‹ Le ciel dans l'eau, poèmes et théâtreChapitre 46 sur 76 · PAS ENCORE · texte numérisé non relu

PAS ENCORE

Et pourtant, cet aveu que je voulais lui faire,

Ce pauvre aveu si hasardeux, Si je l'avais risqué, risquant de lui déplaire, 3ù donc en serions-nous maintenant tous les deux?

tremble d'y songer. Hélas I où donc avais-je.

Ce jour-là, la tête et le cœur? ! de quels yeux froncés, de quelle âme de neige ^ous aurait-on reçu, mon pauvre aveu vainqueur?

Et pourtant — l'impossible est possible à tout prendre,

Et Tabsurde seul ne se peut, — Supposons qu'elle ait dit, ou bien ni'ait fait comprendre Qu'elle m'aimait... enfin, qu'elle m'aimait un peu.

Être aimé ! Respirer libre d'inquiétude.

Ah ! je serais bien avancé, Après avoir changé pour une certitude Les rêves incertains dont je m'étais bercé.

Oui, le doute est cruel et mortelle l'attente

D'un bonheur, toujours, qu'on remet ; Mais l'assurance, enfin, d'être ai'mé qui nous tente Vaudrait-elle à présent l'espoir qu'on nous aimait ?

Etre sûr. Plus jamais ne se dire : « Peut-être )>, ] Ne plus prévoir, ne plus douter, ^ Poser sur sa conquête un long regard de maître, Avoir touché le but, descendre, s'arrêter. ^

Ne plus se tourmenter d'une phrase ambiguë,

Être bien tranquille, savoir; N(î plus jamais sentir au cœur ta griffe aiguë. Désespoir. Mais ne rien attendre de l'espoir.

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