EFFET DE LUNE
Tendresses de salons — lâches galanteries, ^mois joués — aveux subtils — sirops d'orgeat ! ît tous les madrigaux, toutes les mièvreries )ui font croire à l'amour et l'ont tué déjà.
ne vous aimais pas. Vous étiez adorable, ''y songeais pour me rassurer, quand, près de vous, lune a transpercé d'un rai le vieil érable, je me suis surpris, madame, à vos genoux!
lélas ! mon cœur est à la merci d'une feuille.
suprême beauté l'a laissé de granit, lais un souffle, un parfum traînant par là, le cueille ^ faut qu'un rayon pourouvrir l'infini.
VIEUX VERS
J'ai laissé mes livres amis, Et, poussé par l'obscur délire, A ma table je me suis mis Sans savoir ce que je veux dire.
Dans mon âme je cherche en vain Tout est silence et lassitude, Et j'ai pris pour l'appel divin î Jne longue et chère habitude ;
Devant moi des vers d'autrefois S'en vont par strophe cadencée...
Je ne reconnais plus leur voix :
Mon âme a changé de pensée.
C'est le Jour des Morts. Un ciel gris Comme un couvercle que l'on plom^^e Sur nos espoirs, nos vœux, nos cris, Déverse un silence de tombe.
Mes vers d'antan sont sous mes yeux.
Le jour où je les fis sans doute, Tourmenté d'un rêve anxieux, J'y mis mon âme goutte à goutte.
Un mal profond et délicat En ce temps-là les a fait naître.
Mal que mon âme compliqua...
Je ne puis plus les reconnaître.
Pourtant, ce jour, comme à présent, J'avais la secrète espérance Que j'allais en l'analysant Voir se dissoudre ma souffrance.
VIEUX VERS
Rien n'a changé — je souffre encor, Ce n'est plus sans doute pour Elle, Et c'est dans un autre décor, Mais la douleur est éternelle.
Le ciel descend très bas, si bas
Qu'il s'en va rejoindre la terre.
Les femmes vont, des fleurs aux bras,
Les yeux agrandis de mystère.
Hélas ! je porte sur mon front Tout le poids des peines passées Que les morts en partant nous ont A nous, pauvres vivants, laissées !
Vers les cimetières lointains Aussi chantants que des feuillées.
Aussi fleuris que des jardins, S'en vont les femmes endeuillées.
Elle est encor vive aujourd'hui Leur peine récente ou lointaine, Mais le souvenir les conduit Auprès d'une tombe certaine.
En songeant au dernier baiser
Leur cœur s'abîme — mais ces roses,
Elles sauront où les poser
A travers tant de tombes closes.
Mais vous, pauvres vers, désornxais Vous dormirez dans le silence Sans être importunés jamais D'une plaintive souvenance.
Le sens ému que je me plus A renfermer entre vos rimes, Mon cœur ne le reconnaît plus, Prêt à nier ses pleurs intimes.
C'est que, plus troublée et, toujours.
Plus curieuse de tristesse, 0 mon âme, à d'autres amours ' Tu n'as pas fermé ta tendresse.
Et que tu ne peux plus venir.
Après qu'ailleurs tu t'es donnée, Poser les fleurs du souvenir Sur une tombe abandonnée.
AMOUREUSE AMITIÉ
AMOUREUSE AMITIÉ
Tout ferait croire que je l'aime ;
Ma pensée erre sur ses pas,
Rien ne m'est plus, mais tout de même
Je dis que je ne l'aime pas.
Car l'amour est chose trop rude
Près de cette douceur d'aimer.
Mais alors, ton inquiétude,
Comment, mon vieux cœur, la nommer ?
C'est déjà trop forte caresse Que le parfum de ses cheveux, Et vous tueriez notre tendresse, 0 brutalité des aveux.
Mais alors, mon vieux cœur fidèle, Comment donc appellerons-nous Ton bonheur de battre auprès d'elle Et ta tristesse, et tes dégoûts ?
Oui, c'est trop que sa main se tende A l'instant grave des adieux.
Lorsque mon regard ne demande Qu'un regard plus lent à ses yeux,
Et c'est volupté trop farouche Que d'aller mon bras à son bras, Quand je ne demande à sa bouche Que de parler un peu plus bas.
Mais alors, mon cœur en détresse.
Quel détour subtil employer Pour définir une tendresse Sous laquelle on te voit ployer ?
AMOUREUSE AMITIÉ 145 -
Quels sophismes, quels stratagèmes Allons-nous chercher tour à tour Pour te convaincre que tu l'anTies Sans te parler de ton amour ?
Mon cœur m'a dit : « Dans une phrase Pourquoi vouloir ton rêve enclos ?
Pourquoi fixer la chère extase Avec le clou rude des mots ?
L'amour? Pourquoi, ce cri du maître, Le lui renvoyer sans pudeur Et risquer do tout compromettre.
Sa quiétude et ton ardeur?
Alors que la seule pensée De l'aimer est telle, je crois.
Qu'elle en serait déjà blessée Sans rien savoir de ton émoi ?
Va. Ce n'est pas l'amour. — Sans doute, Les malins avisés diront Que ce rêve que tu redoutes Éclate déjà sur ton front,
Laisse-les, ces troubleurs d'aurore, Porter leurs preuves à foison ; Et s'ils t'ont vaincu, nie encore Sous le genou de la raison.
Car il faut, pour que se rassure L'inquiétude de l'amour.
Ne jamais croire à sa blessure Alors qu'on en souffre toujours.
Et, pour sauver de leur sourire Le charme exquis de ta douleur, Voici ce qu'il faudra leur dire, Et, si tu mens, tant pis. — Dis-leur,
Que leur passion ne peut vivre Sans le salaire des baisers, Quand ta tendresse à toi s'enivre Des premiers émois irjiosés;
AMOUREUSE AMITIÉ
Que leur amour, sans qu'on y pense, Est un usurier. — Mais que toi, Tu n'attends pas de récompense Pour rester fidèle à ton toit.
Et puis, qu'elle est tant adorable Que l'adorer, fût-ce un instant.
Est une audace misérable, Dis-leur enfin — et puis va-t'en
De crainte que, dans la querelle, Ton cœur ne s'ouvre à des témoins :
« Soit, j'aurai de l'amour pour elle « Le jour où je l'aimerai moins. »