NOS VERS
e te tiens entre mes deux doigts, ma vieille plume. Je crains rien, ce n'est pas pour un « objet charmant », Jous n'irons pas selon la plaisante coutume )u grand labeur divin faire un art d'agrément.
los vers ne seront pas très siècle dix-huitième, cinq heures, en de minuscules repas 'ù la tassé de thé stimule le poème, Nous ne les dirons pas.
Nous n'écrirons jamais pour plaire aux belles dames. Si nous avons aimé, si nous avons souffert , Nous jetterons le cri sincère de nos âmes, Mais nos vers ne seront jamais de petits vers !
Quel que soit le pouvoir du poète, — sa tâche ;
Est d'immobiliser sous un rude genou j
L'Idée éparse qui s'enfuit ou qui se cache : ^
Le vers est un verrou. ' <
Mais nous n'irons jamais en des strophes subtiles, ; Valets ingénieux de votre vanité,' \ Donner par notre verbe à vos grâces futiles, | Déesses de salons, des airs d'éternité. I
Nous laisserons en paix les mignardes dentelles, Sur un ruban fané nous n'irons pas rêvant. Mais pour les beaux élans, les amours immortelles Nous chanterons à pleine gorge dans le vent !
Pleins d'une odeur de prés et non pas de pelouse, Nos vers ne seront pas les vers des flirts obscurs, — Mais comme les baisers que l'on donne à l'épouse, Qu'ils soient puissants et purs !
Octobre 1910.