AU PIANO
Sous l'appel de vos doigts, les notes endormies Au souvenir récent d'un vieux rythme berceur Se pressent, comme autant de petites amies, Autour de votre main grave de grande sœur.
Toutes veulent parler, et c'est comme un bruit d'ailes Quand, dans le colombier, l'amour jette l'émoi ; Votre geste épié s'approchant parfois d'elles Fait naître, semble-t-il, de suppliants « Moi ! Moi ! »
Elles avaient aussi tant de choses à dire Que leurs cris plus émus sont un remerciement À la main bienfaisante aujourd'hui qui les tire Du silence trop lourd de leur isolement.
La solitude, hélas ! rend si pesante l'âme Qu'on ne croit pas pouvoir la traîner bien longtemps Ne riez pas, j'en sais qui sont mortes, madame, i D'avoir dans le silence étouffé leur printemps. ,
Et, tandis que vos doigts légers cueillent les notes Pour en faire comme un bouquet harmonieux, J'entends mourir tout bas, sous vos graves menotte^; Les sons qu'a délaissés votre oubh dédaigneux. j