PAS ENCORE
Et pourtant, cet aveu que je voulais lui faire,
Ce pauvre aveu si hasardeux, Si je l'avais risqué, risquant de lui déplaire, 3ù donc en serions-nous maintenant tous les deux?
tremble d'y songer. Hélas I où donc avais-je.
Ce jour-là, la tête et le cœur? ! de quels yeux froncés, de quelle âme de neige ^ous aurait-on reçu, mon pauvre aveu vainqueur?
Et pourtant — l'impossible est possible à tout prendre,
Et Tabsurde seul ne se peut, — Supposons qu'elle ait dit, ou bien ni'ait fait comprendre Qu'elle m'aimait... enfin, qu'elle m'aimait un peu.
Être aimé ! Respirer libre d'inquiétude.
Ah ! je serais bien avancé, Après avoir changé pour une certitude Les rêves incertains dont je m'étais bercé.
Oui, le doute est cruel et mortelle l'attente
D'un bonheur, toujours, qu'on remet ; Mais l'assurance, enfin, d'être ai'mé qui nous tente Vaudrait-elle à présent l'espoir qu'on nous aimait ?
Etre sûr. Plus jamais ne se dire : « Peut-être )>, ] Ne plus prévoir, ne plus douter, ^ Poser sur sa conquête un long regard de maître, Avoir touché le but, descendre, s'arrêter. ^
Ne plus se tourmenter d'une phrase ambiguë,
Être bien tranquille, savoir; N(î plus jamais sentir au cœur ta griffe aiguë. Désespoir. Mais ne rien attendre de l'espoir.