérénice. -— 3. Bu Verseau. — 4. De la Vierge. — 5. De Bérénice. — G. Du Grand nuage (Kuées de Magellan).

laire, tandis que l'autre affecte une forme elliptique allongée. La nébuleuse représentée dans la figure 167 se compose de deux masses arrondies , terminées par des appendices rayonnants et reliées par une nébulosité commune : le tout enveloppé de légers arcs lumineux semblables à des fragments d'un anneau né-

Fig- 167. — Nébuleuse double, daprès bulcUX.

loni Rosse. - , , .

Le nombre des centres nébuleux est souvent plus considérable; il s'élève jusqu'à sept dans les nébuleuses multiples observées par

J. Herschely et dont nous reproduisons un curieux échantillon (fig. 166, 6). Le groupe dont il s'agit est un des nombreux amas qui forment la plus grande des deux nuées de Magellan. On pourrait déduire de cette circonstance que le voisinage de ces sept nébuleuses est une apparence purement optique, si la nébulosité générale qui les enveloppe toutes n'indiquait une réelle dépendance.

Du reste, la connexion des composantes dans les nébuleuses multiples ne sera, sans doute, jamais démontrée avec l'évidence qui caractérise les systèmes des étoiles doubles. Dans ces derniers systèmes, en effet, on a pu étudier les mouvements de révolution de l'un des soleils autour de l'autre, parce que la distance où nous en sommes, quelque effrayante qu'elle soit, rend ces mouvements observables en un certain nombre d'années.

Au contraire, les nébuleuses multiples sont reléguées à de telles profondeurs dans l'étendue indéfinie des abîmes du ciel, — ainsi que le montre leur aspect nébuleux luimême^ — que tout mouvement d'une des parties reste insensible. Des milliers d'années, de siècles peut-être, seraient nécessaires pour que nous pussions être témoins des ebangements de position de l'ensemble. Nos télescopes auront beau multiplier leur puissance, la vue perfectionnée pénétrer plus intimement dans la structure de l'univers, nous ne pouvons devcmcer le temps. Dans la vie des mondes, la durée de notre vie n'est qu'une seconde, comme notre système tout entier n'est lui-même qu'un point au sein de l'infini des espaces.

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