‹ Le ciel dans l'eau, poèmes et théâtreChapitre 44 sur 76 · RECOURS EN GRACE · texte numérisé non relu

RECOURS EN GRACE

Car de son âme on est maîtresse Aussi bien que de son baiser, Et vos yeux et votre tendresse Nul n'a le droit d'en disposer.

Vos pas s'en vjont — votre voix sonne, Le hasard m'en fait profiter, Mais, dans son cœur ému, personne N'a droit de les ressusciter,

Nulle âme ne peut, nul grimoire.

Évoquer la pâleur d'un front :

Une trop fidèle mémoire Sans qu'on y pense, est un affront.

Et même la douce habitude De votre geste familier.

Les rêveurs dans leur solitude Ont le devoir de l'oublier.

Car tout en vous n'est qu'à vous-même.

Vous avez, lorsque sur vos pas, Il vous déplaît que l'on vous aime.

Le droit qu'on ne vous aime pas !

Comme une étoile qui se penche Sur l'eau n'y laisse aucuns sillons, Mais, dès que naît Taurore blanche, Rappelle à soi tous ses rayons ;

Ainsi, lorsque, soudain, s'efface Votre image aux yeux des rêveurs, Vous avez le droit que se fasse Un grand silence dans les cœurs...

Pardon d'avoir, sans votre hommage, Au risque, hélas, de la ternir.

Effleuré souvent votre image Ne fût-ce que d'un souvenir...

22 Octobre 1909.

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